mercredi 30 avril 2008

Népal - Annapurna, à bientôt !

Pokhara

23 jours de marche
Près de 360 kilomètres parcourus
Un dénivelé cumulé correspondant à une ascension de l’Everest.

Deux citadins
Deux montagnards
Deux porteurs et un guide
Sept individus mais une seule grande équipe.

Des dizaines de rencontres
Des centaines de visages
Des milliers de sourires
Des millions de souvenirs imprégnés pour toujours

Jour 19




Jour 20




Jour 21




Jour 22




Il est plus digne d’être vrai que d’être fort.
Maurice Herzog

vendredi 25 avril 2008

Népal - Et si en revenant…

Kalopani

Je ne sais pas si c’est l’altitude, mais ces derniers jours ont vu apparaître, pour la toute première fois, des craintes à propos de mon retour à Montréal. De nature positive, j’envisageais avec beaucoup d’optimisme ma situation professionnelle. Après tout, changer de boulot constitue un élément majeur de mon rêve. Il y a quelques semaines, j’étais convaincu que j’allais enseigner l’histoire dès septembre prochain. Aujourd’hui, je doute. Pourtant, depuis mon départ, le destin m’a plutôt bien traité. Pourquoi me laisserait-il tombé à cet instant ? Je ne perds pas espoir, ça serait beaucoup trop prématuré. Mon optimisme est juste un peu ébranlé.

Jour 16




Jour 17



Jour 18

mardi 22 avril 2008

Népal - Pourquoi monter là-haut ?

Muktinath

Jour 15

Cette fois encore, la nuit de sommeil a été courte. Toujours aussi malade. Le bon sens veut que je me repose. Même en santé, l’ascension du col est difficile. Malade, c’est de la pure folie ! Alors, la question se pose : pourquoi monter là-haut ? Il existe assurément plusieurs réponses. D’abord, je ne souhaite pas dormir une nuit de plus à cette altitude (4441m). Le camp du Thorung Phedi est pour le moins rustique. Il y fait aussi froid que l’hygiène y est déficiente ! Je dois tenter le coup. La décision de me lancer malgré mon état a peut-être également été motivée par le fait que je m’étais levé la veille dans une condition similaire et que, la journée avançant, la forme est tranquillement revenue. Et puis après tout, si je ne me sens pas à l’aise lors de la montée, je reviens sur mes pas.

Nous attendons ce moment depuis deux semaines déjà. Nous nous préparons fébrilement pour l’ascension du plus haut col de la planète Il s’agit de la plus grosse journée de marche : 1000 mètres à gravir pour atteindre le passage et ensuite, une interminable descente de1600 mètres jusqu’à Muktinath. Il est environ six heures du matin, nous avons déjà un léger retard sur notre horaire. Vaut mieux partir tôt pour profiter de la neige durcie par la nuit et ainsi économiser nos efforts.



Nous commençons donc à monter. La première section est particulièrement raide. Rapidement, je sens que quelque chose cloche. Mon estomac me supplie de redescendre, ça fait tout juste dix minutes que nous marchons. Dans mon esprit, le doute s’installe. L’appel de la toilette turque se fait entendre. Les choses se précipitent, je cherche avec empressement un bosquet. À cette altitude, aucune végétation ne pousse. La falaise n’est faite que de pierres. Heureusement, il y a des rochers un peu moins petits que d’autres. Je ne suis pas totalement caché mais les douleurs intestinales l’emportent largement sur l’orgueil. Nous repartons mais ce petit arrêt n’a rien de rassurant pour les autres membres du groupe. Hari, notre guide népalais, me demande si tout va bien. Je lui réponds que je me sens beaucoup mieux mais je vois bien dans son regard qu’il s’inquiète grandement de ma situation. En haute altitude, la déshydratation entraîne le mal des montagnes, assurément le pire ennemi des trekkeurs. Je m’assure de boire régulièrement.



