Cela fait bientôt un an et demi que je suis revenu au pays. Le temps passe bien vite. Pourtant, j’ai cette impression que je n’ai rien oublié. Les images, les sons, les odeurs, les rencontres, les sensations… tout est encore là dans ma mémoire. Pour combien de temps encore, je ne saurai le dire. Je sais que progressivement, ils laisseront leur place à de nouvelles expériences, à de nouveaux souvenirs. Ainsi, depuis mon retour, je suis hanté par l’idée d’oublier. De par leur virtualité, mon blog et mes photos numériques me paraissent bien vulnérables. J’éprouve le besoin de matérialiser ces souvenirs. Voilà donc le prétexte de cet ouvrage. Ce livre, j’y songe depuis longtemps. Je le fais d’abord pour moi. Pour ne jamais oublier.
Le jour de mon vingt-neuvième anniversaire, je partais à la découverte de l’Asie. Inquiet, je laissais derrière parents et amis en leur promettant de leur donner régulièrement des nouvelles. Armé de ma caméra vidéo et de mon appareil photo, j’étais convaincu que mes témoignages allaient prendre la forme d’images aussi splendides qu’insolites. Je croyais que les vidéos et les photos allaient constituer mes plus beaux souvenirs de voyage. J’avais à demi raison. Bien évidemment, mes clichés me sont d’une grande valeur. Toutefois, elles ne constituent pas le plus important trésor que j’ai rapporté avec moi. Je l’ai souvent répété, cet honneur revient à mes textes. Au départ, j’étais loin de me douter de l’importance qu’auraient les mots dans cette folle aventure. Je ne soupçonnais pas encore que j’allais tant écrire. Je ne me connaissais pas cette urgence d’écrire, ce besoin de rapporter, de conter. Car si mes photos représentent bien ce que j’ai vu lors de ces dix mois d’exil, mes textes dépeignent ce que j’y ai vécu. Les photos témoignent de mon voyage alors que mes histoires révèlent qui je suis. À travers ce récit, c’est d’ailleurs ce dont je suis le plus fier, je ne me contente pas de décrire ce que j’ai fait ou vu, je laisse beaucoup de place à mes réflexions, mes angoisses, mes émotions, à tout ce que j’ai ressenti. J’espère que ce voyage à travers l’Asie et à travers mes états d'âme saura vous divertir, vous toucher, vous inspirer, vous faire rêver. J'espère que cet odyssée à travers moi-même saura vous toucher et vous émouvoir.
Lors de mon départ, j’étais loin de me douter de l’importance qu’auraient les mots dans cette folle aventure. Car si mes photos témoignent de mon voyage, mes textes révèlent qui je suis. J’espère que ce périple à travers l’Asie et à travers mes états d'âme saura vous divertir, vous toucher, vous inspirer, vous faire rêver…
dimanche 20 décembre 2009
samedi 19 décembre 2009
Et si cette conclusion n’en était pas vraiment une…
Ça fait maintenant un an et demi que je suis revenu à la maison et je n’ai toujours pas composer ma conclusion. Qui aurait cru que j’allais prendre tant de temps avant de réussir à terminer cet ouvrage. Moi qui avait rédigé plus de 80 textes en onze mois, me voilà incapable d’en écrire un seul, le dernier, celui qui saura clore de belle façon ce périple. La pression est forte. Cet ultime billet, je le souhaite digne des autres. L’épilogue se doit d’être à la hauteur. Je suis très fier de certaines de mes chroniques, je ne peux donc pas me résoudre à terminer sur une note décevante. Mais comment retrouver cette délicieuse inspiration qui m’accompagnait de semaines en semaines, de contrées en contrées, de pensées en pensées. Comment me replonger dans cet état providentiel qui nourrissait mon imagination et ma sensibilité. J’étais un voyageur, un voyageur libre. Dans l’autobus qui m’amenait de Luang Prabang à Vang Vieng, j’avais le temps de réfléchir. Les paysages fabuleux qui défilaient à la fenêtre; les collines, les villages, les ravins, tout ça m’animais. Faisant fi du passé et de l’avenir, j’étais totalement absorbé par le moment présent; pas de téléphone, pas de courriel, pas de radio, pas de télé… N’ayant pas à réfléchir au souper que je devais concocter, au chèque que je devais poster, au linge que je devais transférer dans la sécheuse … N’ayant d’autres préoccupations que mes propres états d’âme, je méditais avec grand bonheur sur la vie, la mienne en particulier, la nôtre en général. On a bien peu souvent ce luxe ici, les distractions sont trop nombreuses, les tracas innombrables. Donc je vous confie mon secret, il n’existe pas meilleure source d’inspiration qu’une totale liberté d’esprit. À défaut de retrouver cet état, il me faut tout de même pondre ce fichu texte, alors débutons…
En fait, ce mot de conclusion, je l’ai imaginé depuis longtemps. Quoi de mieux que d’attendre un peu avant de jeter un regard sur ce fameux voyage. Ce périple a-t-il fait de moi un meilleur homme ? Suis-je changé ? Vois-je la vie de la même façon ? Mange-je mieux qu’avant ? Regarde-je moins de merde à la télé ? Conjugue-je mieux les verbes d’une phrase interrogative ? Mon texte final se devait de jeter un peu lumière sur ces mystères car après tout il m’apparaît évident que l’on ne revient pas totalement indemne d’un tel périple. Pourtant, désolé si vous attendiez des solutions, je ne vous en fournirai pas. Ce n’est pas faute d’avoir cherché, je n’ai juste pas encore découvert les réponses ou la façon de les formuler clairement. L’inspiration n’est toujours par revenue après un an et demi alors ça m’étonnerait qu’elle reviendra de sitôt. Et si l’inspiration se cachait volontairement de peur de mettre un point final à cette aventure. Et si cette conclusion n’en était pas vraiment une…
En fait, ce mot de conclusion, je l’ai imaginé depuis longtemps. Quoi de mieux que d’attendre un peu avant de jeter un regard sur ce fameux voyage. Ce périple a-t-il fait de moi un meilleur homme ? Suis-je changé ? Vois-je la vie de la même façon ? Mange-je mieux qu’avant ? Regarde-je moins de merde à la télé ? Conjugue-je mieux les verbes d’une phrase interrogative ? Mon texte final se devait de jeter un peu lumière sur ces mystères car après tout il m’apparaît évident que l’on ne revient pas totalement indemne d’un tel périple. Pourtant, désolé si vous attendiez des solutions, je ne vous en fournirai pas. Ce n’est pas faute d’avoir cherché, je n’ai juste pas encore découvert les réponses ou la façon de les formuler clairement. L’inspiration n’est toujours par revenue après un an et demi alors ça m’étonnerait qu’elle reviendra de sitôt. Et si l’inspiration se cachait volontairement de peur de mettre un point final à cette aventure. Et si cette conclusion n’en était pas vraiment une…
jeudi 31 juillet 2008
Mon Ithaque à moi
Montréal
Mercredi le 30 juillet, le vol en provenance de Zurich survole le Québec. Par le hublot, j’entrevois le fleuve, je repère les collines montérégiennes, je distingue Varennes, je contemple Montréal, son stade, son centre-ville, son Mont-Royal… Comme c’est beau ! L’appareil atterrit sur la piste de l’aéroport Pierre-Elliott Trudeau. Qu’il est bon de rentrer à la maison. Mon ami Jean-François est venu me chercher. Il commence à être habitué à mes retours de voyage. C’est pratique avoir un ami qui finit de travailler tôt ! En réalité, c’est surtout commode d’avoir un ami qui a le cœur gros comme un Airbus 380. On prend la direction de Saint-Lambert à bord de son nouveau bolide. Par chance y’a du trafic, on a tant de choses à se raconter. On prend une longue marche avec Toby. On parle, on parle, on n’arrête pas de parler. Il y a vraiment des petits plaisirs de la vie qui m’avaient manqué. Pour le souper, on avait rendez-vous au St-Hubert avec Sébastien, un autre ami au grand cœur (décidemment, je suis bien entouré). Hummm, je salivais déjà à l’idée d’une succulente tarte aux sucres…
J’étais loin de m’en douter, mais j’étais tombé dans un guet-apens. Il y avait bien plus qu’un dessert sucré qui m’attendait au restaurant. Les pancartes de bienvenue, les fleurs, et surtout, surtout la famille et les amis, presque tout mon monde était réuni pour célébrer mon retour. C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai reçu cette belle surprise. Avec mes deux amours sur les genoux et le sourire accroché sous le nez, je regarde autour de moi. Les gens que j’aime qui discutent, qui rient, qui par leur simple présence me disent un très beau : je t’aime. Qu’il est bon de rentrer à la maison !
Afin d’animer le repas, ma sœur avait préparé un petit jeu. Elle a distribué aux invités un quiz dont les questions portaient sur mes nombreuses aventures. « Olivier joue à quel jeu avec les enfants à Rishikesh ? », « Qu’est-ce qu’Olivier achète à l’encan de l’orphelinat ? », « Dans quel pays Olivier a réalisé une mission bien spéciale ? »… À l’écoute de ces questions, une drôle de sensation m’a envahi. J’avais cette impression étrange que toutes ces anecdotes étaient tirées d’un bouquin que nous avions tous lu, moi compris. J’ai alors réalisé ce qui peut sembler évident : ces aventures ne sont pas œuvres de fiction, le personnage dont il est question n’est nul autre que moi. Et bien, qu’est-ce que j’en ai vécu des choses cette année ! Avec un peu de recul, je comprends mieux ce qui m’est arrivé lors des derniers mois. Cette suite d’aventures abracadabrantes qui n’a rien à envier à nos songes les plus fous, tout ça s’est réellement produit, tout ça fait dorénavant parti de moi.
Il est encore un peu trop tôt pour savoir ce qui en restera. J’ai des souvenirs pleins la tête certes, mais ai-je appris quelque chose. Suis-je le même qu’avant ? Il y a des trucs qui ont changé, c’est certain. Je suis davantage conscient du luxe et du confort qui nous entoure. De l’eau chaude dans la douche, de l’eau froide et potable dans le robinet, un siège de toilette pour poser ses fesses, de l’électricité à toute heure du jour, le bon état de nos routes (croyez-moi!), l’abondance de produits dans nos supermarchés, liste est longue… Tout ça, ça ne fait pas de moi une personne différente. J’aimerais pouvoir dire que je rapporte un regard neuf sur moi-même, sur les autres, sur le temps et sur la vie. Toutes ces réalités qui prennent un nouveau visage quand on voyage. Notre rapport à nous même change. Quand on part loin de chez soi, on laisse derrière ce que les autres veulent que l’on soit. On n’apporte pas avec soi les étiquettes que l’on nous a collées ou le moule dans lequel on nous a poussé. On enfin libre de devenir celui que l’on veut être, on devient véritablement soi-même. Le rapport aux autres n’est également plus le même. Comme on les croise pour la première fois, on ignore tout des gens que l’on rencontre. Ainsi, on s’attarde tout simplement à cette caractéristique qui nous unit tous : notre humanité. Voila pourquoi les rencontres en voyage nous semblent tellement plus authentiques.
Je l’ai déjà mentionné, le voyageur est libre de toute contrainte, de toute obligation, il se sent libre, il se sent vivant. Comment puis-je rapporter chez moi cet état de grâce ? Est-ce possible ici aussi ? Je me sentais libre car j’avais le choix. Le choix d’aller au nord ou bien au sud, le choix de rester ou de partir. Quand j’y pense, ce voyage est en fait la preuve que je suis libre de faire ce que je veux, de réaliser mes rêves les plus fous. Dans le fond, il est plus facile de l’oublier mais je suis aussi libre ici qu’ailleurs. Si je suis revenu à la maison c’est parce que je le veux bien. Si je ne repars pas demain pour d’autres destinations exotiques, c’est totalement par choix. Je sais trop bien qu’il y a un moment pour rester, y’a un moment pour partir, et qu’après tout, il est toujours temps de rêver…
Faute d’approvisionnement chez nos amis de St-Hubert, je n’ai finalement pas pu savourer ma tarte aux sucres. Mais comme vous vous en doutez, je n’étais pas revenu à la maison pour ça. Tel Ulysse, je suis parti et malgré les épreuves et les tentations, j’ai su revenir. Je suis rentré par amour de ma patrie. Mon Ithaque à moi c’est Montréal, mais c’est d’abord ma famille et mes amis. Je sais trop bien qu’un jour, je repartirai. J’y rêve déjà ! Et s’il y a une chose que cette merveilleuse odyssée m’a apprise, c’est que l’on n’a pas besoin de dormir pour rêver…
Le résumé d'un grand voyage en six petites minutes:
http://www.youtube.com/watch?v=GJ_--oi5xr4
Mercredi le 30 juillet, le vol en provenance de Zurich survole le Québec. Par le hublot, j’entrevois le fleuve, je repère les collines montérégiennes, je distingue Varennes, je contemple Montréal, son stade, son centre-ville, son Mont-Royal… Comme c’est beau ! L’appareil atterrit sur la piste de l’aéroport Pierre-Elliott Trudeau. Qu’il est bon de rentrer à la maison. Mon ami Jean-François est venu me chercher. Il commence à être habitué à mes retours de voyage. C’est pratique avoir un ami qui finit de travailler tôt ! En réalité, c’est surtout commode d’avoir un ami qui a le cœur gros comme un Airbus 380. On prend la direction de Saint-Lambert à bord de son nouveau bolide. Par chance y’a du trafic, on a tant de choses à se raconter. On prend une longue marche avec Toby. On parle, on parle, on n’arrête pas de parler. Il y a vraiment des petits plaisirs de la vie qui m’avaient manqué. Pour le souper, on avait rendez-vous au St-Hubert avec Sébastien, un autre ami au grand cœur (décidemment, je suis bien entouré). Hummm, je salivais déjà à l’idée d’une succulente tarte aux sucres…
J’étais loin de m’en douter, mais j’étais tombé dans un guet-apens. Il y avait bien plus qu’un dessert sucré qui m’attendait au restaurant. Les pancartes de bienvenue, les fleurs, et surtout, surtout la famille et les amis, presque tout mon monde était réuni pour célébrer mon retour. C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai reçu cette belle surprise. Avec mes deux amours sur les genoux et le sourire accroché sous le nez, je regarde autour de moi. Les gens que j’aime qui discutent, qui rient, qui par leur simple présence me disent un très beau : je t’aime. Qu’il est bon de rentrer à la maison !
Afin d’animer le repas, ma sœur avait préparé un petit jeu. Elle a distribué aux invités un quiz dont les questions portaient sur mes nombreuses aventures. « Olivier joue à quel jeu avec les enfants à Rishikesh ? », « Qu’est-ce qu’Olivier achète à l’encan de l’orphelinat ? », « Dans quel pays Olivier a réalisé une mission bien spéciale ? »… À l’écoute de ces questions, une drôle de sensation m’a envahi. J’avais cette impression étrange que toutes ces anecdotes étaient tirées d’un bouquin que nous avions tous lu, moi compris. J’ai alors réalisé ce qui peut sembler évident : ces aventures ne sont pas œuvres de fiction, le personnage dont il est question n’est nul autre que moi. Et bien, qu’est-ce que j’en ai vécu des choses cette année ! Avec un peu de recul, je comprends mieux ce qui m’est arrivé lors des derniers mois. Cette suite d’aventures abracadabrantes qui n’a rien à envier à nos songes les plus fous, tout ça s’est réellement produit, tout ça fait dorénavant parti de moi.
Il est encore un peu trop tôt pour savoir ce qui en restera. J’ai des souvenirs pleins la tête certes, mais ai-je appris quelque chose. Suis-je le même qu’avant ? Il y a des trucs qui ont changé, c’est certain. Je suis davantage conscient du luxe et du confort qui nous entoure. De l’eau chaude dans la douche, de l’eau froide et potable dans le robinet, un siège de toilette pour poser ses fesses, de l’électricité à toute heure du jour, le bon état de nos routes (croyez-moi!), l’abondance de produits dans nos supermarchés, liste est longue… Tout ça, ça ne fait pas de moi une personne différente. J’aimerais pouvoir dire que je rapporte un regard neuf sur moi-même, sur les autres, sur le temps et sur la vie. Toutes ces réalités qui prennent un nouveau visage quand on voyage. Notre rapport à nous même change. Quand on part loin de chez soi, on laisse derrière ce que les autres veulent que l’on soit. On n’apporte pas avec soi les étiquettes que l’on nous a collées ou le moule dans lequel on nous a poussé. On enfin libre de devenir celui que l’on veut être, on devient véritablement soi-même. Le rapport aux autres n’est également plus le même. Comme on les croise pour la première fois, on ignore tout des gens que l’on rencontre. Ainsi, on s’attarde tout simplement à cette caractéristique qui nous unit tous : notre humanité. Voila pourquoi les rencontres en voyage nous semblent tellement plus authentiques.
Je l’ai déjà mentionné, le voyageur est libre de toute contrainte, de toute obligation, il se sent libre, il se sent vivant. Comment puis-je rapporter chez moi cet état de grâce ? Est-ce possible ici aussi ? Je me sentais libre car j’avais le choix. Le choix d’aller au nord ou bien au sud, le choix de rester ou de partir. Quand j’y pense, ce voyage est en fait la preuve que je suis libre de faire ce que je veux, de réaliser mes rêves les plus fous. Dans le fond, il est plus facile de l’oublier mais je suis aussi libre ici qu’ailleurs. Si je suis revenu à la maison c’est parce que je le veux bien. Si je ne repars pas demain pour d’autres destinations exotiques, c’est totalement par choix. Je sais trop bien qu’il y a un moment pour rester, y’a un moment pour partir, et qu’après tout, il est toujours temps de rêver…
Faute d’approvisionnement chez nos amis de St-Hubert, je n’ai finalement pas pu savourer ma tarte aux sucres. Mais comme vous vous en doutez, je n’étais pas revenu à la maison pour ça. Tel Ulysse, je suis parti et malgré les épreuves et les tentations, j’ai su revenir. Je suis rentré par amour de ma patrie. Mon Ithaque à moi c’est Montréal, mais c’est d’abord ma famille et mes amis. Je sais trop bien qu’un jour, je repartirai. J’y rêve déjà ! Et s’il y a une chose que cette merveilleuse odyssée m’a apprise, c’est que l’on n’a pas besoin de dormir pour rêver…
Le résumé d'un grand voyage en six petites minutes:
http://www.youtube.com/watch?v=GJ_--oi5xr4
Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage
Heureux qui comme Ulysse a vu cent paysages
Et puis a retrouvé, après maintes traversées
Le pays des vertes années
Par un petit matin d’été, quand le soleil vous chante au cœur
Quelle est belle la liberté, la liberté
Brassens
mercredi 30 juillet 2008
Russie - Erreur de ponctuation
Moscou
Moscou, les lumières brillent. Il est quatre heures du matin, c’est le début de la fin (ou la fin du début…). J’ai cette impression étrange de mettre un point final au bout d’une longue et belle phrase. Le taxi m’amène à vive allure vers l’aéroport. Dans une douzaine d’heures, je serai à Montréal. Suis-je prêt ? Voilà la grande question. Pendant ces dix mois, je ne m’inquiétais pas trop pour mon retour. Tout allait bien se passer me disais-je sans trop réaliser ce que cela signifiait vraiment. Le retour est une aventure en soi. Tous les voyageurs le disent, avoir un projet aide à faire la transition. Tout le monde a beau dire, le vrai test, c’est de le vivre soi-même. Je le savais depuis le début, partir implique nécessairement revenir. Ce n’est pas mal en soi, j’ai très hâte de revoir parents et amis. Toutefois, revenir à la maison, c’est malheureusement quitter l’état de voyageur. Ce statut magnifique de l’Homme libre, du rêveur éveillé, d’un Olivier vivant et heureux. Revenir, c’est décider de mettre un terme à ce périple, à cette découverte perpétuelle. Chaque jour, des paysages grandioses, des cultures à découvrir, des gens à rencontrer… Et si ce n’était qu’une virgule…
Moscou, les lumières brillent. Il est quatre heures du matin, c’est le début de la fin (ou la fin du début…). J’ai cette impression étrange de mettre un point final au bout d’une longue et belle phrase. Le taxi m’amène à vive allure vers l’aéroport. Dans une douzaine d’heures, je serai à Montréal. Suis-je prêt ? Voilà la grande question. Pendant ces dix mois, je ne m’inquiétais pas trop pour mon retour. Tout allait bien se passer me disais-je sans trop réaliser ce que cela signifiait vraiment. Le retour est une aventure en soi. Tous les voyageurs le disent, avoir un projet aide à faire la transition. Tout le monde a beau dire, le vrai test, c’est de le vivre soi-même. Je le savais depuis le début, partir implique nécessairement revenir. Ce n’est pas mal en soi, j’ai très hâte de revoir parents et amis. Toutefois, revenir à la maison, c’est malheureusement quitter l’état de voyageur. Ce statut magnifique de l’Homme libre, du rêveur éveillé, d’un Olivier vivant et heureux. Revenir, c’est décider de mettre un terme à ce périple, à cette découverte perpétuelle. Chaque jour, des paysages grandioses, des cultures à découvrir, des gens à rencontrer… Et si ce n’était qu’une virgule…
samedi 26 juillet 2008
Russie - La dernière étape...
Moscou
Le train s’immobilise pour la dernière fois, nous sommes arrivés à Moscou. Nous sommes chaleureusement accueillis par Clément et Mathilde, les amis de Greg et Marie qui ont bien accepté de nous loger pendant toute la durée de notre séjour dans la capitale. Je suis un peu soulagé car j’ai entendu dire que le coût de la vie est terriblement cher à Moscou. Après notre première soirée, j’ai compris exactement ce que cette mise en garde voulait dire…

