jeudi 31 juillet 2008

Mon Ithaque à moi

Montréal

Mercredi le 30 juillet, le vol en provenance de Zurich survole le Québec. Par le hublot, j’entrevois le fleuve, je repère les collines montérégiennes, je distingue Varennes, je contemple Montréal, son stade, son centre-ville, son Mont-Royal… Comme c’est beau ! L’appareil atterrit sur la piste de l’aéroport Pierre-Elliott Trudeau. Qu’il est bon de rentrer à la maison. Mon ami Jean-François est venu me chercher. Il commence à être habitué à mes retours de voyage. C’est pratique avoir un ami qui finit de travailler tôt ! En réalité, c’est surtout commode d’avoir un ami qui a le cœur gros comme un Airbus 380. On prend la direction de Saint-Lambert à bord de son nouveau bolide. Par chance y’a du trafic, on a tant de choses à se raconter. On prend une longue marche avec Toby. On parle, on parle, on n’arrête pas de parler. Il y a vraiment des petits plaisirs de la vie qui m’avaient manqué. Pour le souper, on avait rendez-vous au St-Hubert avec Sébastien, un autre ami au grand cœur (décidemment, je suis bien entouré). Hummm, je salivais déjà à l’idée d’une succulente tarte aux sucres…

J’étais loin de m’en douter, mais j’étais tombé dans un guet-apens. Il y avait bien plus qu’un dessert sucré qui m’attendait au restaurant. Les pancartes de bienvenue, les fleurs, et surtout, surtout la famille et les amis, presque tout mon monde était réuni pour célébrer mon retour. C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai reçu cette belle surprise. Avec mes deux amours sur les genoux et le sourire accroché sous le nez, je regarde autour de moi. Les gens que j’aime qui discutent, qui rient, qui par leur simple présence me disent un très beau : je t’aime. Qu’il est bon de rentrer à la maison !

Afin d’animer le repas, ma sœur avait préparé un petit jeu. Elle a distribué aux invités un quiz dont les questions portaient sur mes nombreuses aventures. « Olivier joue à quel jeu avec les enfants à Rishikesh ? », « Qu’est-ce qu’Olivier achète à l’encan de l’orphelinat ? », « Dans quel pays Olivier a réalisé une mission bien spéciale ? »… À l’écoute de ces questions, une drôle de sensation m’a envahi. J’avais cette impression étrange que toutes ces anecdotes étaient tirées d’un bouquin que nous avions tous lu, moi compris. J’ai alors réalisé ce qui peut sembler évident : ces aventures ne sont pas œuvres de fiction, le personnage dont il est question n’est nul autre que moi. Et bien, qu’est-ce que j’en ai vécu des choses cette année ! Avec un peu de recul, je comprends mieux ce qui m’est arrivé lors des derniers mois. Cette suite d’aventures abracadabrantes qui n’a rien à envier à nos songes les plus fous, tout ça s’est réellement produit, tout ça fait dorénavant parti de moi.

Il est encore un peu trop tôt pour savoir ce qui en restera. J’ai des souvenirs pleins la tête certes, mais ai-je appris quelque chose. Suis-je le même qu’avant ? Il y a des trucs qui ont changé, c’est certain. Je suis davantage conscient du luxe et du confort qui nous entoure. De l’eau chaude dans la douche, de l’eau froide et potable dans le robinet, un siège de toilette pour poser ses fesses, de l’électricité à toute heure du jour, le bon état de nos routes (croyez-moi!), l’abondance de produits dans nos supermarchés, liste est longue… Tout ça, ça ne fait pas de moi une personne différente. J’aimerais pouvoir dire que je rapporte un regard neuf sur moi-même, sur les autres, sur le temps et sur la vie. Toutes ces réalités qui prennent un nouveau visage quand on voyage. Notre rapport à nous même change. Quand on part loin de chez soi, on laisse derrière ce que les autres veulent que l’on soit. On n’apporte pas avec soi les étiquettes que l’on nous a collées ou le moule dans lequel on nous a poussé. On enfin libre de devenir celui que l’on veut être, on devient véritablement soi-même. Le rapport aux autres n’est également plus le même. Comme on les croise pour la première fois, on ignore tout des gens que l’on rencontre. Ainsi, on s’attarde tout simplement à cette caractéristique qui nous unit tous : notre humanité. Voila pourquoi les rencontres en voyage nous semblent tellement plus authentiques.