Plus on monte, plus les paysages sont époustouflants. Nous pénétrons dans les hautes montagnes. La pente est souvent abrupte, le sol devient enneigé et glissant, mes mollets travaillent d’arrache pieds. Après plus de trois heures d’effort, mes articulations du genou envoient à mon cerveau quelques signaux de fatigue. Mon souffle devient plus court. Seule bonne nouvelle, l’estomac s’est rendormi. Je peux enfin grignoter un peu. L’éternelle Snickers ainsi que les quelques noix mélangées à des fruits secs me donnent de précieuses calories. Après deux nuits aux toilettes, mon corps en a bien besoin. Je marche, le rythme est bon. Je monte sans m’arrêter, sans trop regarder en arrière. Sans le réaliser, je distancie tranquillement mes compagnons de route. Péniblement, j’avance pas à pas. Les efforts deviennent de plus en plus grands, la tentation de s’arrêter également. Je cherche de jolies pensées afin de détourner mon esprit de la fatigue physique.

Soudain, une idée de génie ! Une idée digne des plus grands motivateurs de la planète. Je ferai un pas pour tous ceux qui me sont chers. Un pas pour tous ceux que j’aime : famille, amis, connaissance. Un pas pour Nicole, un pas pour Serge… La liste est longue. Ça tombe bien, le col est bien haut !

video

De par définition, un col est un passage entre deux montagnes, il est donc plus bas que ce qui l’entoure. Il faudrait déplacer une montagne de 5416 mètres en plein cœur de la Montérégie pour que l’on réalise à quel point c’est haut. Tout est une question de relativité. Le mont Blanc : 4811 mètres, le mont Washington : 1917, le mont Tremblant : 968 mètres, le mont St-Bruno : 218 mètres. Bon, je sais que tout est relatif dans l’autre sens également, le mont Everest : 8848 mètres. Les 3432 mètres qui me séparent du toit du monde me rendent bien humble face à ces femmes et ces hommes qui ont gravi la célèbre montagne.

L’histoire de l’alpinisme en est une de dépassement. Celle du légendaire et toujours vivant Messner, un homme qui a grimpé les quatorze 8000m de la planète, et ce sans oxygène d’appoint, et en solo s’il vous plait ! Celle de Mallory, un alpiniste britannique qui est décédé sur l’Everest en 1924. Dans les années 90’s, son corps a été retrouvé à à peine 200 mètres du sommet. Il n’est pas le premier homme à avoir redescendu vivant, mais peut-être le premier à y avoir monté. En alpinisme, une expédition est couronnée de succès uniquement si tout le monde redescend.



À la fameuse question « Pourquoi monter là-haut? », Mallory avait simplement répondu : « Because it’s there ! » Je crois qu’une fois que l’on a observé de près ces pics enneigés, on comprend mieux leur très grand pouvoir d’attraction. On veut monter toujours plus haut. On souhaite vérifier quelles sont ses limites pour ensuite les repousser toujours plus loin. Voilà pourquoi aujourd’hui j’ai fait fit de ma condition précaire et je me suis lancé tête première vers le col. Ce matin, c’est l’appel de la montagne qui m’a sorti du lit.

lundi 21 avril 2008

Népal - Se geler les fesses, littéralement...

Thorung Phedi

Jour 14

Cette nuit, je l’ai passée accroupi à 4018 mètres d’altitude. Je ne sais pas exactement ce que j’ai mangé mais mon système n’a tout simplement pas apprécié. Je vous épargne les détails mais presque tous mes orifices ont été mis à contribution. À travers la nuit glaciale, les trop nombreux allers-retours à la toilette (turque, faut-il le mentionner ?) n’étaient pas de tout repos. Je comprends mieux maintenant l’expression : se geler les fesses… Je me suis levé ce matin, faible et avec l’estomac encore fragile. Toutefois, ne voulant pas retarder le groupe et sentant la forme revenir peu à peu, nous nous sommes mis en marche. Il faut absolument que je me remette en forme car les prochaines journées seront capitales. Nous nous approchons rapidement du col de Thorung La et le risque de souffrir du mal des montagnes augmente un peu plus à chaque jour. Le corps doit être en pleine forme car il sera soumis à des conditions extrêmes dont il n’a pas l’habitude.

samedi 19 avril 2008

Népal - Photos - Manang

Manang

Jour 11

Le retour à Manang



Jour 12

Repos à Manang



Jour 13

En route vers Yak Kharka

mercredi 16 avril 2008

Népal - Mon premier 5000 !