Nos hôtes voulaient nous faire vivre une véritable institution russe, le bania. Nous avons donc pris la direction de ces bains qui alternent sauna et bassin d’eau froide. Mais avant de livrer nos corps à de violents chocs thermaux, nous avons patienté en prenant un apéro dans un petit bistro aux allures de sous-sol d’école primaire. Au menu, une bière, des petites crêpes au saumon et aux œufs de poissons ainsi qu’une facture plus que salée : 50$ par personne. Malheureusement, nous n’avons pas pu joindre la population locale pour les bains. J’aurai bien aimé me mêler à ces hommes d’affaires qui complètement nus et suant à grosses gouttes, négocient des contrats importants en se fouettant le corps avec des branches de pin. L’expérience valait tout de même un second 50$. J’ai rarement soumis mon corps à un tel écart de chaleur. Après avoir perdu deux kilos d’eau et expérimenté quelques spectaculaires chûtes de pression, la sensation de repos était impressionnante. Nous étions tellement relaxes que certains d’entre nous avaient presque la tête dans leur assiette lors de notre souper dans un restaurant ouzbèque. Cheching ! un nouveau billet de 50$ disparaît. Il est temps que la soirée à Moscou s’achève, j’ai dépensé 150$ en moins de 5 heures. Somme avec laquelle je pourrais vivre confortablement pendant une semaine en Asie du sud-est…

Heureusement pour mon budget, nous avons passé la journée du lendemain à la plage. Les dimanches d’été, sur les bords de la rivière Moskva, la population citadine tente de profiter au maximum de la courte saison estivale russe. Petits et gros, jeunes et vieux, tout le monde s’exhibe sans pudeur. Peut-être que les russes tentent simplement d’optimiser les rares heures de bronzage en défilant presque nus. Peut-être que le prix des tissus est exorbitant car les maillots sont minuscules… Les hommes arborent fièrement les speedos moulants conçus en forme de « V » qui donnent l’impression que quelque chose pend entre les deux genoux… Avec leur coupe Longueuilgrad, c’est à se demander s’ils sont en avance ou en retard sur la mode actuelle. Du côté féminin, j’avoue avoir porté un peu moins d’attention à leur maillot. À ma défense, ces derniers sont souvent très bien cachés au fond d’une craque de fesses. Il faut mentionner également que les femmes russes sont extrêmement jolies, on se croirait dans un tournoi du circuit de tennis féminin version bikini…
Après un dimanche nature, nous étions prêts pour un lundi axé sur la culture. Nous avons fait une visite complète du Kremlin, son musée, ses églises orthodoxes et son palais présidentiel. Nous suivons les traces de grands personnages historiques : Ivan le Terrible, Pierre le Grand, Catherine la Grande, Lénine, Staline, Poutine et Garou… Décidément, ça ne va pas en s’améliorant. Pour le meilleur et pour le pire, la Russie s’est ouverte sur le monde. Nous en avons donc profité pour aller manger un Big Mac à deux pas de la Place Rouge.