Je l’ai déjà mentionné, le voyageur est libre de toute contrainte, de toute obligation, il se sent libre, il se sent vivant. Comment puis-je rapporter chez moi cet état de grâce ? Est-ce possible ici aussi ? Je me sentais libre car j’avais le choix. Le choix d’aller au nord ou bien au sud, le choix de rester ou de partir. Quand j’y pense, ce voyage est en fait la preuve que je suis libre de faire ce que je veux, de réaliser mes rêves les plus fous. Dans le fond, il est plus facile de l’oublier mais je suis aussi libre ici qu’ailleurs. Si je suis revenu à la maison c’est parce que je le veux bien. Si je ne repars pas demain pour d’autres destinations exotiques, c’est totalement par choix. Je sais trop bien qu’il y a un moment pour rester, y’a un moment pour partir, et qu’après tout, il est toujours temps de rêver…

Faute d’approvisionnement chez nos amis de St-Hubert, je n’ai finalement pas pu savourer ma tarte aux sucres. Mais comme vous vous en doutez, je n’étais pas revenu à la maison pour ça. Tel Ulysse, je suis parti et malgré les épreuves et les tentations, j’ai su revenir. Je suis rentré par amour de ma patrie. Mon Ithaque à moi c’est Montréal, mais c’est d’abord ma famille et mes amis. Je sais trop bien qu’un jour, je repartirai. J’y rêve déjà ! Et s’il y a une chose que cette merveilleuse odyssée m’a apprise, c’est que l’on n’a pas besoin de dormir pour rêver…


Le résumé d'un grand voyage en six petites minutes:

http://www.youtube.com/watch?v=GJ_--oi5xr4


Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage
Heureux qui comme Ulysse a vu cent paysages
Et puis a retrouvé, après maintes traversées
Le pays des vertes années

Par un petit matin d’été, quand le soleil vous chante au cœur
Quelle est belle la liberté, la liberté
Brassens

mercredi 30 juillet 2008

Russie - Erreur de ponctuation

Moscou

Moscou, les lumières brillent. Il est quatre heures du matin, c’est le début de la fin (ou la fin du début…). J’ai cette impression étrange de mettre un point final au bout d’une longue et belle phrase. Le taxi m’amène à vive allure vers l’aéroport. Dans une douzaine d’heures, je serai à Montréal. Suis-je prêt ? Voilà la grande question. Pendant ces dix mois, je ne m’inquiétais pas trop pour mon retour. Tout allait bien se passer me disais-je sans trop réaliser ce que cela signifiait vraiment. Le retour est une aventure en soi. Tous les voyageurs le disent, avoir un projet aide à faire la transition. Tout le monde a beau dire, le vrai test, c’est de le vivre soi-même. Je le savais depuis le début, partir implique nécessairement revenir. Ce n’est pas mal en soi, j’ai très hâte de revoir parents et amis. Toutefois, revenir à la maison, c’est malheureusement quitter l’état de voyageur. Ce statut magnifique de l’Homme libre, du rêveur éveillé, d’un Olivier vivant et heureux. Revenir, c’est décider de mettre un terme à ce périple, à cette découverte perpétuelle. Chaque jour, des paysages grandioses, des cultures à découvrir, des gens à rencontrer… Et si ce n’était qu’une virgule…

samedi 26 juillet 2008

Russie - La dernière étape...