Tilicho Base Camp

Jour 9

Il neige comme à la maison. Des milliers de gros flocons forment un drap blanc. La boule de verre a été secouée un bon coup. Je me repose, bien au chaud, à près de 4300 mètres d’altitude au camp de base du Lac Tilicho. Il y a deux ou trois jours, nous avons décidé de venir ici afin de bien nous acclimater à l’altitude avant de s’attaquer au véritable défi de ce circuit des Annapurnas, le passage du Thorung La (5400m). Demain dès l’aube, nous débuterons l’ascension qui nous mènera au plus haut lac au monde, à plus de 5100m. Un peu d’exercice là-haut nous préparera pour l’importante étape du col.



Toutefois, pour arriver jusqu’ici, nous avons fait un truc vraiment dingue ! (1) La petite ballade en montagne est terminée, on parle maintenant d’expédition. Ce matin, la promenade était à la limite entre le trekking et alpinisme. Nous avons marché au beau milieu de falaises abruptes et sujettes à de sérieux glissements de terrain. Sous nos pieds, du gravier qui se défile et qui finit sa course dans la rivière, tout en bas. Sans trop regarder vers le bas, avec une monstrueuse poussée d’adrénaline et en bondissant tels d’agiles chèvres des montagnes, nous avons tous traversé les quelques passages difficiles. La pente est parfois si raide, qu’un seul faux pas et c’est la chute ininterrompue sur environ trois ou quatre cents mètres de dénivelé. C’est un peu comme débouler le mat du stade olympique, ça ne pardonne juste pas !



1) Nicole et Anne-Marie, si vous lisez ceci, dites vous bien que je suis sain et sauf !


Jour 10

C’est fait ! J’ai repoussé les limites. Nous nous sommes levés à 3h30 ce matin afin de débuter la longue ascension. Je dois avouer que j’ai rarement assisté à un aussi beau levé de soleil. C’était tout simplement grandiose. La veille, nous avions fait la rencontre de Jens, un suisse allemand fort sympathique qui a décidé de grimper avec nous. Lui et moi avons partagé la montée et nous nous sommes retrouvés les deux premiers au sommet, après deux heures d’effort constant. À cette altitude, les capacités sont réduites, le souffle est plus court, l’énergie déployée est décuplée. Au sommet, un pied de neige fraîche recouvrait le sol et ralentissait notre démarche. Épuisé, j’ai perdu l’équilibre plusieurs fois mais je me relevais aussitôt, livrant le combat jusqu’au bout. Au sommet, le spectacle était saisissant : un vaste plateau formant un immense tapis blanc, de gigantesques montagnes de toutes parts et évidemment, le lac. Il était encore gelé et recouvert de neige mais bon, je suis très fier de l’avoir vu !

lundi 14 avril 2008

Népal - Grande vallée et petites pensées

Manang

Jour 7

Marcher en nature, c’est souvent l’occasion de prendre du temps pour soi. C’est tout de même ironique que dans cet espace infini que sont les montagnes himalayennes, la réflexion tourne autour de soi. Le minuscule « je » prend toute la place. Évidemment, on pense aussi aux autres, ceux qui logent au fond de nous. Notre famille, nos amis, les gens
qui ont fait partie de notre passé, ceux avec qui l’on espère partager les temps futurs.



Parfois, les réflexions que l’on peut faire sont initiées par les rencontres que l’on fait. En discutant avec Severine à propos de nos vies respectives. J’ai appris que son père est décédé, il y a de cela quelques années. Évidemment, ce fut un véritable choc ! Bien que cela soit dans l’ordre naturel des choses, on n’est jamais bien préparé pour la mort de ses parents. J’ai fait également la rencontre de Jean-Pierre et Vanessa, le duo père-fille qui effectuent ensemble cette formidable aventure de trekking autour des Annapurnas. Le rapprochement entre les deux histoires est évident. Les conclusions que l’on peut en tirer le sont tout autant. Partager des moments avec ceux qu’on aime, particulièrement ses parents, ça n’a pas de prix.