Pour notre dernier jour à Moscou, nous avons décidé d’aller rendre une visite au père de la révolution, Vladimir Ilitch Oulianov, mieux connu sous le nom de Lénine. Le corps de celui-ci est conservé depuis 1924 dans un mausolée de la Place Rouge. En temps normal, il faut attendre des heures pour y pénétrer, même mort l’homme attire toujours les foules. Nous avons été très chanceux car ce jour là, la grande place était sécurisée pour accueillir une cérémonie soulignant le départ des athlètes russes vers Beijing. Malgré les soldats et les barrières nous avons réussi à nos faufiler et à prendre la direction du tombeau. Après avoir laissé derrière sacs et appareils photos, nous passions au détecteur de métal. Décidément, on ne rigole pas avec Lénine !
Nous sommes entrés seuls dans le mausolée. Il faisait si noir qu’on voyait à peine les marches qui nous conduisent vers la salle principale. Heureusement, de sympathiques soldats au garde à vous nous indiquaient la voie à suivre. Seuls leur pâle visage étaient éclairés. Ils avaient l’air morts depuis plus longtemps que Lénine ! Pourtant, ils étaient bel et bien vivants. Assez vivants pour réprimander sévèrement notre écart de conduite, nous avions les mains dans les poches ! Est-ce que je peux voir Lénine avant d’aller au Goulag ? S’il-vous-plaît... Heureusement pour nous, le régime n’est plus ce qu’il était. Nous sommes finalement arrivés devant le petit homme embaumé. Il avait l’air plutôt bien conservé sous sa cage de verre. Nous avons rapidement fait le tour du lit mortuaire afin de ne pas offusquer de nouveau le garde. L’atmosphère était lourde et déprimante. L’expérience n’aura duré que deux petites minutes, imaginez soixante-dix ans…
Le train s’immobilise pour la dernière fois, nous sommes arrivés à Moscou. Nous sommes chaleureusement accueillis par Clément et Mathilde, les amis de Greg et Marie qui ont bien accepté de nous loger pendant toute la durée de notre séjour dans la capitale. Je suis un peu soulagé car j’ai entendu dire que le coût de la vie est terriblement cher à Moscou. Après notre première soirée, j’ai compris exactement ce que cette mise en garde voulait dire…

Nos hôtes voulaient nous faire vivre une véritable institution russe, le bania. Nous avons donc pris la direction de ces bains qui alternent sauna et bassin d’eau froide. Mais avant de livrer nos corps à de violents chocs thermaux, nous avons patienté en prenant un apéro dans un petit bistro aux allures de sous-sol d’école primaire. Au menu, une bière, des petites crêpes au saumon et aux œufs de poissons ainsi qu’une facture plus que salée : 50$ par personne. Malheureusement, nous n’avons pas pu joindre la population locale pour les bains. J’aurai bien aimé me mêler à ces hommes d’affaires qui complètement nus et suant à grosses gouttes, négocient des contrats importants en se fouettant le corps avec des branches de pin. L’expérience valait tout de même un second 50$. J’ai rarement soumis mon corps à un tel écart de chaleur. Après avoir perdu deux kilos d’eau et expérimenté quelques spectaculaires chûtes de pression, la sensation de repos était impressionnante. Nous étions tellement relaxes que certains d’entre nous avaient presque la tête dans leur assiette lors de notre souper dans un restaurant ouzbèque. Cheching ! un nouveau billet de 50$ disparaît. Il est temps que la soirée à Moscou s’achève, j’ai dépensé 150$ en moins de 5 heures. Somme avec laquelle je pourrais vivre confortablement pendant une semaine en Asie du sud-est…

Heureusement pour mon budget, nous avons passé la journée du lendemain à la plage. Les dimanches d’été, sur les bords de la rivière Moskva, la population citadine tente de profiter au maximum de la courte saison estivale russe. Petits et gros, jeunes et vieux, tout le monde s’exhibe sans pudeur. Peut-être que les russes tentent simplement d’optimiser les rares heures de bronzage en défilant presque nus. Peut-être que le prix des tissus est exorbitant car les maillots sont minuscules… Les hommes arborent fièrement les speedos moulants conçus en forme de « V » qui donnent l’impression que quelque chose pend entre les deux genoux… Avec leur coupe Longueuilgrad, c’est à se demander s’ils sont en avance ou en retard sur la mode actuelle. Du côté féminin, j’avoue avoir porté un peu moins d’attention à leur maillot. À ma défense, ces derniers sont souvent très bien cachés au fond d’une craque de fesses. Il faut mentionner également que les femmes russes sont extrêmement jolies, on se croirait dans un tournoi du circuit de tennis féminin version bikini…
Après un dimanche nature, nous étions prêts pour un lundi axé sur la culture. Nous avons fait une visite complète du Kremlin, son musée, ses églises orthodoxes et son palais présidentiel. Nous suivons les traces de grands personnages historiques : Ivan le Terrible, Pierre le Grand, Catherine la Grande, Lénine, Staline, Poutine et Garou… Décidément, ça ne va pas en s’améliorant. Pour le meilleur et pour le pire, la Russie s’est ouverte sur le monde. Nous en avons donc profité pour aller manger un Big Mac à deux pas de la Place Rouge.

Pour notre dernier jour à Moscou, nous avons décidé d’aller rendre une visite au père de la révolution, Vladimir Ilitch Oulianov, mieux connu sous le nom de Lénine. Le corps de celui-ci est conservé depuis 1924 dans un mausolée de la Place Rouge. En temps normal, il faut attendre des heures pour y pénétrer, même mort l’homme attire toujours les foules. Nous avons été très chanceux car ce jour là, la grande place était sécurisée pour accueillir une cérémonie soulignant le départ des athlètes russes vers Beijing. Malgré les soldats et les barrières nous avons réussi à nos faufiler et à prendre la direction du tombeau. Après avoir laissé derrière sacs et appareils photos, nous passions au détecteur de métal. Décidément, on ne rigole pas avec Lénine !
Nous sommes entrés seuls dans le mausolée. Il faisait si noir qu’on voyait à peine les marches qui nous conduisent vers la salle principale. Heureusement, de sympathiques soldats au garde à vous nous indiquaient la voie à suivre. Seuls leur pâle visage étaient éclairés. Ils avaient l’air morts depuis plus longtemps que Lénine ! Pourtant, ils étaient bel et bien vivants. Assez vivants pour réprimander sévèrement notre écart de conduite, nous avions les mains dans les poches ! Est-ce que je peux voir Lénine avant d’aller au Goulag ? S’il-vous-plaît... Heureusement pour nous, le régime n’est plus ce qu’il était. Nous sommes finalement arrivés devant le petit homme embaumé. Il avait l’air plutôt bien conservé sous sa cage de verre. Nous avons rapidement fait le tour du lit mortuaire afin de ne pas offusquer de nouveau le garde. L’atmosphère était lourde et déprimante. L’expérience n’aura duré que deux petites minutes, imaginez soixante-dix ans…
vendredi 25 juillet 2008
Russie - La beauté réside dans l'inattendu
À bord du transsibérien
Depuis le tout début du projet, il y a de cela un an et demi, je rêvais de traverser la Russie à bord du transsibérien. Je ne pouvais imaginer un meilleur moyen pour revenir vers la maison. Assis au bord de la fenêtre, je me voyais contempler les paysages qui défilent. Ces quelques jours à bord du train, je les percevais comme une pause, un moment de réflexion avant le grand retour, une occasion de méditer sur l’incroyable année qui s’achève. Comme toutes les autres destinations de mon voyage, je m’étais fait des idées. Comme toutes les autres destinations, je m’étais trompé. Il n’y a pas de doute, les imprévus font la beauté du voyage.

Toujours accompagné de Greg et Marie, mes fidèles compagnons de voyage depuis Beijing, j’entre dans la cabine. C’est dans ce tout petit espace que nous serons enfermés pendant quatre jours et demi. Nous faisons connaissance avec nos voisins de la cabine d’à côté : Anouck, Amélie et Bertrand. C’est avec eux que nous jouerons aux cartes le jour et que nous ferons la fête la nuit ! Nous rencontrons également notre aimable provonitsa, la dame en charge de notre wagon. Nous nous lançons immédiatement dans une opération séduction. Sans vraiment obtenir de succès, nous enchainons les « spaciba » et les sourires. On nous a dit que le voyage est beaucoup plus agréable quand la provonitsa vous a dans ses bonnes grâces…

Quelque peu excités, nous quittons la gare d’Oulanbataar, l’aventure du transsib démarre. Il est environ 14h. Il fait chaud dehors, très chaud. Chanceux comme nous sommes, notre wagon est le seul dont l’air climatisé ne fonctionne pas. Pour ajouter au confort, il n’y a que trois fenêtres qui s’ouvrent dans tout le wagon. Il fait chaud dans le train, trop chaud ! Une bonne partie de la journée s’est donc passée tout près d’une de ces ouvertures, sous une petite brise fraîche. En quête du même réconfort, Anouck est venu me rejoindre et nous avons longuement discuté. Regardant les paysages défiler, nous avons parlé de tout et de rien, surtout de tout. Le voyage, l’amour, la mort… Rares sont les échanges aussi intenses, une autre très belle rencontre.
En fin de soirée, nous devons regagner nos cabines, nous nous apprêtons à traverser les frontières russes. Nous ne sommes plus uniquement trois dans nos appartements. Une dame mongole d’une quarantaine d’années vient tout juste de monter à bord. Elle traîne avec elle trois immenses sacs de sport. Madame est une athlète ? Non, madame est une contrebandière ! Elle ouvre ses sacs et sort sa marchandise. Des culottes, des sandales de caoutchouc, du thé, des tissus, des serviettes… La quantité est impressionnante. Ce qui est encore plus étonnant, c’est la façon dont elle fait tout disparaître. Elle pose des sandales sur le sol, elle accroche des serviettes derrière nous, nous serons complices sans même le vouloir. Sous notre œil amusé, elle en cache dans la poubelle et dans son soutien-gorge. Elle dissimule même des bobettes sous ses pantalons en les fixant à ses jambes avec du ruban adhésif. Une fois le travail terminé, les trois sacs sont vides et tous les articles ont été dispersés. Tout cela sous les yeux de la provonitsa, seconde complice dans ce crime. Par magie, il ne reste plus rien à déclarer à monsieur le douanier. Ce dernier, sous sa casquette de deux pieds de diamètre, n’y a d’ailleurs vu que du feu ! Soit qu’il est très naïf ou soit qu’il est le troisième complice… Il a fouillé nos sacs sans trop de conviction. Le train est reparti plusieurs heures plus tard, la dame et sa marchandise également. Chanceux comme nous sommes, elle a oublié un paquet de thé. Malheureusement pour nous, c’était du thé mongol (le thé chinois de mauvaise qualité aboutit en Mongolie…).

Pendant ces quatre jours et demi, nous avons traversé la Russie dans presque toute sa longueur. Près de sept mille kilomètres parcourus à travers des forêts infinies de bouleaux et de mélèzes. La Russie a de quoi se chauffer pendant encore plusieurs milliers d’années. Sur notre parcours, on croise des lieux aux noms mythiques : le lac Baïkal, Irkoutsk, Novossibirsk, Omsk, Perm… Les arrêts sont courts, une vingtaine de minutes en moyenne. Juste assez de temps pour aller marcher un peu sur les quais, prendre un peu d’air frais. A Balezino, nous avons profité de l’occasion pour entonner la Marseillaise et le O Canada. Notre public, composé majoritairement de russes complètement saouls, n’a pas vraiment apprécié notre interprétation de l’hymne national russe. Il était temps que le train quitte la gare…
Au bout de mille et une aventures, nous arrivons à destination : Moscou. La capitale n’est pas seulement au bout du transsibérien, elle représente également la fin de mon périple, le dernier arrêt avant mon retour. Suis-je prêt à revenir ? Je ne le sais pas encore. J’en doute parfois. Heureusement, j’ai de très bonnes raisons de revenir : ma famille, mes amis et… une perle retrouvée. Non, non, ce n’est pas une histoire de pêche !!! Un miracle s’est bel et bien produit, la perle a refait surface. Et si cette fois, c’était la bonne ? Il n’y a pas de doute, les surprises font la beauté de la vie.
Depuis le tout début du projet, il y a de cela un an et demi, je rêvais de traverser la Russie à bord du transsibérien. Je ne pouvais imaginer un meilleur moyen pour revenir vers la maison. Assis au bord de la fenêtre, je me voyais contempler les paysages qui défilent. Ces quelques jours à bord du train, je les percevais comme une pause, un moment de réflexion avant le grand retour, une occasion de méditer sur l’incroyable année qui s’achève. Comme toutes les autres destinations de mon voyage, je m’étais fait des idées. Comme toutes les autres destinations, je m’étais trompé. Il n’y a pas de doute, les imprévus font la beauté du voyage.

Toujours accompagné de Greg et Marie, mes fidèles compagnons de voyage depuis Beijing, j’entre dans la cabine. C’est dans ce tout petit espace que nous serons enfermés pendant quatre jours et demi. Nous faisons connaissance avec nos voisins de la cabine d’à côté : Anouck, Amélie et Bertrand. C’est avec eux que nous jouerons aux cartes le jour et que nous ferons la fête la nuit ! Nous rencontrons également notre aimable provonitsa, la dame en charge de notre wagon. Nous nous lançons immédiatement dans une opération séduction. Sans vraiment obtenir de succès, nous enchainons les « spaciba » et les sourires. On nous a dit que le voyage est beaucoup plus agréable quand la provonitsa vous a dans ses bonnes grâces…

Quelque peu excités, nous quittons la gare d’Oulanbataar, l’aventure du transsib démarre. Il est environ 14h. Il fait chaud dehors, très chaud. Chanceux comme nous sommes, notre wagon est le seul dont l’air climatisé ne fonctionne pas. Pour ajouter au confort, il n’y a que trois fenêtres qui s’ouvrent dans tout le wagon. Il fait chaud dans le train, trop chaud ! Une bonne partie de la journée s’est donc passée tout près d’une de ces ouvertures, sous une petite brise fraîche. En quête du même réconfort, Anouck est venu me rejoindre et nous avons longuement discuté. Regardant les paysages défiler, nous avons parlé de tout et de rien, surtout de tout. Le voyage, l’amour, la mort… Rares sont les échanges aussi intenses, une autre très belle rencontre.
En fin de soirée, nous devons regagner nos cabines, nous nous apprêtons à traverser les frontières russes. Nous ne sommes plus uniquement trois dans nos appartements. Une dame mongole d’une quarantaine d’années vient tout juste de monter à bord. Elle traîne avec elle trois immenses sacs de sport. Madame est une athlète ? Non, madame est une contrebandière ! Elle ouvre ses sacs et sort sa marchandise. Des culottes, des sandales de caoutchouc, du thé, des tissus, des serviettes… La quantité est impressionnante. Ce qui est encore plus étonnant, c’est la façon dont elle fait tout disparaître. Elle pose des sandales sur le sol, elle accroche des serviettes derrière nous, nous serons complices sans même le vouloir. Sous notre œil amusé, elle en cache dans la poubelle et dans son soutien-gorge. Elle dissimule même des bobettes sous ses pantalons en les fixant à ses jambes avec du ruban adhésif. Une fois le travail terminé, les trois sacs sont vides et tous les articles ont été dispersés. Tout cela sous les yeux de la provonitsa, seconde complice dans ce crime. Par magie, il ne reste plus rien à déclarer à monsieur le douanier. Ce dernier, sous sa casquette de deux pieds de diamètre, n’y a d’ailleurs vu que du feu ! Soit qu’il est très naïf ou soit qu’il est le troisième complice… Il a fouillé nos sacs sans trop de conviction. Le train est reparti plusieurs heures plus tard, la dame et sa marchandise également. Chanceux comme nous sommes, elle a oublié un paquet de thé. Malheureusement pour nous, c’était du thé mongol (le thé chinois de mauvaise qualité aboutit en Mongolie…).