Moscou

Le train s’immobilise pour la dernière fois, nous sommes arrivés à Moscou. Nous sommes chaleureusement accueillis par Clément et Mathilde, les amis de Greg et Marie qui ont bien accepté de nous loger pendant toute la durée de notre séjour dans la capitale. Je suis un peu soulagé car j’ai entendu dire que le coût de la vie est terriblement cher à Moscou. Après notre première soirée, j’ai compris exactement ce que cette mise en garde voulait dire…



Nos hôtes voulaient nous faire vivre une véritable institution russe, le bania. Nous avons donc pris la direction de ces bains qui alternent sauna et bassin d’eau froide. Mais avant de livrer nos corps à de violents chocs thermaux, nous avons patienté en prenant un apéro dans un petit bistro aux allures de sous-sol d’école primaire. Au menu, une bière, des petites crêpes au saumon et aux œufs de poissons ainsi qu’une facture plus que salée : 50$ par personne. Malheureusement, nous n’avons pas pu joindre la population locale pour les bains. J’aurai bien aimé me mêler à ces hommes d’affaires qui complètement nus et suant à grosses gouttes, négocient des contrats importants en se fouettant le corps avec des branches de pin. L’expérience valait tout de même un second 50$. J’ai rarement soumis mon corps à un tel écart de chaleur. Après avoir perdu deux kilos d’eau et expérimenté quelques spectaculaires chûtes de pression, la sensation de repos était impressionnante. Nous étions tellement relaxes que certains d’entre nous avaient presque la tête dans leur assiette lors de notre souper dans un restaurant ouzbèque. Cheching ! un nouveau billet de 50$ disparaît. Il est temps que la soirée à Moscou s’achève, j’ai dépensé 150$ en moins de 5 heures. Somme avec laquelle je pourrais vivre confortablement pendant une semaine en Asie du sud-est…



Heureusement pour mon budget, nous avons passé la journée du lendemain à la plage. Les dimanches d’été, sur les bords de la rivière Moskva, la population citadine tente de profiter au maximum de la courte saison estivale russe. Petits et gros, jeunes et vieux, tout le monde s’exhibe sans pudeur. Peut-être que les russes tentent simplement d’optimiser les rares heures de bronzage en défilant presque nus. Peut-être que le prix des tissus est exorbitant car les maillots sont minuscules… Les hommes arborent fièrement les speedos moulants conçus en forme de « V » qui donnent l’impression que quelque chose pend entre les deux genoux… Avec leur coupe Longueuilgrad, c’est à se demander s’ils sont en avance ou en retard sur la mode actuelle. Du côté féminin, j’avoue avoir porté un peu moins d’attention à leur maillot. À ma défense, ces derniers sont souvent très bien cachés au fond d’une craque de fesses. Il faut mentionner également que les femmes russes sont extrêmement jolies, on se croirait dans un tournoi du circuit de tennis féminin version bikini…

Après un dimanche nature, nous étions prêts pour un lundi axé sur la culture. Nous avons fait une visite complète du Kremlin, son musée, ses églises orthodoxes et son palais présidentiel. Nous suivons les traces de grands personnages historiques : Ivan le Terrible, Pierre le Grand, Catherine la Grande, Lénine, Staline, Poutine et Garou… Décidément, ça ne va pas en s’améliorant. Pour le meilleur et pour le pire, la Russie s’est ouverte sur le monde. Nous en avons donc profité pour aller manger un Big Mac à deux pas de la Place Rouge.



Pour notre dernier jour à Moscou, nous avons décidé d’aller rendre une visite au père de la révolution, Vladimir Ilitch Oulianov, mieux connu sous le nom de Lénine. Le corps de celui-ci est conservé depuis 1924 dans un mausolée de la Place Rouge. En temps normal, il faut attendre des heures pour y pénétrer, même mort l’homme attire toujours les foules. Nous avons été très chanceux car ce jour là, la grande place était sécurisée pour accueillir une cérémonie soulignant le départ des athlètes russes vers Beijing. Malgré les soldats et les barrières nous avons réussi à nos faufiler et à prendre la direction du tombeau. Après avoir laissé derrière sacs et appareils photos, nous passions au détecteur de métal. Décidément, on ne rigole pas avec Lénine !

