samedi 2 février 2008

Thailande - Akobomo

Pai

On ne peut venir dans le nord de la Thaïlande sans faire un trek ou deux. La formule est souvent la même : promenade dans la jungle à travers les collines, visite de villages, rencontre avec les différentes ethnies, soirée et nuit chez l’habitant, ballade à dos d’éléphant en option, tout ça répartis sur deux ou plusieurs jours. Les treks se ressemblent tous sur papier mais les expériences varient beaucoup, dépendamment du guide et des tribus rencontrées. À Pai, j’ai décidé de tenter l'aventure. Le moment était bien choisi car le village qui allait m’héberger s’apprêtait à célébrer la venue du nouvel an les chinois (la Chine n’est pas très loin de cette région et les peuples montagnards en sont issus). La première journée de marche, je l’ai faite seul avec deux jeunes guides. Je ne vous apprends rien, les tribus montagnardes habitent les montagnes… Ne soyez pas surpris si pour s’y rendre il faut grimper. L’ascension est d’autant plus pénible à cause de l’étouffante humidité. Heureusement que l’on traversait régulièrement un petit ruisseau qui me procurait un rafraîchissement bien apprécié. Se préoccupant également de mon estomac, le plus attentionné des guides m’offrit en guise de collation un joli petit « Bamboo worm » bien dodu. J’ai toujours pensé que le premier insecte que j’allais ingurgiter de manière consciente allait être cuit, par conséquent mort. Je m'étais trompé ! Qui aurait cru qu'un ver cru avait le goût de melon d'eau ???



Finalement, nous sommes arrivés au village niché dans le fond d’une petite vallée. On pouvait dénombrer une quarantaine de maisons dans ce minuscule hameau, aucune rue digne de ce nom et pourtant la circulation était dense. Les truies suivies de leurs porcelets, les chiens suivis du pied de leur maître, les poules suivies de leurs poussins ainsi que d’un coq un peu trop entreprenant… À tout ça s’ajoute les nombreux enfants qui, tout comme leurs homologues indiens le font à l’occasion de Diwali, font exploser des pétards, des bombes, la vallée toute entière résonne sous les détonations et les rires de gamins.



C’est dans ce joli petit village que j’ai fait la rencontre du groupe de randonneurs occidentaux auquel j’allais me greffer pour le reste de l’aventure. Il y a d’abord Jeannette, une danoise d’une cinquantaine d’années; Jenny, une jeune suédoise et Alex, un anglais de mon âge. Après les présentations d’usage et un court repos, nous étions invités chez un habitant qui voulait partager le repas avec nous. Avant de quitter notre hutte, Mr Cha, notre guide nous avertissait que la politesse veut que nous acceptions tout ce qu’il peut bien nous offrir, ne serait ce qu’en petite quantité. J’ai déjà entendu paroles plus rassurantes…



En entrant dans la demeure, notre hôte nous fait signe de nous asseoir par terre autour d’une petite table basse. Contrairement à la norme thaïlandaise, nous n’enlevons pas nos chaussures car il n’y a pas de plancher, le sol est fait de terre battue. Des dizaines d’épis de maïs et des morceaux de viande sèchent accrochés aux poutres, on se croirait presque dans une maison longue iroquoïenne. Sans jamais se joindre à nous, notre hôte nous a apporté de la nourriture : riz collant, légumes, porc et j’aurais dû m’en douter, du whiskey local. Cet alcool fait maison est généreusement offert dans de grands verres. Notre guide nous a dit que le dit breuvage comporte entre 70 et 80% d’alcool. Mon nez, ma langue ainsi que ma gorge s’entendaient tous pour dire qu’il est homme de parole et qu’il serait plus doux de boire de l’alcool à friction. Heureusement, notre hôte n’a pas trop insisté pour que l’on boive le second verre qu’il nous avait offert. Peut-être savait-il que nous devions partir assez tôt car d’autres villageois espéraient avoir l’honneur de nous accueillir chez eux. Il était à peine 18h, la soirée ne faisait que débuter.