Pendant ces quatre jours et demi, nous avons traversé la Russie dans presque toute sa longueur. Près de sept mille kilomètres parcourus à travers des forêts infinies de bouleaux et de mélèzes. La Russie a de quoi se chauffer pendant encore plusieurs milliers d’années. Sur notre parcours, on croise des lieux aux noms mythiques : le lac Baïkal, Irkoutsk, Novossibirsk, Omsk, Perm… Les arrêts sont courts, une vingtaine de minutes en moyenne. Juste assez de temps pour aller marcher un peu sur les quais, prendre un peu d’air frais. A Balezino, nous avons profité de l’occasion pour entonner la Marseillaise et le O Canada. Notre public, composé majoritairement de russes complètement saouls, n’a pas vraiment apprécié notre interprétation de l’hymne national russe. Il était temps que le train quitte la gare…
Au bout de mille et une aventures, nous arrivons à destination : Moscou. La capitale n’est pas seulement au bout du transsibérien, elle représente également la fin de mon périple, le dernier arrêt avant mon retour. Suis-je prêt à revenir ? Je ne le sais pas encore. J’en doute parfois. Heureusement, j’ai de très bonnes raisons de revenir : ma famille, mes amis et… une perle retrouvée. Non, non, ce n’est pas une histoire de pêche !!! Un miracle s’est bel et bien produit, la perle a refait surface. Et si cette fois, c’était la bonne ? Il n’y a pas de doute, les surprises font la beauté de la vie.
samedi 19 juillet 2008
Mongolie - Le bonheur, d’une colline à l’autre
Monastère d'Amarbayasgalant
Je suis seul sur la colline. Le soleil se couche lentement sur la Mongolie. Autour de moi, les grands espaces, le calme, le vide. Pour la dernière fois, je fais le plein.
Je suis seul sur la colline. Le soleil se couche lentement sur mon voyage. Dans onze jours, je serai chez moi. Dans onze petits dodos, l’aventure prendra fin.
Je suis seul sur la colline. D’un côté, le campement et ses tentes, de l’autre, le soleil qui descend doucement sur la vallée et sur le monastère d’Amarbayasgalant. Je suis si bien, je ne veux plus redescendre. Il y a une partie qui ne veut pas quitter la Mongolie, qui ne veut pas prendre le chemin du retour.

Je suis seul sur la colline et y’a une partie de moi qui est bien triste. Il est parfois bien difficile de quitter un instant de pur bien-être. Imaginez une année ! Heureusement, je sais que je retrouverai mon bonheur plus bas, en aval. Redescendre, c’est se faire confiance et faire confiance à la vie.
Si je suis ici, seul sur cette colline, c’est bien parce qu’un jour, j’en ai redescendu d’autres. J’ai déjà abandonné un certain confort, un certain bonheur, sans même savoir ou j’allais. Ma famille, mes amis, le musée, on quitte parfois ceux qu’on aime. Car après tout, redescendre ne signifie pas nécessairement reculer. Au contraire, souvent, c’est avancer. Il y aura toujours d’autres défis, d’autres surprises, d’autres collines.
Je suis seul sur la colline. Le soleil se couche lentement sur la Mongolie. Autour de moi, les grands espaces, le calme, le vide. Pour la dernière fois, je fais le plein.
Je suis seul sur la colline. Le soleil se couche lentement sur mon voyage. Dans onze jours, je serai chez moi. Dans onze petits dodos, l’aventure prendra fin.
Je suis seul sur la colline. D’un côté, le campement et ses tentes, de l’autre, le soleil qui descend doucement sur la vallée et sur le monastère d’Amarbayasgalant. Je suis si bien, je ne veux plus redescendre. Il y a une partie qui ne veut pas quitter la Mongolie, qui ne veut pas prendre le chemin du retour.

Je suis seul sur la colline et y’a une partie de moi qui est bien triste. Il est parfois bien difficile de quitter un instant de pur bien-être. Imaginez une année ! Heureusement, je sais que je retrouverai mon bonheur plus bas, en aval. Redescendre, c’est se faire confiance et faire confiance à la vie.
Si je suis ici, seul sur cette colline, c’est bien parce qu’un jour, j’en ai redescendu d’autres. J’ai déjà abandonné un certain confort, un certain bonheur, sans même savoir ou j’allais. Ma famille, mes amis, le musée, on quitte parfois ceux qu’on aime. Car après tout, redescendre ne signifie pas nécessairement reculer. Au contraire, souvent, c’est avancer. Il y aura toujours d’autres défis, d’autres surprises, d’autres collines.
mercredi 16 juillet 2008
vendredi 11 juillet 2008
Mongolie - Route de Mongols
Sur la route
Le plus grand empire de tous les temps, de la Sibérie à l’Inde et du Vietnam à la Méditerranée. L’empire fut aussi vaste qu’éphémère. Qui n’a jamais entendu parlé de Chinggis Khaan et de sa terrifiante armée de cavaliers mongols. L’histoire récente du pays est moins glorieuse. Sans accès à la mer, la Mongolie est coincée entre les deux géants que l’URSS et la Chine. On sent très fortement l’influence soviétique : l’architecture, l’écriture cyrillique, les voitures, la vodka, le jeu d’échecs…
Pour retrouver leur identité, surtout pour se démarquer des voisins, le culte du grand Gengis a refait surface il y a une trentaine d’années. On peut admirer son image un peu partout : à la télé, sur les bouteilles de bière ou de vodka, sur des affiches, sur une colline près d’Ulanbaatar… Même notre mini fourgonnette à été baptisé en son honneur : Chinggis Car. Aussi robuste et indestructible que son légendaire homonyme, elle nous a rendu de fiers services. Les deux derniers jours ont été fort éprouvants pour notre belle Chinggis, et pour nous par la même occasion. En Mongolie, on sait quand on part, on ne sait jamais quand on arrive, ni dans quel état...

Gamba, notre chauffeur adoré, a une vingtaine d’années d’expérience sur les routes mongoles. Je soupçonne qu’il a une boussole ou un GPS implantée dans le crâne afin de s’orienter. Il n’existe aucun panneau pouvant nos renseigner sur les directions et encore moins les distances. Peu surprenant que parfois, l’on se perd. Heureusement, notre Gamba est un excellent chauffeur, il s’égare rarement. Hier matin, par contre, il s’est trompé de vallée, nous avons roulé dans une mauvaise direction pendant une bonne heure. En revenant sur nos pas, un violent orage nous a forcé de prendre le lunch à l’abri dans notre confortable Chinggis Car. En essayant de retrouver notre chemin, nous sommes sortis de la route pour nous diriger dans une vallée, puis tout droit sur une colline. J’avais l’impression que l’on tentait de grimper les pentes d’une station de ski. Après de gros efforts de la part de Chinggis Car, nous sommes enfin arrivés au sommet. Toute cette énergie pour réaliser qu’on ne pouvait pas aller plus loin, une forêt dense nous attendait sur l’autre versant. Il fallait, encore une fois, faire demi-tour. On tente un autre chemin. Nous montons régulièrement à travers une forêt. Parviendrons-nous à traverser de l’autre côté ?

La pluie a rendu la route boueuse. Nous nous enfonçons de plus en plus. La fourgonnette vacille, elle glisse, elle s’immobilise… Nous sommes embourbés. Nous sortons du véhicule pour évaluer la situation. Mon éternel optimisme ne s’en fait pas trop. Nous usons de nos muscles et de notre matière grise. Le plan est simple, il faut détourner la rigole qui inonde les roues avant et qui rend par le fait même notre départ impossible. Heureusement, nous avons une pelle à notre disposition. Nous travaillons avec beaucoup d’efficacité, si bien que nous réussissons à nous déprendre après seulement trente minutes de boulot. Notre chauffeur a compris la leçon, nous redescendons de plus belle. Puisqu’il le faut, nous contournerons les collines.
Nous roulons et roulons encore… Il a plu aussi au fond de la vallée. Les routes sont boueuses. Inquiet, notre chauffeur analyse consciencieusement la situation. Il hésite souvent avant de s’engager dans les trous d’eau. L’ambiance devient un peu tendue dans le car, nous gardons le silence. Nous avançons péniblement et puis… merde ! La voiture s’est embourbée une fois de plus. Cette fois-ci, c’est du sérieux. Les quatre roues s’enfoncent dans la tourbe et la boue. Mon éternel optimisme part en courant ! Pire encore, un immense orage file droit vers nous. Il déjà froid, ça promet !

Nous nous mettons à la tâche. On sort le cric, on va chercher des troncs pour agir comme levier, on creuse autour des roues… Rapidement, notre propreté devient secondaire, on ne songe plus qu’à s’en sortir et vite. Les premiers essais s’avèrent de lamentables échecs. L’orage éclate. Le qualificatif de lamentable s’applique maintenant à nous tous. Le soleil est déjà couché, il fait froid, très froid. Nous sommes coincés au milieu de nulle part, s’il nous faut camper ici, la nuit risque d’être longue. Seule bonne nouvelle, y’a pas un moustique assez fou pour venir nous écœurer. Notre seul espoir réside dans l’aide extérieure. Pendant que nous travaillons sous le véhicule, Bogi part à la recherche d’une ger providentielle. J’y crois plus ou moins car qu’est ce qu’un nomade mongol peut bien faire pour nous aider avec son cheval ou sa moto russe ? Croyez-moi, je ne sais pas lequel, mais il y a un dieu qui veille sur les steppes mongoles. Bogi revient avec de l’aide, un immense camion. Le type de véhicule que nous n’avions pas vu depuis une semaine. Nous sommes sauvés.
Le chauffeur bienheureux descend son mastodonte dans la boue. Il attache un câble à Chinggis. Démarre en trombe. Le fil se tend en une milliseconde et lâche sous la pression… Bravo !!! Félicitations monsieur testostérone dans le tapis ! Encore chanceux que ce ne soit pas la carlingue de Chinggis Car qui n’ai pas arraché. Heureusement, il possède un second câble. Cette fois, il a compris la leçon. Il nous tire doucement pour nous délivrer. Nous sommes libres. Trempés, frigorifiés, affamés, épuisés mais libres. Notre sauveur nous indique le chemin pour une ger où nous pourrons peut-être passer la nuit. Sans attendre, nous repartons.
Nous débarquons donc à la dite habitation. Il est au moins 10h30. À l’intérieur, la famille dort déjà profondément. C’est alors que nous assistons à un spectacle magique. La mythique hospitalité mongole se concrétise sous nos yeux. Les membres de la famille se réveillent et constatent avec étonnement qu’un groupe d’étrangers occupent leur ger. Ils ne doivent pas recevoir ce type de visite très souvent, la tête du benjamin, encore tout endormi, en fait foi. Quelques instants plus tard, le feu crépite à nouveau dans le poêle et nous recevons le thé de bienvenue ainsi que l’incontournable morceau de yogourt concentré à la puissance mille… Après le repas et quelques tentatives rigolotes de discussions, nous installons nos lits sur le sol. La journée a été dure, nous nous endormons rapidement au milieu de la ger. Chinggis Khaan a de quoi être fier. Son peuple n’est certes plus celui qui a longtemps fait trembler l’Occident tout entier. Les temps ont changé, les Mongols sont aujourd’hui un véritable modèle de fraternité et d’hospitalité. Que ses deux voisins le retiennent, ce n’est pas que la puissance de son armée qui fait la gloire et la grandeur d’un peuple.
Le plus grand empire de tous les temps, de la Sibérie à l’Inde et du Vietnam à la Méditerranée. L’empire fut aussi vaste qu’éphémère. Qui n’a jamais entendu parlé de Chinggis Khaan et de sa terrifiante armée de cavaliers mongols. L’histoire récente du pays est moins glorieuse. Sans accès à la mer, la Mongolie est coincée entre les deux géants que l’URSS et la Chine. On sent très fortement l’influence soviétique : l’architecture, l’écriture cyrillique, les voitures, la vodka, le jeu d’échecs…
Pour retrouver leur identité, surtout pour se démarquer des voisins, le culte du grand Gengis a refait surface il y a une trentaine d’années. On peut admirer son image un peu partout : à la télé, sur les bouteilles de bière ou de vodka, sur des affiches, sur une colline près d’Ulanbaatar… Même notre mini fourgonnette à été baptisé en son honneur : Chinggis Car. Aussi robuste et indestructible que son légendaire homonyme, elle nous a rendu de fiers services. Les deux derniers jours ont été fort éprouvants pour notre belle Chinggis, et pour nous par la même occasion. En Mongolie, on sait quand on part, on ne sait jamais quand on arrive, ni dans quel état...