Nous sommes entrés seuls dans le mausolée. Il faisait si noir qu’on voyait à peine les marches qui nous conduisent vers la salle principale. Heureusement, de sympathiques soldats au garde à vous nous indiquaient la voie à suivre. Seuls leur pâle visage étaient éclairés. Ils avaient l’air morts depuis plus longtemps que Lénine ! Pourtant, ils étaient bel et bien vivants. Assez vivants pour réprimander sévèrement notre écart de conduite, nous avions les mains dans les poches ! Est-ce que je peux voir Lénine avant d’aller au Goulag ? S’il-vous-plaît... Heureusement pour nous, le régime n’est plus ce qu’il était. Nous sommes finalement arrivés devant le petit homme embaumé. Il avait l’air plutôt bien conservé sous sa cage de verre. Nous avons rapidement fait le tour du lit mortuaire afin de ne pas offusquer de nouveau le garde. L’atmosphère était lourde et déprimante. L’expérience n’aura duré que deux petites minutes, imaginez soixante-dix ans…

vendredi 25 juillet 2008

Russie - La beauté réside dans l'inattendu

À bord du transsibérien

Depuis le tout début du projet, il y a de cela un an et demi, je rêvais de traverser la Russie à bord du transsibérien. Je ne pouvais imaginer un meilleur moyen pour revenir vers la maison. Assis au bord de la fenêtre, je me voyais contempler les paysages qui défilent. Ces quelques jours à bord du train, je les percevais comme une pause, un moment de réflexion avant le grand retour, une occasion de méditer sur l’incroyable année qui s’achève. Comme toutes les autres destinations de mon voyage, je m’étais fait des idées. Comme toutes les autres destinations, je m’étais trompé. Il n’y a pas de doute, les imprévus font la beauté du voyage.



Toujours accompagné de Greg et Marie, mes fidèles compagnons de voyage depuis Beijing, j’entre dans la cabine. C’est dans ce tout petit espace que nous serons enfermés pendant quatre jours et demi. Nous faisons connaissance avec nos voisins de la cabine d’à côté : Anouck, Amélie et Bertrand. C’est avec eux que nous jouerons aux cartes le jour et que nous ferons la fête la nuit ! Nous rencontrons également notre aimable provonitsa, la dame en charge de notre wagon. Nous nous lançons immédiatement dans une opération séduction. Sans vraiment obtenir de succès, nous enchainons les « spaciba » et les sourires. On nous a dit que le voyage est beaucoup plus agréable quand la provonitsa vous a dans ses bonnes grâces…



Quelque peu excités, nous quittons la gare d’Oulanbataar, l’aventure du transsib démarre. Il est environ 14h. Il fait chaud dehors, très chaud. Chanceux comme nous sommes, notre wagon est le seul dont l’air climatisé ne fonctionne pas. Pour ajouter au confort, il n’y a que trois fenêtres qui s’ouvrent dans tout le wagon. Il fait chaud dans le train, trop chaud ! Une bonne partie de la journée s’est donc passée tout près d’une de ces ouvertures, sous une petite brise fraîche. En quête du même réconfort, Anouck est venu me rejoindre et nous avons longuement discuté. Regardant les paysages défiler, nous avons parlé de tout et de rien, surtout de tout. Le voyage, l’amour, la mort… Rares sont les échanges aussi intenses, une autre très belle rencontre.

En fin de soirée, nous devons regagner nos cabines, nous nous apprêtons à traverser les frontières russes. Nous ne sommes plus uniquement trois dans nos appartements. Une dame mongole d’une quarantaine d’années vient tout juste de monter à bord. Elle traîne avec elle trois immenses sacs de sport. Madame est une athlète ? Non, madame est une contrebandière ! Elle ouvre ses sacs et sort sa marchandise. Des culottes, des sandales de caoutchouc, du thé, des tissus, des serviettes… La quantité est impressionnante. Ce qui est encore plus étonnant, c’est la façon dont elle fait tout disparaître. Elle pose des sandales sur le sol, elle accroche des serviettes derrière nous, nous serons complices sans même le vouloir. Sous notre œil amusé, elle en cache dans la poubelle et dans son soutien-gorge. Elle dissimule même des bobettes sous ses pantalons en les fixant à ses jambes avec du ruban adhésif. Une fois le travail terminé, les trois sacs sont vides et tous les articles ont été dispersés. Tout cela sous les yeux de la provonitsa, seconde complice dans ce crime. Par magie, il ne reste plus rien à déclarer à monsieur le douanier. Ce dernier, sous sa casquette de deux pieds de diamètre, n’y a d’ailleurs vu que du feu ! Soit qu’il est très naïf ou soit qu’il est le troisième complice… Il a fouillé nos sacs sans trop de conviction. Le train est reparti plusieurs heures plus tard, la dame et sa marchandise également. Chanceux comme nous sommes, elle a oublié un paquet de thé. Malheureusement pour nous, c’était du thé mongol (le thé chinois de mauvaise qualité aboutit en Mongolie…).