La nouvelle prescription du docteur Bonheur (1):

Partir avec mon père.

Partir au loin et pour longtemps.
Partir tout près, pour un instant.
Partager un lieu et un moment.
Juste nous deux, tout simplement.

1 : voir texte intitulé « Les gens heureux ne consomment pas!», 27 mars 2008


Jour 8

dimanche 13 avril 2008

Népal - Si vous lisez ceci, vous êtes en vie !

Pisang

Jour 6

Je sens la fraîcheur de la brise sur ma peau et le soleil qui cuit lentement mon cou. J’hume l’odeur des excréments laissés par les convois d’ânes et celle des cocottes de pin qui jonchent le sol. J’entends les cigales qui se mettent à chanter dès notre arrivée, comme pour avertir de notre présence. Je vois les sommets enneigés qui se perdent dans les nuages et deux corbeaux qui font la course dans le ciel d’un bleu éclatant. Je sens, j’entends, je vois, je suis vivant. J’aime la sensation d’être en vie, le sentiment d’être. À mes yeux, rien n’est plus triste qu’une vie passée sans s’en apercevoir, un être vivant qui s’ignore.



Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, la machine tourne. Évidemment, c’est ainsi depuis le début de notre naissance. Aucune sensation ne parait plus naturelle. Tellement qu’on n’y pense même plus. A-t-on besoin des montagnes pour se sentir en vie ? Je ne crois pas. Pourquoi nous ne sentons-nous pas vivant en faisant la vaisselle, l’épicerie ou en déneigeant l’entrée du garage ? Je ne sais pas. Peut-être parce que précisément, on fait quelque chose, on occupe notre esprit. J’entends déjà certains d’entre vous dire : « Olivier, t’as vraiment rien à faire pour penser à ça ! ». Voilà, c’est exactement ça ! Vous avez tout à fait raison. Pour se sentir vivant, il faut avoir le luxe de vider son esprit, de ne rien faire d’autre que vivre. On réalise trop peu souvent que l’on est vivant.

Le même principe s’applique à la santé. C’est souvent lorsqu’on est malade que l’on réalise à quel point il est confortable d’être en pleine forme. Dès que l’on se sent mieux, on oublie. On n’y pense plus et ce, jusqu’au prochain malaise. C’est le propre de l’homme, on regrette ce qu’on a perdu. Il serait toutefois vraiment dommage de devoir mourir avant de s’apercevoir que l’on était en vie…


vendredi 11 avril 2008

Népal - La magie de l’Himalaya

Dhanakyu

Jour 4

Dehors, la nuit est tombée. Il pleut et il fait froid. Nous nous retrouvons dans la salle à manger du Guest House où quelques chandelles sont allumées et où la chaleur est débordante. En face de moi, le père et propriétaire de l’établissement est entouré de sa famille. Il me pose plusieurs questions sur moi, ma vie, mes origines, mon avenir. Je lui réponds avec honnêteté et je lui présente des photos de ma famille et de Montréal en saison hivernale. Son fils, un garçon d’une dizaine d’années, s’amuse avec une calculatrice.

Comment cet objet banal peut-il devenir un jouet amusant ? Je suis intrigué. Fier de l’intérêt que je lui porte, il me fait une démonstration. 12345679 X 9 = 111111111. Wow ! Étonnant n’est-ce pas ? Tel un Tintin chez les Incas, je l’impressionne à mon tour en lui faisant comprendre que je peux faire apparaître le chiffre qu’il veut. Tu veux des six ? Rien de plus facile ! 12345679 X 54 = 666666666. Il me regarde ébahit. Je suis un véritable sorcier de la calculette.