Gamba, notre chauffeur adoré, a une vingtaine d’années d’expérience sur les routes mongoles. Je soupçonne qu’il a une boussole ou un GPS implantée dans le crâne afin de s’orienter. Il n’existe aucun panneau pouvant nos renseigner sur les directions et encore moins les distances. Peu surprenant que parfois, l’on se perd. Heureusement, notre Gamba est un excellent chauffeur, il s’égare rarement. Hier matin, par contre, il s’est trompé de vallée, nous avons roulé dans une mauvaise direction pendant une bonne heure. En revenant sur nos pas, un violent orage nous a forcé de prendre le lunch à l’abri dans notre confortable Chinggis Car. En essayant de retrouver notre chemin, nous sommes sortis de la route pour nous diriger dans une vallée, puis tout droit sur une colline. J’avais l’impression que l’on tentait de grimper les pentes d’une station de ski. Après de gros efforts de la part de Chinggis Car, nous sommes enfin arrivés au sommet. Toute cette énergie pour réaliser qu’on ne pouvait pas aller plus loin, une forêt dense nous attendait sur l’autre versant. Il fallait, encore une fois, faire demi-tour. On tente un autre chemin. Nous montons régulièrement à travers une forêt. Parviendrons-nous à traverser de l’autre côté ?

La pluie a rendu la route boueuse. Nous nous enfonçons de plus en plus. La fourgonnette vacille, elle glisse, elle s’immobilise… Nous sommes embourbés. Nous sortons du véhicule pour évaluer la situation. Mon éternel optimisme ne s’en fait pas trop. Nous usons de nos muscles et de notre matière grise. Le plan est simple, il faut détourner la rigole qui inonde les roues avant et qui rend par le fait même notre départ impossible. Heureusement, nous avons une pelle à notre disposition. Nous travaillons avec beaucoup d’efficacité, si bien que nous réussissons à nous déprendre après seulement trente minutes de boulot. Notre chauffeur a compris la leçon, nous redescendons de plus belle. Puisqu’il le faut, nous contournerons les collines.
Nous roulons et roulons encore… Il a plu aussi au fond de la vallée. Les routes sont boueuses. Inquiet, notre chauffeur analyse consciencieusement la situation. Il hésite souvent avant de s’engager dans les trous d’eau. L’ambiance devient un peu tendue dans le car, nous gardons le silence. Nous avançons péniblement et puis… merde ! La voiture s’est embourbée une fois de plus. Cette fois-ci, c’est du sérieux. Les quatre roues s’enfoncent dans la tourbe et la boue. Mon éternel optimisme part en courant ! Pire encore, un immense orage file droit vers nous. Il déjà froid, ça promet !

Nous nous mettons à la tâche. On sort le cric, on va chercher des troncs pour agir comme levier, on creuse autour des roues… Rapidement, notre propreté devient secondaire, on ne songe plus qu’à s’en sortir et vite. Les premiers essais s’avèrent de lamentables échecs. L’orage éclate. Le qualificatif de lamentable s’applique maintenant à nous tous. Le soleil est déjà couché, il fait froid, très froid. Nous sommes coincés au milieu de nulle part, s’il nous faut camper ici, la nuit risque d’être longue. Seule bonne nouvelle, y’a pas un moustique assez fou pour venir nous écœurer. Notre seul espoir réside dans l’aide extérieure. Pendant que nous travaillons sous le véhicule, Bogi part à la recherche d’une ger providentielle. J’y crois plus ou moins car qu’est ce qu’un nomade mongol peut bien faire pour nous aider avec son cheval ou sa moto russe ? Croyez-moi, je ne sais pas lequel, mais il y a un dieu qui veille sur les steppes mongoles. Bogi revient avec de l’aide, un immense camion. Le type de véhicule que nous n’avions pas vu depuis une semaine. Nous sommes sauvés.
Le chauffeur bienheureux descend son mastodonte dans la boue. Il attache un câble à Chinggis. Démarre en trombe. Le fil se tend en une milliseconde et lâche sous la pression… Bravo !!! Félicitations monsieur testostérone dans le tapis ! Encore chanceux que ce ne soit pas la carlingue de Chinggis Car qui n’ai pas arraché. Heureusement, il possède un second câble. Cette fois, il a compris la leçon. Il nous tire doucement pour nous délivrer. Nous sommes libres. Trempés, frigorifiés, affamés, épuisés mais libres. Notre sauveur nous indique le chemin pour une ger où nous pourrons peut-être passer la nuit. Sans attendre, nous repartons.
Nous débarquons donc à la dite habitation. Il est au moins 10h30. À l’intérieur, la famille dort déjà profondément. C’est alors que nous assistons à un spectacle magique. La mythique hospitalité mongole se concrétise sous nos yeux. Les membres de la famille se réveillent et constatent avec étonnement qu’un groupe d’étrangers occupent leur ger. Ils ne doivent pas recevoir ce type de visite très souvent, la tête du benjamin, encore tout endormi, en fait foi. Quelques instants plus tard, le feu crépite à nouveau dans le poêle et nous recevons le thé de bienvenue ainsi que l’incontournable morceau de yogourt concentré à la puissance mille… Après le repas et quelques tentatives rigolotes de discussions, nous installons nos lits sur le sol. La journée a été dure, nous nous endormons rapidement au milieu de la ger. Chinggis Khaan a de quoi être fier. Son peuple n’est certes plus celui qui a longtemps fait trembler l’Occident tout entier. Les temps ont changé, les Mongols sont aujourd’hui un véritable modèle de fraternité et d’hospitalité. Que ses deux voisins le retiennent, ce n’est pas que la puissance de son armée qui fait la gloire et la grandeur d’un peuple.
lundi 7 juillet 2008
Mongolie - Le fin fond du bout du monde
Naiman Nuur
Ça fait dix jours que nous parcourons la campagne mongole. Nous traversons des paysages aussi spectaculaires que variés. Je l’ignorais, la Mongolie a bien plus à offrir que des steppes verdoyantes, c’est également d’immenses canyons, des badlands, des formations volcaniques, des collines et des déserts arides. À tous les jours, on change de décor. Une seule constante : l’immensité. Le terrain est généralement plat, l’atmosphère est toujours parfaitement claire, on y voit à des milles à la ronde. Le ciel nous parait immense. La montagne à l’horizon semble toute proche, on y met pourtant quatre heures en voiture pour y parvenir. Ici et là, les gers deviennent de petits points blancs qui se démarquent à des kilomètres. La Mongolie est un immense pays mais il est faiblement peuplé. 2,6 millions d’habitants dont la moitié résident dans la capitale. C’est le pays le plus faiblement peuplé de la planète avec un maigre 1,8 individu par kilomètre carré (À titre comparatif, le Bangladesh affiche un taux de 1002 personnes par km2, le Canada avec 3,3 personnes par km2 arrive aussi en bas de la liste). Dans certaines régions, on peut rouler pendant des heures sans rencontrer âmes qui vivent. Tout à coup, un petit point blanc apparaît à l’horizon. Ça tombe bien, dans deux on y sera et il sera l’heure de manger ! Nous nous approchons de la ger, nous entendons déjà les chiens qui aboient pour nous faire peur. Un troupeau de chèvres, de moutons, de chevaux, de yaks ou de chameaux n’est jamais bien loin. Comme à l’habitude, un cheval est attaché près de l’habitation. Il est déjà scellé, prêt à décoller en cas de besoin.
En campagne, les Mongols ont rarement une voiture. Ils possèdent souvent une moto qu’ils enfourchent vêtu de leur deel, le costume traditionnel mongol. Pour les longues distances, la moto a remplacé le cheval. Toutefois, dans plusieurs régions, le fidèle destrier demeure roi. Les routes… Le concept de route en Mongolie diffère du nôtre. La majorité du réseau n’est pas bitumé. Pas de gravelle, même pas de terre battue. On suit les traces des dizaines de véhicules qui nous ont précédé. On roule souvent en plein milieu de nulle part, ouvrant ainsi la nouvelle route. Les chemins sont tellement mauvais ou accidentés que les distances sont plus vite parcourues au galop. Le peuple mongol a toujours été nomade. Les gers ont des coupoles satellites pour capter la télé, des panneaux solaires pour recharger les batteries (source d’énergie principale). Toutefois, les gers n’ont toujours pas de toilettes et sont chauffées à la bouse. Les familles vivent en autarcie, se nourrissant du lait de la viande de leur troupeau. La ger se déplace en moyenne quatre fois l’an à la recherche de pâturage. Il y a très peu de place pour les légumes (encore moins les fruits) dans le régime alimentaire mongol. La culture y est presque inexistante.
Les hivers sont rigoureux car même si il ne neige pas beaucoup, ils s’étendent sur neuf mois de l’année. La vie est rude, le voisin est loin. L’hospitalité est chose naturelle. Ce n’est même pas une question de politesse, c’est une question de survie. Nous sommes toujours bien accueillis par les familles. Ils se montrent curieux à notre endroit. Les touristes se font rares par ici, tout comme les visiteurs de tout origine confondue. Quelques minutes après son arrivée, le visiteur est déjà assis dans la ger, un bol de thé au lait et un morceau de yaourt concentré dans les mains (un yaourt contenant assez de bactéries pour raviver la flore intestinale d’un brontosaure). On ne refuse rien, on trempe nos lèvres, on croque un petit morceau, on s’en garde pour plus tard… Les chiens adorent le yaourt, ils salivent déjà à l’arrivée des touristes.
À trente mètres autour de la ger, ça sent le mouton. Plus on approche de la cuisinière située au centre de l’habitation, plus l’odeur devient puissante. À l’intérieur, tous les objets en sont empreints. Heureusement, quelques minutes suffisent pour nous y habituer. Après quelques jours dans la steppe mongole, nous dégageons nous même un fort parfum.
Les Mongols sont d’une grande gentillesse. Difficile de croire que ce sont les descendants des redoutables cavaliers d’Attila et de Gengis Khan. Nos leçons de langue mongole nous aident à établir le contact. Quel est ton nom ? Quel âge as-tu ? Combien de chèvres as-tu ? Les échanges sont sommaires mais ils apprécient l’effort. Avec les enfants, c’est toujours un peu plus facile. Ils sont curieux, ils adorent jouer avec nous. J’ai parfois l’impression que, besogne oblige, les adultes ont peu de temps à consacrer aux tout-petits. Ces derniers aident leurs parents aux différents travaux : traite des animaux, cuisine, s’occuper du plus jeune, couper le bois (ou ramasser les bouses) pour le feu, aller chercher l’eau à la rivière…
Les premiers jours nous ont fait découvrir le sud du pays. Nous traversons maintenant à pieds les montagnes du centre. Ce trek de quatre jours nous en a fait voir de toutes les couleurs : tempête de grêle, zones marécageuses, colonies de mouches. Ce n’est pas toujours facile mais mon voyage en Asie ne pouvait mieux se terminer. Aujourd’hui, j’ai joué au berger avec trois gamins. Ma course derrière un troupeau de chèvres dans la steppe sera un souvenir impérissable. Ce soir, je m’endors seul dans ma tente avec comme berceuse les hurlements des loups. La Mongolie est sauvage, elle est authentique. Je l’adore !
Ça fait dix jours que nous parcourons la campagne mongole. Nous traversons des paysages aussi spectaculaires que variés. Je l’ignorais, la Mongolie a bien plus à offrir que des steppes verdoyantes, c’est également d’immenses canyons, des badlands, des formations volcaniques, des collines et des déserts arides. À tous les jours, on change de décor. Une seule constante : l’immensité. Le terrain est généralement plat, l’atmosphère est toujours parfaitement claire, on y voit à des milles à la ronde. Le ciel nous parait immense. La montagne à l’horizon semble toute proche, on y met pourtant quatre heures en voiture pour y parvenir. Ici et là, les gers deviennent de petits points blancs qui se démarquent à des kilomètres. La Mongolie est un immense pays mais il est faiblement peuplé. 2,6 millions d’habitants dont la moitié résident dans la capitale. C’est le pays le plus faiblement peuplé de la planète avec un maigre 1,8 individu par kilomètre carré (À titre comparatif, le Bangladesh affiche un taux de 1002 personnes par km2, le Canada avec 3,3 personnes par km2 arrive aussi en bas de la liste). Dans certaines régions, on peut rouler pendant des heures sans rencontrer âmes qui vivent. Tout à coup, un petit point blanc apparaît à l’horizon. Ça tombe bien, dans deux on y sera et il sera l’heure de manger ! Nous nous approchons de la ger, nous entendons déjà les chiens qui aboient pour nous faire peur. Un troupeau de chèvres, de moutons, de chevaux, de yaks ou de chameaux n’est jamais bien loin. Comme à l’habitude, un cheval est attaché près de l’habitation. Il est déjà scellé, prêt à décoller en cas de besoin.
En campagne, les Mongols ont rarement une voiture. Ils possèdent souvent une moto qu’ils enfourchent vêtu de leur deel, le costume traditionnel mongol. Pour les longues distances, la moto a remplacé le cheval. Toutefois, dans plusieurs régions, le fidèle destrier demeure roi. Les routes… Le concept de route en Mongolie diffère du nôtre. La majorité du réseau n’est pas bitumé. Pas de gravelle, même pas de terre battue. On suit les traces des dizaines de véhicules qui nous ont précédé. On roule souvent en plein milieu de nulle part, ouvrant ainsi la nouvelle route. Les chemins sont tellement mauvais ou accidentés que les distances sont plus vite parcourues au galop. Le peuple mongol a toujours été nomade. Les gers ont des coupoles satellites pour capter la télé, des panneaux solaires pour recharger les batteries (source d’énergie principale). Toutefois, les gers n’ont toujours pas de toilettes et sont chauffées à la bouse. Les familles vivent en autarcie, se nourrissant du lait de la viande de leur troupeau. La ger se déplace en moyenne quatre fois l’an à la recherche de pâturage. Il y a très peu de place pour les légumes (encore moins les fruits) dans le régime alimentaire mongol. La culture y est presque inexistante.
Les hivers sont rigoureux car même si il ne neige pas beaucoup, ils s’étendent sur neuf mois de l’année. La vie est rude, le voisin est loin. L’hospitalité est chose naturelle. Ce n’est même pas une question de politesse, c’est une question de survie. Nous sommes toujours bien accueillis par les familles. Ils se montrent curieux à notre endroit. Les touristes se font rares par ici, tout comme les visiteurs de tout origine confondue. Quelques minutes après son arrivée, le visiteur est déjà assis dans la ger, un bol de thé au lait et un morceau de yaourt concentré dans les mains (un yaourt contenant assez de bactéries pour raviver la flore intestinale d’un brontosaure). On ne refuse rien, on trempe nos lèvres, on croque un petit morceau, on s’en garde pour plus tard… Les chiens adorent le yaourt, ils salivent déjà à l’arrivée des touristes.
À trente mètres autour de la ger, ça sent le mouton. Plus on approche de la cuisinière située au centre de l’habitation, plus l’odeur devient puissante. À l’intérieur, tous les objets en sont empreints. Heureusement, quelques minutes suffisent pour nous y habituer. Après quelques jours dans la steppe mongole, nous dégageons nous même un fort parfum.
Les Mongols sont d’une grande gentillesse. Difficile de croire que ce sont les descendants des redoutables cavaliers d’Attila et de Gengis Khan. Nos leçons de langue mongole nous aident à établir le contact. Quel est ton nom ? Quel âge as-tu ? Combien de chèvres as-tu ? Les échanges sont sommaires mais ils apprécient l’effort. Avec les enfants, c’est toujours un peu plus facile. Ils sont curieux, ils adorent jouer avec nous. J’ai parfois l’impression que, besogne oblige, les adultes ont peu de temps à consacrer aux tout-petits. Ces derniers aident leurs parents aux différents travaux : traite des animaux, cuisine, s’occuper du plus jeune, couper le bois (ou ramasser les bouses) pour le feu, aller chercher l’eau à la rivière…
Les premiers jours nous ont fait découvrir le sud du pays. Nous traversons maintenant à pieds les montagnes du centre. Ce trek de quatre jours nous en a fait voir de toutes les couleurs : tempête de grêle, zones marécageuses, colonies de mouches. Ce n’est pas toujours facile mais mon voyage en Asie ne pouvait mieux se terminer. Aujourd’hui, j’ai joué au berger avec trois gamins. Ma course derrière un troupeau de chèvres dans la steppe sera un souvenir impérissable. Ce soir, je m’endors seul dans ma tente avec comme berceuse les hurlements des loups. La Mongolie est sauvage, elle est authentique. Je l’adore !
mercredi 2 juillet 2008
Mongolie - Plus petit ou plus grand qu’Éole
Khongoryn Els
Le désert de Gobi, une immense barrière de sable. Un véritable corridor de gigantesques dunes. Hier, après une ballade à dos de chameaux (les vrais à deux bosses), nous avons grimpé au sommet. Nous étions en plein après-midi, sous le soleil brûlant, la montée n’a pas été de tout repos. La vue y était tout simplement superbe. Nous avons donc décidé de se réveiller très tôt ce matin pour profiter d’un levé de soleil sur les dunes.
Quatre heure, le réveille sonne. Sous la lumière de nos frontales, nous avançons vers la montagne de sable. Le vent est déjà levé lui, il souffle très fort sur la plaine. On risque de bouffer du sable en haut ! Nous marchons une bonne heure avant d’arriver au pied de la pente. Une lueur apparaît doucement à l’horizon. L’ascension est pénible. Plus nous montons, plus nous devons nous couvrir. Le vent soulève les grains de sable qui se mettent à virevolter dans tous les sens. Sous nos pieds, le sable est si fin que le sol se défile à chaque foulée. Pas à pas, nous avons l’impression de stagner. Chaque centimètre est une victoire. Je m’épuise rapidement. J’ai terriblement chaud. Je dois reprendre mon souffle. Mon corps s’écroule, je m’agenouille sur la crête. Je rêve d’une bonne bouffée d’air frais. Autour de moi, il n’y a que du sable. Il semble prendre plaisir à fouetter le moindre bout de peau qui dépasse.