Pendant ces quatre jours et demi, nous avons traversé la Russie dans presque toute sa longueur. Près de sept mille kilomètres parcourus à travers des forêts infinies de bouleaux et de mélèzes. La Russie a de quoi se chauffer pendant encore plusieurs milliers d’années. Sur notre parcours, on croise des lieux aux noms mythiques : le lac Baïkal, Irkoutsk, Novossibirsk, Omsk, Perm… Les arrêts sont courts, une vingtaine de minutes en moyenne. Juste assez de temps pour aller marcher un peu sur les quais, prendre un peu d’air frais. A Balezino, nous avons profité de l’occasion pour entonner la Marseillaise et le O Canada. Notre public, composé majoritairement de russes complètement saouls, n’a pas vraiment apprécié notre interprétation de l’hymne national russe. Il était temps que le train quitte la gare…



Au bout de mille et une aventures, nous arrivons à destination : Moscou. La capitale n’est pas seulement au bout du transsibérien, elle représente également la fin de mon périple, le dernier arrêt avant mon retour. Suis-je prêt à revenir ? Je ne le sais pas encore. J’en doute parfois. Heureusement, j’ai de très bonnes raisons de revenir : ma famille, mes amis et… une perle retrouvée. Non, non, ce n’est pas une histoire de pêche !!! Un miracle s’est bel et bien produit, la perle a refait surface. Et si cette fois, c’était la bonne ? Il n’y a pas de doute, les surprises font la beauté de la vie.

samedi 19 juillet 2008

Mongolie - Le bonheur, d’une colline à l’autre

Monastère d'Amarbayasgalant

Je suis seul sur la colline. Le soleil se couche lentement sur la Mongolie. Autour de moi, les grands espaces, le calme, le vide. Pour la dernière fois, je fais le plein.

Je suis seul sur la colline. Le soleil se couche lentement sur mon voyage. Dans onze jours, je serai chez moi. Dans onze petits dodos, l’aventure prendra fin.

Je suis seul sur la colline. D’un côté, le campement et ses tentes, de l’autre, le soleil qui descend doucement sur la vallée et sur le monastère d’Amarbayasgalant. Je suis si bien, je ne veux plus redescendre. Il y a une partie qui ne veut pas quitter la Mongolie, qui ne veut pas prendre le chemin du retour.



Je suis seul sur la colline et y’a une partie de moi qui est bien triste. Il est parfois bien difficile de quitter un instant de pur bien-être. Imaginez une année ! Heureusement, je sais que je retrouverai mon bonheur plus bas, en aval. Redescendre, c’est se faire confiance et faire confiance à la vie.

Si je suis ici, seul sur cette colline, c’est bien parce qu’un jour, j’en ai redescendu d’autres. J’ai déjà abandonné un certain confort, un certain bonheur, sans même savoir ou j’allais. Ma famille, mes amis, le musée, on quitte parfois ceux qu’on aime. Car après tout, redescendre ne signifie pas nécessairement reculer. Au contraire, souvent, c’est avancer. Il y aura toujours d’autres défis, d’autres surprises, d’autres collines.

mercredi 16 juillet 2008

Mongolie - Photos - Naadam et Khovsgol

Lac Khovsgol

La fête du Naadam





Le lac khovsgol

vendredi 11 juillet 2008

Mongolie - Route de Mongols

Sur la route

Le plus grand empire de tous les temps, de la Sibérie à l’Inde et du Vietnam à la Méditerranée. L’empire fut aussi vaste qu’éphémère. Qui n’a jamais entendu parlé de Chinggis Khaan et de sa terrifiante armée de cavaliers mongols. L’histoire récente du pays est moins glorieuse. Sans accès à la mer, la Mongolie est coincée entre les deux géants que l’URSS et la Chine. On sent très fortement l’influence soviétique : l’architecture, l’écriture cyrillique, les voitures, la vodka, le jeu d’échecs…