De maisons en maisons, un peu de riz ici, un peu trop de whiskey par là, à ce rythme, je ne verrai jamais arriver l’année du rat ! Je vous avouerai tous qu'à un certain point, peut-être la neuvième ou dixième demeure, je ne faisais plus que tremper mes lèvres dans cet infâme breuvage. Après tout, il fallait bien tenir debout pour danser avec les villageois toute la nuit durant. Après notre tournée, nous avons regagné notre maison pour le souper… Pas besoin de vous mentionner l’état de mon appétit. J’étais pourtant bien content de faire cette petite pause, mon taux d’alcoolémie en avait bien besoin. Une heure plus tard, on venait nous chercher, les cérémonies marquant le nouvel an débutaient. En sortant à l’extérieur, j’ai été frappé par la beauté du ciel. C’est comme si, le temps d’une nuit, les étoiles des deux hémisphères s’étaient réunies au dessus de nous et ce, spécialement pour la fête.

Les villageois avaient temporairement planté un arbre, symbole de renouveau, devant chaque maison. Une vingtaine de personnes, surtout des enfants, dansaient tout autour en suivant deux musiciens. Ces derniers jouaient d’un instrument qui s’apparente à une petite mandoline et les sons qui en sortent sont vraiment caractéristiques de la musique traditionnelle du sud-est asiatique. On croirait des élastiques fixés à une boîte en carton. La danse était plutôt simple, il suffisait de faire de grands pas en levant les genoux bien haut et de frapper le sol de toutes ses forces. Quelques pas en avant, un en arrière, le groupe marque le rythme, la terre tremble, les étoiles vont se décrocher. Main dans la main, nous formions une farandole de sourires et de regards chaleureux. La population locale, clairement fière de ses traditions, paraissait vraiment heureuse de les partager avec nous. En échange de leur hospitalité, nous n’avions rien d’autre à offrir que nos plus beaux sourires ainsi que les innombrables « Akobomo !» (merci !) bien senti.



A toutes les vingt minutes, nous nous dirigions vers un nouvel arbre à encercler, vers une nouvelle demeure à honorer. Autour de l’arbre, j’ai dansé pour fêter cette nouvelle année, pour célébrer l’avenir, ses surprises, ses bonheurs, ses possibilités infinies, pour commémorer la vie passée, glorifier celle qui m’habite, accueillir celle qui sera (1). L’année du rat sera ce qu’on veut bien en faire. Alors, je vous le dis mes amis, dansons !!!

1 : L’année du rat sera marquée par des naissances. Catherine et Mélanie, chères cousines, autour de l’arbre, j’ai aussi dansé pour vous.

4 commentaires:

fatiha c'est mon prénom! a dit...

salut,
toujours aussi ravi de te lire!
g hate que tu nous raconte le laos!
Pour ma part je pars bientot pour la thailande...une petite virée en asie du sud est de 2 mois et demi!
j'ai également hate d'y etre!!!!
a plus

Anonyme a dit...

salut olivier...je suis bien contente d'aoir de tes nouvelles car je commençais à m'inquiéter un peu...

encore une fois, tes textes me touchent profondément. Tu nous transporte dans ton monde avec une telle faciité qu'on a l'impression d'y être avec toi.

Pour t'accompagner, j'ai bien essayé d'aller danser autour d'un arbre mais ici, en mauricie, il y a presque 5 pieds de neige alors....

On a tous bien hâte de te voir.

marie-france xx

Anonyme a dit...

bonjour Olivier,
encore un joli récit qui m'a transportée en thailande. je te remercie chaleureusement pour tous tes récits qui me permettent de m'évader du quotidien.
A bientôt au laos
marie

Catherine a dit...

Les préparatifs, la hâte, l’inquiétude, la planification, les surprises, la rencontre… À bien y penser, c’est tout un voyage qui m’attend et qui se prépare dans mon bedon! (Mais pas au point de saliver devant un « bamboo worm », quand même …)

Cette année, je te te la souhaite riche, belle, surprenante. Heureuse, surtout.

Et merci pour tous ces petits clins d’œil sur un voyage qu’on devine riche de sens et d’expériences pour toi. Comme lecteur, au-delà de la réalité exotique que tu nous décrit, ta plume et tes images nous donnent souvent l'impression d'y être avec toi; c'est tout un cadeau que tu nous fais là.

À bientôt!

Ta cousine Catherine