Je me sens petit, bousculé, épuisé, abattu. Le vent est décidemment plus fort. Petit grain de sable, tu ne me feras pas plier. Je te tiendrai tête. Je me relève d’un coup. Je repars de plus bel. Le manège se répète deux ou trois fois. Finalement, je m’affaisse au sommet. Je suis vainqueur mais vidé. Soudain, je me relève. Je ne crains pas ces milliards grains de sable. Beaucoup ont trouvé l’improbable chemin jusque dans mes culottes, je leur ris au nez car ils n’ont pas su m’arrêter. Je me sens si fort. Debout, les bras en croix, je défie le vent, je joue avec lui, je nargue sa puissance.
Je reste là, sous les rafales. Impossible de retirer le sable enfouis dans mes yeux. Je laisse une toute petite ouverture afin d’assister au levé du jour. La force du vent est déroutante. Je pourrais sans doute redescendre un peu pour profiter d’un peu de calme, mais je ne bouge pas. Je reste figé. J’ai alors compris que nous nous étions trompés. La star du jour, ce n’est pas le soleil. Ce beau matin de juillet, Éole a volé la vedette à Hélios. La beauté ne réside pas uniquement que dans la lumière. Sous l’effet du vent, les dunes chantent, elles dansent, le sable tourbillonne, le sable s’envole de tous les côtés. En quelques minutes seulement, mes empreintes disparaissent. Avec humilité, j’aperçois le vent s’allier au temps pour effacer la moindre de mes traces.
Le désert de Gobi, une immense barrière de sable. Un véritable corridor de gigantesques dunes. Hier, après une ballade à dos de chameaux (les vrais à deux bosses), nous avons grimpé au sommet. Nous étions en plein après-midi, sous le soleil brûlant, la montée n’a pas été de tout repos. La vue y était tout simplement superbe. Nous avons donc décidé de se réveiller très tôt ce matin pour profiter d’un levé de soleil sur les dunes.
Quatre heure, le réveille sonne. Sous la lumière de nos frontales, nous avançons vers la montagne de sable. Le vent est déjà levé lui, il souffle très fort sur la plaine. On risque de bouffer du sable en haut ! Nous marchons une bonne heure avant d’arriver au pied de la pente. Une lueur apparaît doucement à l’horizon. L’ascension est pénible. Plus nous montons, plus nous devons nous couvrir. Le vent soulève les grains de sable qui se mettent à virevolter dans tous les sens. Sous nos pieds, le sable est si fin que le sol se défile à chaque foulée. Pas à pas, nous avons l’impression de stagner. Chaque centimètre est une victoire. Je m’épuise rapidement. J’ai terriblement chaud. Je dois reprendre mon souffle. Mon corps s’écroule, je m’agenouille sur la crête. Je rêve d’une bonne bouffée d’air frais. Autour de moi, il n’y a que du sable. Il semble prendre plaisir à fouetter le moindre bout de peau qui dépasse.

Je me sens petit, bousculé, épuisé, abattu. Le vent est décidemment plus fort. Petit grain de sable, tu ne me feras pas plier. Je te tiendrai tête. Je me relève d’un coup. Je repars de plus bel. Le manège se répète deux ou trois fois. Finalement, je m’affaisse au sommet. Je suis vainqueur mais vidé. Soudain, je me relève. Je ne crains pas ces milliards grains de sable. Beaucoup ont trouvé l’improbable chemin jusque dans mes culottes, je leur ris au nez car ils n’ont pas su m’arrêter. Je me sens si fort. Debout, les bras en croix, je défie le vent, je joue avec lui, je nargue sa puissance.
Je reste là, sous les rafales. Impossible de retirer le sable enfouis dans mes yeux. Je laisse une toute petite ouverture afin d’assister au levé du jour. La force du vent est déroutante. Je pourrais sans doute redescendre un peu pour profiter d’un peu de calme, mais je ne bouge pas. Je reste figé. J’ai alors compris que nous nous étions trompés. La star du jour, ce n’est pas le soleil. Ce beau matin de juillet, Éole a volé la vedette à Hélios. La beauté ne réside pas uniquement que dans la lumière. Sous l’effet du vent, les dunes chantent, elles dansent, le sable tourbillonne, le sable s’envole de tous les côtés. En quelques minutes seulement, mes empreintes disparaissent. Avec humilité, j’aperçois le vent s’allier au temps pour effacer la moindre de mes traces.
mardi 1 juillet 2008
lundi 30 juin 2008
Mongolie - Nous parlons tous la même langue
Bayanzag
Hier soir, une autre de ces soirées magiques. Il devait être 10h30, il faisait noir, très noir. En Mongolie, la pollution lumineuse est un concept inexistant. D’un horizon à l’autre, les étoiles dessinent clairement les constellations, la Voie Lactée brille de tous ses feux. Je n’ai jamais vu pareil spectacle ! Magnifique décor pour aller aux toilettes. Je fais la vingtaine de pas réglementaire, m’exécute et reviens à ma ger. Tout juste avant d’entrer, on m’accoste, je suis rapidement entouré de quatre ou cinq mongols d’une vingtaine d’années qui, par quelques gestes, me font comprendre que leur batterie de caméra est à plat. Mes leçons de langue mongole ne me permettent pas de répondre avec autre chose que mes mains. L’essentiel, c’est qu’ils comprennent que je n’ai malheureusement pas le même format de batterie. Rapidement, je réalise que ce n’est pas uniquement la barrière de la langue qui explique ces efforts de gesticulations. Entre eux, ils utilisent leurs mains pour communiquer. Il s’agit d’un groupe de sourds et muets qui visitent leur pays.
Je reste dans leur ger pendant près de deux heures. Il règne un troublant silence. Une dizaine de personnes occupant un si petit espace et si peu de bruit. L’un d’entre que « parle » anglais, à l’aide d’un carnet, on communique. Toutefois, c’est avant tout leur capacité à comprendre et à se faire comprendre par le biais de leurs mains qui m’impressionne. Ils me posent des questions. Ils me demandent d’où je viens, si j’aime leur pays, si j’ai des amis sourds et muets à la maison… Honteux, je leur réponds négativement. Je réalise soudainement à quel point à la maison, les ponts sont inexistants entre entendants et non entendants. Les deux vraies solitudes. Ce soir, il n’y a pas de ponts car après tout, il n’y a même pas de rivière ! Jamais la barrière de la langue ne m’a paru aussi tenue. Et si dans le fond, nous n’en n’avions pas vraiment besoin pour se comprendre…
Hier soir, une autre de ces soirées magiques. Il devait être 10h30, il faisait noir, très noir. En Mongolie, la pollution lumineuse est un concept inexistant. D’un horizon à l’autre, les étoiles dessinent clairement les constellations, la Voie Lactée brille de tous ses feux. Je n’ai jamais vu pareil spectacle ! Magnifique décor pour aller aux toilettes. Je fais la vingtaine de pas réglementaire, m’exécute et reviens à ma ger. Tout juste avant d’entrer, on m’accoste, je suis rapidement entouré de quatre ou cinq mongols d’une vingtaine d’années qui, par quelques gestes, me font comprendre que leur batterie de caméra est à plat. Mes leçons de langue mongole ne me permettent pas de répondre avec autre chose que mes mains. L’essentiel, c’est qu’ils comprennent que je n’ai malheureusement pas le même format de batterie. Rapidement, je réalise que ce n’est pas uniquement la barrière de la langue qui explique ces efforts de gesticulations. Entre eux, ils utilisent leurs mains pour communiquer. Il s’agit d’un groupe de sourds et muets qui visitent leur pays.
Je reste dans leur ger pendant près de deux heures. Il règne un troublant silence. Une dizaine de personnes occupant un si petit espace et si peu de bruit. L’un d’entre que « parle » anglais, à l’aide d’un carnet, on communique. Toutefois, c’est avant tout leur capacité à comprendre et à se faire comprendre par le biais de leurs mains qui m’impressionne. Ils me posent des questions. Ils me demandent d’où je viens, si j’aime leur pays, si j’ai des amis sourds et muets à la maison… Honteux, je leur réponds négativement. Je réalise soudainement à quel point à la maison, les ponts sont inexistants entre entendants et non entendants. Les deux vraies solitudes. Ce soir, il n’y a pas de ponts car après tout, il n’y a même pas de rivière ! Jamais la barrière de la langue ne m’a paru aussi tenue. Et si dans le fond, nous n’en n’avions pas vraiment besoin pour se comprendre…
dimanche 29 juin 2008
Mongolie - Ciel mongol