Pour retrouver leur identité, surtout pour se démarquer des voisins, le culte du grand Gengis a refait surface il y a une trentaine d’années. On peut admirer son image un peu partout : à la télé, sur les bouteilles de bière ou de vodka, sur des affiches, sur une colline près d’Ulanbaatar… Même notre mini fourgonnette à été baptisé en son honneur : Chinggis Car. Aussi robuste et indestructible que son légendaire homonyme, elle nous a rendu de fiers services. Les deux derniers jours ont été fort éprouvants pour notre belle Chinggis, et pour nous par la même occasion. En Mongolie, on sait quand on part, on ne sait jamais quand on arrive, ni dans quel état...



Gamba, notre chauffeur adoré, a une vingtaine d’années d’expérience sur les routes mongoles. Je soupçonne qu’il a une boussole ou un GPS implantée dans le crâne afin de s’orienter. Il n’existe aucun panneau pouvant nos renseigner sur les directions et encore moins les distances. Peu surprenant que parfois, l’on se perd. Heureusement, notre Gamba est un excellent chauffeur, il s’égare rarement. Hier matin, par contre, il s’est trompé de vallée, nous avons roulé dans une mauvaise direction pendant une bonne heure. En revenant sur nos pas, un violent orage nous a forcé de prendre le lunch à l’abri dans notre confortable Chinggis Car. En essayant de retrouver notre chemin, nous sommes sortis de la route pour nous diriger dans une vallée, puis tout droit sur une colline. J’avais l’impression que l’on tentait de grimper les pentes d’une station de ski. Après de gros efforts de la part de Chinggis Car, nous sommes enfin arrivés au sommet. Toute cette énergie pour réaliser qu’on ne pouvait pas aller plus loin, une forêt dense nous attendait sur l’autre versant. Il fallait, encore une fois, faire demi-tour. On tente un autre chemin. Nous montons régulièrement à travers une forêt. Parviendrons-nous à traverser de l’autre côté ?



La pluie a rendu la route boueuse. Nous nous enfonçons de plus en plus. La fourgonnette vacille, elle glisse, elle s’immobilise… Nous sommes embourbés. Nous sortons du véhicule pour évaluer la situation. Mon éternel optimisme ne s’en fait pas trop. Nous usons de nos muscles et de notre matière grise. Le plan est simple, il faut détourner la rigole qui inonde les roues avant et qui rend par le fait même notre départ impossible. Heureusement, nous avons une pelle à notre disposition. Nous travaillons avec beaucoup d’efficacité, si bien que nous réussissons à nous déprendre après seulement trente minutes de boulot. Notre chauffeur a compris la leçon, nous redescendons de plus belle. Puisqu’il le faut, nous contournerons les collines.

Nous roulons et roulons encore… Il a plu aussi au fond de la vallée. Les routes sont boueuses. Inquiet, notre chauffeur analyse consciencieusement la situation. Il hésite souvent avant de s’engager dans les trous d’eau. L’ambiance devient un peu tendue dans le car, nous gardons le silence. Nous avançons péniblement et puis… merde ! La voiture s’est embourbée une fois de plus. Cette fois-ci, c’est du sérieux. Les quatre roues s’enfoncent dans la tourbe et la boue. Mon éternel optimisme part en courant ! Pire encore, un immense orage file droit vers nous. Il déjà froid, ça promet !



Nous nous mettons à la tâche. On sort le cric, on va chercher des troncs pour agir comme levier, on creuse autour des roues… Rapidement, notre propreté devient secondaire, on ne songe plus qu’à s’en sortir et vite. Les premiers essais s’avèrent de lamentables échecs. L’orage éclate. Le qualificatif de lamentable s’applique maintenant à nous tous. Le soleil est déjà couché, il fait froid, très froid. Nous sommes coincés au milieu de nulle part, s’il nous faut camper ici, la nuit risque d’être longue. Seule bonne nouvelle, y’a pas un moustique assez fou pour venir nous écœurer. Notre seul espoir réside dans l’aide extérieure. Pendant que nous travaillons sous le véhicule, Bogi part à la recherche d’une ger providentielle. J’y crois plus ou moins car qu’est ce qu’un nomade mongol peut bien faire pour nous aider avec son cheval ou sa moto russe ? Croyez-moi, je ne sais pas lequel, mais il y a un dieu qui veille sur les steppes mongoles. Bogi revient avec de l’aide, un immense camion. Le type de véhicule que nous n’avions pas vu depuis une semaine. Nous sommes sauvés.