Je lui apprends également le petit tour de magie que j’ai appris à Katmandou. Chandelle, crayon, couteau deviennent objet de pratique. On rit, on échange des sourires, on discute, cet endroit porte très bien le nom de « maison d’invités ». On s’y sent vraiment comme à la maison. En quelques heures, on fait partie de la famille. Ici en montagnes, les hivers doivent être très rigoureux. Dans leur salle à manger, je crois que l’on n’a jamais vraiment froid. Quoi de plus beau qu’un visage chaleureux, un sourire éclairé a la chandelle ? Y’a des soirées qui sont tout simplement magiques.





Jour 5

mardi 8 avril 2008

Népal - À vos bottes, prêts, marchez !

Bhulbhule

Jour 1

Voilà, c’est parti ! La grande aventure à travers les mystiques montagnes himalayennes a bel et bien débuté aujourd’hui. Cette première journée fut synonyme de rencontre. Severine et moi avons été introduits à Amrit, le porteur qui aura la lourde tâche de transporter notre sac à dos surchargé. Bilan de la première journée, il a l’air un peu timide, mais il me fait très bonne impression.



Seconde rencontre, celle de Jean-Pierre et Vanessa, un père et sa fille qui s’engage comme nous dans cette folle aventure du tour des Annapurnas. Avec leur guide Hari et leur porteur Gyanu, nous sept formerons pour les vingt-trois prochains jours, une équipe du tonnerre, une véritable famille montagnarde.



Finalement, le premier soir venu, dans le petit village de Bhulbhule, j’ai fait la rencontre d’une poignée d’enfants. Les quelques clichés que j’y ai faits donnent un bel avant-goût d’une dimension importante du tour des Annapurnas, celle de mon projet Souvenirs d’enfance. À cet instant, je n’ai pas offert de Polaroid, préférant les conserver pour des lieux encore plus reculés. J’y ai néanmoins à nouveau constaté que les gamins adorent se faire prendre en photos. Ici, dans les montagnes, le projet a d’ailleurs souvent atteint son objectif premier, l’essence même de sa création : offrir à un enfant son seul et unique portrait de lui-même.





Jour 2





Jour 3

Journée capitale pour la nation népalaise, c’est aujourd’hui jour d’élection. Les Maoïstes vont-ils remporter le pouvoir ? Nombreux sont ceux qui croient que oui.




mercredi 2 avril 2008

Népal - Rencontre avec une déesse vivante

Katmandou

Dieu existe t-il ? Depuis longtemps, les hommes cherchent à savoir. Héritier de Thomas, je suis un petit sceptique. Il faut voir pour le croire. Ben, ça y’est ! Ne cherchez plus mes amis, j’ai vu. C’est à Patan, en banlieue de Katmandou que j’ai aperçu le divin. Hindouisme oblige, c’est en réalité un des nombreux dieux du panthéon que j’ai eut l’honneur de rencontrer. Je ne m’étais pas vraiment préparé pour ce rendez-vous. Mais je vous demande : Peut-on vraiment se préparer à une telle occasion ?

Laissez moi vous raconter cette histoire peu banale. Le tout a débuté à Katmandou où j’y ai fait la rencontre de Martha et de Séverine, allemande et française respectivement. Après avoir visité les temples, monastères et quartiers de la capitale, nous avons mis le cap sur Patan, ville au riche patrimoine et, je l’ignorais, lieu de résidence d’une déesse vivante. On se baladait tranquillement dans les rues lorsque nous avons fait la rencontre de Kong, un népalais d’origine tibétaine qui a eut la gentillesse de nous guider à travers sa cité. Chose rare, ce geste paraissait tout à fait gratuit, il ne semblait pas espérer quelques roupies en échange. Je crois qu’il était davantage intéressé par les beaux yeux de Martha. Ce n’est pas moi qui peux le blâmer…

Donc, notre nouvel ami nous guidait à travers la ville et son architecture magnifique. Comme il se mit à pleuvoir, Kong nous a invité à nous abriter dans un endroit où bien peu de touristes mettent les pieds : chez une déesse vivante. Ce n’est quand même pas tous les jours où l’on reçoit pareille invitation. Kong nous amène donc sur une rue assez passante devant un logement des plus communs. Seul indice pouvant laisser croire à l’importance de son occupante, un écriteau affichant : « LIVING GODDESS ».