Ulanbaatar
Qu’est-ce que tu vas faire en Mongolie ? J’ai dû répondre à cette question une centaine de fois. Pour être honnête, je n’en savais trop rien. Je répondais simplement que je me voyais très clairement traverser les steppes mongoles, chevauchant un petit cheval, faisant un Gengis de moi-même. Je m’imaginais de grands espaces, des paysages à couper le souffle, un climat terriblement froid et un peuple très chaleureux. Je ne m’étais pas trompé. Impossible de concevoir toute la beauté de cette contrée, l’immensité de ses paysages, l’étendue de ses steppes… C’est définitivement le pays du ciel. Contre toute loi physique, il est plus grand qu’ailleurs sur la planète. Il est parfois bleu, rouge, orange, rose, mauve, il est parfois clair, parfois traversé de magnifiques nuages blancs, parfois orageux, il est toujours spectaculaire. La nuit, par temps clair, il dévoile toutes les étoiles, il n’en manque pas une seule. Qu’est-ce que je fais en Mongolie ? Du trekking, du cheval, du chameau, de la jeep… Peu importe comment je me déplace, pourvu que je puisse regarder en l’air !
mardi 24 juin 2008
Chine - Entre Mao et Confucius
À bord du Transsmongolien
En quittant Hong Kong pour la Chine, j’avais quelques appréhensions. D’une part, mes parents avaient louangé le pays, son dynamisme, sa richesse, le peuple et sa gentillesse. D’autre part, j’avais encore en tête la mauvaise réputation du pays à l’étranger. Xénophobes, nombrilistes, tortionnaires, offenseurs des droits de l’Homme, occupants du Tibet, manipulateurs de l’information, et j’en passe ! Qui a raison ? Qui a tort ? Quelle Chine correspond à la réalité ? Y’a qu’une façon de le savoir, c’est d’aller voir.
Il y a certes un fait sur la Chine qui fait l’unanimité. Le pays est en pleine transformation. C’est d’ailleurs ce qui frappe en premier le visiteur. La nation se développe à un rythme effréné. Les grues de construction se comptent par milliers, elles font partie du décor. On construit partout, des buildings, des routes, des ponts, des barrages, des tunnels… Même la campagne n’échappe plus au progrès salvateur. La Chine se développe, elle s’éduque, elle se modernise. Les Chinois également, beaucoup d’entre eux vivent maintenant comme vous et moi. La chemise Ralph Lauren, le cellulaire qui fait de la musique, les RayBan dans les cheveux, ils vivent, ils aiment, ils rêvent comme vous et moi. Il y a certes toujours quelques différences culturelles qui subsistent. Heureusement d’ailleurs !
Tout d’abord, les Chinois crachent partout, dans la rue, à travers la fenêtre de la voiture, dans le train (un beau gros crachat que l’on propulse à deux pouces de ma couchette et dont le géniteur, par souci de civilité, tente de faire disparaître en l’étendant avec sa chaussure). À cette discipline, ils rivalisent férocement avec les Indiens ou leurs voisins de l’Asie du sud-est.
Autre habitude curieuse, quand ils attendent, les Chinois adoptent la position du petit bonhomme. Sur le coin des rues ou sur les quais de la gare, ils sont tous accroupis. Plus tard, j’ai compris plus pourquoi ils tenaient tant à habituer leur corps à cette position qui se veut, pour la plupart d’entre nous, fort inconfortable. Les enfants adoptent rapidement la posture. Les touts jeunes se promènent sans fond de culotte. Dans les parcs, dans la rue, n’importe où, les gamins s’accroupissent pour assouvir leurs besoins naturels. Pour nous qui protégeons avec vigueur les petites fesses de nos poupons, il est un peu troublant de voir les fesses de ces enfants reposés sur les bancs de parcs crasseux, sur les sièges d’autobus sales ou sur les banquettes de train poussiéreuses.
Autre manie typiquement chinoise, quand il fait très chaud, les hommes roulent sans pudeur le bas de leur chandail et dévoile plus de peau autour de leur nombril qu’une adolescente de treize ans. On raconte que le comité organisateur des Jeux veut enrayer cette habitude comme bien d’autres d’ailleurs. À titre d’exemple, on avait dit que les chauffeurs de taxi parleraient anglais… Je crois qu’ils sont moins nombreux que les chauffeurs montréalais qui s’expriment en mandarin ! Il ne serait toutefois pas honnête de me part de me limiter à cette description caricaturale de nos amis Chinois. J’y ai rencontré un peuple souriant, honnête et serviable. Vous n’avez qu’à arborer un air perdu sur le coin d’une rue pour qu’un bon samamandorin vous offre son aide. Chose étonnante et fort révélatrice, à la fin des courses, les chauffeurs de taxi arrondissent la note à votre avantage !
Depuis plus d’une décennie, la planète entière observe attentivement l’empire du Milieu. Avec les Jeux qui approchent, l’intérêt est accru. C’est évident, le Parti n’est pas un exemple à suivre. Le gouvernement s’est révélé coupable d’actes excessifs, rétrogrades, répressifs, inacceptables. Pas étonnant que les réprimandes affluent de toutes parts. Nous avons la responsabilité de surveiller ce qui se passe mais préservons nous d’une diabolisation envers le peuple chinois.
Appliquez-vous à garder en toute chose le juste milieu
Confucius
En quittant Hong Kong pour la Chine, j’avais quelques appréhensions. D’une part, mes parents avaient louangé le pays, son dynamisme, sa richesse, le peuple et sa gentillesse. D’autre part, j’avais encore en tête la mauvaise réputation du pays à l’étranger. Xénophobes, nombrilistes, tortionnaires, offenseurs des droits de l’Homme, occupants du Tibet, manipulateurs de l’information, et j’en passe ! Qui a raison ? Qui a tort ? Quelle Chine correspond à la réalité ? Y’a qu’une façon de le savoir, c’est d’aller voir.
Il y a certes un fait sur la Chine qui fait l’unanimité. Le pays est en pleine transformation. C’est d’ailleurs ce qui frappe en premier le visiteur. La nation se développe à un rythme effréné. Les grues de construction se comptent par milliers, elles font partie du décor. On construit partout, des buildings, des routes, des ponts, des barrages, des tunnels… Même la campagne n’échappe plus au progrès salvateur. La Chine se développe, elle s’éduque, elle se modernise. Les Chinois également, beaucoup d’entre eux vivent maintenant comme vous et moi. La chemise Ralph Lauren, le cellulaire qui fait de la musique, les RayBan dans les cheveux, ils vivent, ils aiment, ils rêvent comme vous et moi. Il y a certes toujours quelques différences culturelles qui subsistent. Heureusement d’ailleurs !
Tout d’abord, les Chinois crachent partout, dans la rue, à travers la fenêtre de la voiture, dans le train (un beau gros crachat que l’on propulse à deux pouces de ma couchette et dont le géniteur, par souci de civilité, tente de faire disparaître en l’étendant avec sa chaussure). À cette discipline, ils rivalisent férocement avec les Indiens ou leurs voisins de l’Asie du sud-est.
Autre habitude curieuse, quand ils attendent, les Chinois adoptent la position du petit bonhomme. Sur le coin des rues ou sur les quais de la gare, ils sont tous accroupis. Plus tard, j’ai compris plus pourquoi ils tenaient tant à habituer leur corps à cette position qui se veut, pour la plupart d’entre nous, fort inconfortable. Les enfants adoptent rapidement la posture. Les touts jeunes se promènent sans fond de culotte. Dans les parcs, dans la rue, n’importe où, les gamins s’accroupissent pour assouvir leurs besoins naturels. Pour nous qui protégeons avec vigueur les petites fesses de nos poupons, il est un peu troublant de voir les fesses de ces enfants reposés sur les bancs de parcs crasseux, sur les sièges d’autobus sales ou sur les banquettes de train poussiéreuses.
Autre manie typiquement chinoise, quand il fait très chaud, les hommes roulent sans pudeur le bas de leur chandail et dévoile plus de peau autour de leur nombril qu’une adolescente de treize ans. On raconte que le comité organisateur des Jeux veut enrayer cette habitude comme bien d’autres d’ailleurs. À titre d’exemple, on avait dit que les chauffeurs de taxi parleraient anglais… Je crois qu’ils sont moins nombreux que les chauffeurs montréalais qui s’expriment en mandarin ! Il ne serait toutefois pas honnête de me part de me limiter à cette description caricaturale de nos amis Chinois. J’y ai rencontré un peuple souriant, honnête et serviable. Vous n’avez qu’à arborer un air perdu sur le coin d’une rue pour qu’un bon samamandorin vous offre son aide. Chose étonnante et fort révélatrice, à la fin des courses, les chauffeurs de taxi arrondissent la note à votre avantage !
Depuis plus d’une décennie, la planète entière observe attentivement l’empire du Milieu. Avec les Jeux qui approchent, l’intérêt est accru. C’est évident, le Parti n’est pas un exemple à suivre. Le gouvernement s’est révélé coupable d’actes excessifs, rétrogrades, répressifs, inacceptables. Pas étonnant que les réprimandes affluent de toutes parts. Nous avons la responsabilité de surveiller ce qui se passe mais préservons nous d’une diabolisation envers le peuple chinois.
Appliquez-vous à garder en toute chose le juste milieu
Confucius
lundi 23 juin 2008
dimanche 22 juin 2008
Chine - Vivre ailleurs
Beijing
Pékin est immense. J’imagine qu’elle à l’image de la Chine. Bondée, vaste, ordonnée, polluée, ce n’est pas ma ville préférée. L’air y est vicié, la cité n’est pas conçue pour les piétons, les distances entre les stations de métro sont énormes. Toutefois, il faut lui concéder qu’elle est riche en patrimoine et qu’elle recèle encore de véritables trésors. La Cité Interdite, gigantesque labyrinthe qui nécessite à celui qui visite, une journée complète et une boussole fonctionnelle. La mythique place Tiannemen, aussi vaste que le Parti est étroit. À quelques kilomètres de la capitale, l’aussi grande que célèbre Muraille de Chine.
Pourtant, il n’y a pas que ça à Beijing. Ce que je retiendrai de mon séjour dans cette ville ne figure dans aucun guide de voyage. Apparemment, ce lieu attire annuellement moins d’une dizaine de touristes. Et pourtant, on y est reçu comme à la maison ! Mes parents, ma sœur et mon cousin Jocelyn m’avaient fortement recommandé l’endroit. Je n’oublierai pas l’appartement du 22e étage du Ocean Paradise. Vous aurez compris que quoique le logement soit très joli, c’est bel et bien leur occupant qui rend l’endroit spécial. Linda et Philippe, un sympathique couple de québécois qui ont eu la gentillesse de m’héberger chez eux pour toute la durée de mon séjour pékinois. Lui, professeur à l’école élémentaire, elle, bibliothécaire. Ils travaillent depuis un peu plus de deux ans pour une école internationale du quartier. Après avoir vécu plusieurs années dans le grand nord québécois ainsi qu’au Mali, ils relèvent le défi chinois et songent déjà à leur prochaine cité d’adoption.
À Beijing, j’ai fait la rencontre de deux amoureux. Ils aiment le voyage, ils aiment les cultures étrangères, ils aiment les autres, ils aiment beaucoup ! Ils ont choisi un mode de vie que bien peu n’oserait. Ils voyagent, ils découvrent, ils rencontrent, ils vivent ailleurs. Ailleurs, ça ne peut être le Québec. Il est vrai que lorsqu’on quitte son pays, on a cette impression de perdre le fil avec ses origines. On croit que le Québec que l’on aime tant change. Les gens que l’on aime tant croient que l’on a changé. Pourtant, il n’en est rien ! Effectivement, les concurrents de Star Académie changent, les trios du Canadiens aussi, les intrigues de Virginie un peu moins ! L’important lui, demeure. Le silence qui accompagne la première de novembre, les grandes tablées à Noël, l’ambiance formidable des festivals estivaux, je sais que personnellement, c’est ce qui me manquerait en premier. L’essentiel demeure et on l’emporte avec nous. Tout le monde sait que l’on peut sortir le Québécois du Québec mais on ne sort pas le Québec du Québécois. Linda et Philippe, croyez-moi, quoiqu’on dise, vous êtes toujours de fiers Québécois, vous en êtes d’ailleurs de dignes représentants partout dans le monde. Réclamer haut et fort cette origine si vous en avez envie. Je vous l’ai déjà dit et je le répète à nouveau. Si un jour, je choisis votre mode de vie, j’espère le faire avec autant de classe, avec autant de générosité, avec autant d’ouverture d’esprit et avec autant d’amour.