Le chauffeur bienheureux descend son mastodonte dans la boue. Il attache un câble à Chinggis. Démarre en trombe. Le fil se tend en une milliseconde et lâche sous la pression… Bravo !!! Félicitations monsieur testostérone dans le tapis ! Encore chanceux que ce ne soit pas la carlingue de Chinggis Car qui n’ai pas arraché. Heureusement, il possède un second câble. Cette fois, il a compris la leçon. Il nous tire doucement pour nous délivrer. Nous sommes libres. Trempés, frigorifiés, affamés, épuisés mais libres. Notre sauveur nous indique le chemin pour une ger où nous pourrons peut-être passer la nuit. Sans attendre, nous repartons.

Nous débarquons donc à la dite habitation. Il est au moins 10h30. À l’intérieur, la famille dort déjà profondément. C’est alors que nous assistons à un spectacle magique. La mythique hospitalité mongole se concrétise sous nos yeux. Les membres de la famille se réveillent et constatent avec étonnement qu’un groupe d’étrangers occupent leur ger. Ils ne doivent pas recevoir ce type de visite très souvent, la tête du benjamin, encore tout endormi, en fait foi. Quelques instants plus tard, le feu crépite à nouveau dans le poêle et nous recevons le thé de bienvenue ainsi que l’incontournable morceau de yogourt concentré à la puissance mille… Après le repas et quelques tentatives rigolotes de discussions, nous installons nos lits sur le sol. La journée a été dure, nous nous endormons rapidement au milieu de la ger. Chinggis Khaan a de quoi être fier. Son peuple n’est certes plus celui qui a longtemps fait trembler l’Occident tout entier. Les temps ont changé, les Mongols sont aujourd’hui un véritable modèle de fraternité et d’hospitalité. Que ses deux voisins le retiennent, ce n’est pas que la puissance de son armée qui fait la gloire et la grandeur d’un peuple.


lundi 7 juillet 2008

Mongolie - Le fin fond du bout du monde

Naiman Nuur

Ça fait dix jours que nous parcourons la campagne mongole. Nous traversons des paysages aussi spectaculaires que variés. Je l’ignorais, la Mongolie a bien plus à offrir que des steppes verdoyantes, c’est également d’immenses canyons, des badlands, des formations volcaniques, des collines et des déserts arides. À tous les jours, on change de décor. Une seule constante : l’immensité. Le terrain est généralement plat, l’atmosphère est toujours parfaitement claire, on y voit à des milles à la ronde. Le ciel nous parait immense. La montagne à l’horizon semble toute proche, on y met pourtant quatre heures en voiture pour y parvenir. Ici et là, les gers deviennent de petits points blancs qui se démarquent à des kilomètres. La Mongolie est un immense pays mais il est faiblement peuplé. 2,6 millions d’habitants dont la moitié résident dans la capitale. C’est le pays le plus faiblement peuplé de la planète avec un maigre 1,8 individu par kilomètre carré (À titre comparatif, le Bangladesh affiche un taux de 1002 personnes par km2, le Canada avec 3,3 personnes par km2 arrive aussi en bas de la liste). Dans certaines régions, on peut rouler pendant des heures sans rencontrer âmes qui vivent. Tout à coup, un petit point blanc apparaît à l’horizon. Ça tombe bien, dans deux on y sera et il sera l’heure de manger ! Nous nous approchons de la ger, nous entendons déjà les chiens qui aboient pour nous faire peur. Un troupeau de chèvres, de moutons, de chevaux, de yaks ou de chameaux n’est jamais bien loin. Comme à l’habitude, un cheval est attaché près de l’habitation. Il est déjà scellé, prêt à décoller en cas de besoin.