Kong actionne la sonnette, nous patientons. Avez-vous déjà cogné à la porte d’un dieu ? Moi, je vous avouerai que c’était la première fois. Mal rasé, la tenue vestimentaire négligée, si seulement j’avais su… Les deux filles et moi échangeons des regards amusés, soulignant le caractère particulièrement absurde et surréaliste de la situation. Une femme ouvre la porte, Kong demande si nous pouvons entrer. La dame hoche la tête légèrement de droite à gauche telle une figurine Bubble Head. Chez nous, ce geste exprimerait le refus, en Inde et au Népal, cela signifie l’approbation.

Nous entrons tour à tour dans cette habitation. Nous empruntons le sombre escalier puisque évidemment, on aurait pu le parier, la déesse demeure à l’étage supérieur. J’ai l’impression d’être dans un appartement ténébreux de la rue Labelle à Longueuil. Avant de pénétrer dans le logement, Kong nous informe du protocole à suivre devant une déesse vivante. Nous pouvons lui parler, cependant, même si elle comprend un peu l’anglais, elle ne nous répondra pas. Afin d’immortaliser cet instant, il nous invite à prendre quelques photos. Je connaissais déjà un peu les règles à suivre puisque mon Lonely Planet m’avait instruit au sujet de cette pratique religieuse appelée Kumari Devi.



Je me souviens particulièrement du processus de sélection de la déesse. Elle doit avoir entre quatre ans et l’âge de la puberté et présenter trente-deux signes distinctifs allant de la couleur des yeux, la forme des dents en passant par le son de la voix. Toutes les candidates répondant à ces critères sont rassemblées dans une pièce obscure où l’on a disposé des têtes de buffles sanguinolentes et où des hommes affublés de masque horribles viennent danser sur des sons terrifiants. Naturellement, cette mise en scène ne saurait effrayer une véritable déesse. La fillette qui garde son sang-froid ne peut-être que la nouvelle Kumari. Son règne prend fin dès ses premières règles, ou toute autre perte de sang accidentelle. Elle redevient alors simple mortelle et l’on se met à la quête d’une nouvelle déesse.



Nous entrons donc dans l’appartement. Assise sur son trône, les deux pieds dans les plats (au sens propre plus qu’au figuré), la déesse nous attend. Ce n’est ni la beauté de ses vêtements, ni la richesse de ses bijoux qui me frappa en premier mais plutôt la tristesse de son jeune visage. À un tel point, que j’ai rapidement senti un malaise. Qu’est-ce que je fais ici à encourager telle pratique ? La fillette m’apparaît comme la déesse la plus triste de l’univers terrestre et céleste confondus. De mon côté, je semble devenir instantanément le touriste le plus grotesque de la terre.





Heureusement, le malaise s’est dissipé quelque peu lorsque le jeune frère de la déesse est entré dans la pièce. À grands coups de bouffonneries, notamment en jouant à cache-cache avec mon appareil photos, il a su soutirer une demi-douzaine de sourires à sa sœur aînée et ainsi, la rendre un peu plus humaine et chaleureuse. Pourtant, il semblerait que toutes manifestations de joie ou de bonheur ne fassent pas partie de sa définition de tâche.



Par contre, en échange de quelques roupies népalaises, la déesse peut vous offrir sa bénédiction. C’est ce qu’elle a fait pour chacun d’entre nous. Nous quittons donc le divin appartement avec sur le front, un tika, le troisième œil hindou. Ainsi, je me retrouve sur le trottoir avec l’impression d’avoir vécu une expérience plus culturelle que spirituelle. La description que j’en fais est teinte d’humour. Et pour cause, il est difficile de faire autrement tellement la situation paraît, à travers notre regard occidental, totalement absurde. Pourtant, ce qui nous semble être un véritable freak show est ici pris bien au sérieux. Ici comme ailleurs, on ne blague pas avec une déesse, juste au cas ou...


Merci Kong !
ou plutôt…
Merci beaux aux yeux de Martha !