Pékin est immense. J’imagine qu’elle à l’image de la Chine. Bondée, vaste, ordonnée, polluée, ce n’est pas ma ville préférée. L’air y est vicié, la cité n’est pas conçue pour les piétons, les distances entre les stations de métro sont énormes. Toutefois, il faut lui concéder qu’elle est riche en patrimoine et qu’elle recèle encore de véritables trésors. La Cité Interdite, gigantesque labyrinthe qui nécessite à celui qui visite, une journée complète et une boussole fonctionnelle. La mythique place Tiannemen, aussi vaste que le Parti est étroit. À quelques kilomètres de la capitale, l’aussi grande que célèbre Muraille de Chine.
Pourtant, il n’y a pas que ça à Beijing. Ce que je retiendrai de mon séjour dans cette ville ne figure dans aucun guide de voyage. Apparemment, ce lieu attire annuellement moins d’une dizaine de touristes. Et pourtant, on y est reçu comme à la maison ! Mes parents, ma sœur et mon cousin Jocelyn m’avaient fortement recommandé l’endroit. Je n’oublierai pas l’appartement du 22e étage du Ocean Paradise. Vous aurez compris que quoique le logement soit très joli, c’est bel et bien leur occupant qui rend l’endroit spécial. Linda et Philippe, un sympathique couple de québécois qui ont eu la gentillesse de m’héberger chez eux pour toute la durée de mon séjour pékinois. Lui, professeur à l’école élémentaire, elle, bibliothécaire. Ils travaillent depuis un peu plus de deux ans pour une école internationale du quartier. Après avoir vécu plusieurs années dans le grand nord québécois ainsi qu’au Mali, ils relèvent le défi chinois et songent déjà à leur prochaine cité d’adoption.
À Beijing, j’ai fait la rencontre de deux amoureux. Ils aiment le voyage, ils aiment les cultures étrangères, ils aiment les autres, ils aiment beaucoup ! Ils ont choisi un mode de vie que bien peu n’oserait. Ils voyagent, ils découvrent, ils rencontrent, ils vivent ailleurs. Ailleurs, ça ne peut être le Québec. Il est vrai que lorsqu’on quitte son pays, on a cette impression de perdre le fil avec ses origines. On croit que le Québec que l’on aime tant change. Les gens que l’on aime tant croient que l’on a changé. Pourtant, il n’en est rien ! Effectivement, les concurrents de Star Académie changent, les trios du Canadiens aussi, les intrigues de Virginie un peu moins ! L’important lui, demeure. Le silence qui accompagne la première de novembre, les grandes tablées à Noël, l’ambiance formidable des festivals estivaux, je sais que personnellement, c’est ce qui me manquerait en premier. L’essentiel demeure et on l’emporte avec nous. Tout le monde sait que l’on peut sortir le Québécois du Québec mais on ne sort pas le Québec du Québécois. Linda et Philippe, croyez-moi, quoiqu’on dise, vous êtes toujours de fiers Québécois, vous en êtes d’ailleurs de dignes représentants partout dans le monde. Réclamer haut et fort cette origine si vous en avez envie. Je vous l’ai déjà dit et je le répète à nouveau. Si un jour, je choisis votre mode de vie, j’espère le faire avec autant de classe, avec autant de générosité, avec autant d’ouverture d’esprit et avec autant d’amour.
lundi 16 juin 2008
Chine - Histoire de train à dormir debout
Pingyao
Je viens tout juste d’embarquer dans le train, il est 19h32. Cette fois, je pense m’être fait avoir. J’ai acheté un billet debout pour Beijing en pensant pouvoir être « upgradé » comme la dernière fois. Il est encore bien tôt mais je ne pense pas que la situation va évoluer. Il se pourrait que je sois obligé de passer la nuit debout, avec comme espace vital deux pieds carrés, à peine pour s’asseoir par terre. Fort inquiet de la situation, je trouve un endroit pour ranger mon gros sac pour aller faire du repérage. Je me suis faufilé jusqu’aux wagons des couchettes à la recherche d’un étranger qui voudrait bien, par solidarité de voyageur, laisser poser mes fesses du moins, pour quelques heures. Me faisant gentiment chasser d’un wagon à l’autre par les dames en charge, je prétexte l’innocence et je quitte poliment et avec le sourire ! Qui sait ? La stratégie peut porter fruit à long terme. Dorénavant, toutes les chefs de wagons savent qu’il y a à bord du train un blanc qui cherche une place pour dormir. S’il venait qu’à avoir un lit qui se libère, j’espère qu’elles s’en souviendront. Pour le moment, je dois attendre entre deux wagons, tout prêt des cuisines.
À peine deux minutes plus tard, un jeune Chinois vient fumer une cigarette. Après les bonjours d’usage, il me fait signe de le suivre. Il m’amène tout juste à côté, au wagon restaurant où ses deux amis sont bien assis à une table. Ils m’offrent généreusement la quatrième place. Je ne sais combien de temps je vais pouvoir bénéficier de ce siège confortable mais j’en profite pour écrire dans mon carnet ces quelques mots…
Le repas est terminé, la serveuse nous fait comprendre que l’on doit laisser la table à d’autres. Au même moment, une dame vient me faire signe de la suivre. Je n’en crois pas mes yeux, un miracle s’est peut-être produit. Dieu existe ! À tout de moins en Chine il semblerait… Je n’en crois pas mes yeux, elle me transfert à un lit couchette moyennant un maigre 70 yuans. Je vais pouvoir dormir tranquillement. Je suis véritablement devenu un génie du voyage. Avec un immense sourire pendu sous le nez, je vais prendre possession de mon lit. Je distribue à droite et à gauche les xiéxiés et duoxiés témoignant de ma gratitude.
Arrivé à ma place, je fais la rencontre d’une famille géniale. La fille, Wowan Lu me demande si je peux lui enseigner l’anglais en échange de quelques leçons de chinois. Je suis aux anges. Surtout que ma nouvelle élève semble directement tombée du ciel. Nous passons une agréable soirée tous ensemble. Les membres de la famille prennent un malin plaisir à m’entendre pratiquer la prononciation des mots. Ils me posent des questions sur mon voyage, sur Montréal, sur ma famille… Je leur montre quelques photos logées sur mon Ipod. Avec un petit pincement au cœur, je leur présente ma famille et mes trois meilleurs chums. Le cœur gros, je leur avoue que je m’ennuie mais qu’il ne reste plus qu’une quarantaine de jours avant de retrouver les miens. Les lumières du wagon sont éteintes depuis un certain temps, nous discutons toujours. Finalement, la dame en charge vient nous avertir de nous coucher. À regret, nous nous exécutons.
Je me glisse dans ma couchette, retire mes vêtements, pose ma tête sur l’oreiller, je suis si confortable ! J’ai une pensée pour les trois types du wagon restaurant. Les pauvres, ils doivent passer la nuit debout. Je sais que je suis privilégié mais j’ai toutefois cette impression magique que cette fois, j’ai fait ma chance. Je m’endors avec la prétention qu’au fil des mois, je suis devenu un voyageur efficace. Je m’endors en ayant la certitude, encore une fois, que je suis un homme heureux.
Je viens tout juste d’embarquer dans le train, il est 19h32. Cette fois, je pense m’être fait avoir. J’ai acheté un billet debout pour Beijing en pensant pouvoir être « upgradé » comme la dernière fois. Il est encore bien tôt mais je ne pense pas que la situation va évoluer. Il se pourrait que je sois obligé de passer la nuit debout, avec comme espace vital deux pieds carrés, à peine pour s’asseoir par terre. Fort inquiet de la situation, je trouve un endroit pour ranger mon gros sac pour aller faire du repérage. Je me suis faufilé jusqu’aux wagons des couchettes à la recherche d’un étranger qui voudrait bien, par solidarité de voyageur, laisser poser mes fesses du moins, pour quelques heures. Me faisant gentiment chasser d’un wagon à l’autre par les dames en charge, je prétexte l’innocence et je quitte poliment et avec le sourire ! Qui sait ? La stratégie peut porter fruit à long terme. Dorénavant, toutes les chefs de wagons savent qu’il y a à bord du train un blanc qui cherche une place pour dormir. S’il venait qu’à avoir un lit qui se libère, j’espère qu’elles s’en souviendront. Pour le moment, je dois attendre entre deux wagons, tout prêt des cuisines.
À peine deux minutes plus tard, un jeune Chinois vient fumer une cigarette. Après les bonjours d’usage, il me fait signe de le suivre. Il m’amène tout juste à côté, au wagon restaurant où ses deux amis sont bien assis à une table. Ils m’offrent généreusement la quatrième place. Je ne sais combien de temps je vais pouvoir bénéficier de ce siège confortable mais j’en profite pour écrire dans mon carnet ces quelques mots…
Le repas est terminé, la serveuse nous fait comprendre que l’on doit laisser la table à d’autres. Au même moment, une dame vient me faire signe de la suivre. Je n’en crois pas mes yeux, un miracle s’est peut-être produit. Dieu existe ! À tout de moins en Chine il semblerait… Je n’en crois pas mes yeux, elle me transfert à un lit couchette moyennant un maigre 70 yuans. Je vais pouvoir dormir tranquillement. Je suis véritablement devenu un génie du voyage. Avec un immense sourire pendu sous le nez, je vais prendre possession de mon lit. Je distribue à droite et à gauche les xiéxiés et duoxiés témoignant de ma gratitude.
Arrivé à ma place, je fais la rencontre d’une famille géniale. La fille, Wowan Lu me demande si je peux lui enseigner l’anglais en échange de quelques leçons de chinois. Je suis aux anges. Surtout que ma nouvelle élève semble directement tombée du ciel. Nous passons une agréable soirée tous ensemble. Les membres de la famille prennent un malin plaisir à m’entendre pratiquer la prononciation des mots. Ils me posent des questions sur mon voyage, sur Montréal, sur ma famille… Je leur montre quelques photos logées sur mon Ipod. Avec un petit pincement au cœur, je leur présente ma famille et mes trois meilleurs chums. Le cœur gros, je leur avoue que je m’ennuie mais qu’il ne reste plus qu’une quarantaine de jours avant de retrouver les miens. Les lumières du wagon sont éteintes depuis un certain temps, nous discutons toujours. Finalement, la dame en charge vient nous avertir de nous coucher. À regret, nous nous exécutons.
Je me glisse dans ma couchette, retire mes vêtements, pose ma tête sur l’oreiller, je suis si confortable ! J’ai une pensée pour les trois types du wagon restaurant. Les pauvres, ils doivent passer la nuit debout. Je sais que je suis privilégié mais j’ai toutefois cette impression magique que cette fois, j’ai fait ma chance. Je m’endors avec la prétention qu’au fil des mois, je suis devenu un voyageur efficace. Je m’endors en ayant la certitude, encore une fois, que je suis un homme heureux.
dimanche 15 juin 2008
Chine - Le pêcheur de perle
Xian
Aujourd’hui, le pêcheur de perle a fait une belle découverte. Il n’aura suffit que de quelques heures pour être ensorcelé par son regard, son sourire, son humour, son odeur, sa beauté… Depuis le début de son voyage en mer, c’est la seconde perle qu’il rencontre. Encore une fois, il ne sait rien d’elle, mais bon sang qu’il aurait aimé mieux la connaître. Les deux dernières perles n’étaient pas les siennes, elles lui ont glissé entre les doigts.
Tout n’est pas perdu. De cette expérience, le pêcheur a gagné l’espoir. Il a maintenant la certitude que d’autres perles se cachent dans le monde. Il ne désespère pas, il sait qu’un jour, la mer lui rendra ce qu’il cherche depuis longtemps, la perle faite pour lui. Celle qui attend au fond de l’océan, celle qui sera plus brillante que toutes les autres. Une perle qu’il s’efforcera de ne pas échapper et de conserver bien au chaud au creux de sa paume.
Aujourd’hui, le pêcheur de perle a fait une belle découverte. Il n’aura suffit que de quelques heures pour être ensorcelé par son regard, son sourire, son humour, son odeur, sa beauté… Depuis le début de son voyage en mer, c’est la seconde perle qu’il rencontre. Encore une fois, il ne sait rien d’elle, mais bon sang qu’il aurait aimé mieux la connaître. Les deux dernières perles n’étaient pas les siennes, elles lui ont glissé entre les doigts.
Tout n’est pas perdu. De cette expérience, le pêcheur a gagné l’espoir. Il a maintenant la certitude que d’autres perles se cachent dans le monde. Il ne désespère pas, il sait qu’un jour, la mer lui rendra ce qu’il cherche depuis longtemps, la perle faite pour lui. Celle qui attend au fond de l’océan, celle qui sera plus brillante que toutes les autres. Une perle qu’il s’efforcera de ne pas échapper et de conserver bien au chaud au creux de sa paume.
samedi 14 juin 2008
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