En campagne, les Mongols ont rarement une voiture. Ils possèdent souvent une moto qu’ils enfourchent vêtu de leur deel, le costume traditionnel mongol. Pour les longues distances, la moto a remplacé le cheval. Toutefois, dans plusieurs régions, le fidèle destrier demeure roi. Les routes… Le concept de route en Mongolie diffère du nôtre. La majorité du réseau n’est pas bitumé. Pas de gravelle, même pas de terre battue. On suit les traces des dizaines de véhicules qui nous ont précédé. On roule souvent en plein milieu de nulle part, ouvrant ainsi la nouvelle route. Les chemins sont tellement mauvais ou accidentés que les distances sont plus vite parcourues au galop. Le peuple mongol a toujours été nomade. Les gers ont des coupoles satellites pour capter la télé, des panneaux solaires pour recharger les batteries (source d’énergie principale). Toutefois, les gers n’ont toujours pas de toilettes et sont chauffées à la bouse. Les familles vivent en autarcie, se nourrissant du lait de la viande de leur troupeau. La ger se déplace en moyenne quatre fois l’an à la recherche de pâturage. Il y a très peu de place pour les légumes (encore moins les fruits) dans le régime alimentaire mongol. La culture y est presque inexistante.



Les hivers sont rigoureux car même si il ne neige pas beaucoup, ils s’étendent sur neuf mois de l’année. La vie est rude, le voisin est loin. L’hospitalité est chose naturelle. Ce n’est même pas une question de politesse, c’est une question de survie. Nous sommes toujours bien accueillis par les familles. Ils se montrent curieux à notre endroit. Les touristes se font rares par ici, tout comme les visiteurs de tout origine confondue. Quelques minutes après son arrivée, le visiteur est déjà assis dans la ger, un bol de thé au lait et un morceau de yaourt concentré dans les mains (un yaourt contenant assez de bactéries pour raviver la flore intestinale d’un brontosaure). On ne refuse rien, on trempe nos lèvres, on croque un petit morceau, on s’en garde pour plus tard… Les chiens adorent le yaourt, ils salivent déjà à l’arrivée des touristes.

À trente mètres autour de la ger, ça sent le mouton. Plus on approche de la cuisinière située au centre de l’habitation, plus l’odeur devient puissante. À l’intérieur, tous les objets en sont empreints. Heureusement, quelques minutes suffisent pour nous y habituer. Après quelques jours dans la steppe mongole, nous dégageons nous même un fort parfum.

Les Mongols sont d’une grande gentillesse. Difficile de croire que ce sont les descendants des redoutables cavaliers d’Attila et de Gengis Khan. Nos leçons de langue mongole nous aident à établir le contact. Quel est ton nom ? Quel âge as-tu ? Combien de chèvres as-tu ? Les échanges sont sommaires mais ils apprécient l’effort. Avec les enfants, c’est toujours un peu plus facile. Ils sont curieux, ils adorent jouer avec nous. J’ai parfois l’impression que, besogne oblige, les adultes ont peu de temps à consacrer aux tout-petits. Ces derniers aident leurs parents aux différents travaux : traite des animaux, cuisine, s’occuper du plus jeune, couper le bois (ou ramasser les bouses) pour le feu, aller chercher l’eau à la rivière…



Les premiers jours nous ont fait découvrir le sud du pays. Nous traversons maintenant à pieds les montagnes du centre. Ce trek de quatre jours nous en a fait voir de toutes les couleurs : tempête de grêle, zones marécageuses, colonies de mouches. Ce n’est pas toujours facile mais mon voyage en Asie ne pouvait mieux se terminer. Aujourd’hui, j’ai joué au berger avec trois gamins. Ma course derrière un troupeau de chèvres dans la steppe sera un souvenir impérissable. Ce soir, je m’endors seul dans ma tente avec comme berceuse les hurlements des loups. La Mongolie est sauvage, elle est authentique. Je l’adore !

mercredi 2 juillet 2008

Mongolie - Plus petit ou plus grand qu’Éole

Khongoryn Els

Le désert de Gobi, une immense barrière de sable. Un véritable corridor de gigantesques dunes. Hier, après une ballade à dos de chameaux (les vrais à deux bosses), nous avons grimpé au sommet. Nous étions en plein après-midi, sous le soleil brûlant, la montée n’a pas été de tout repos. La vue y était tout simplement superbe. Nous avons donc décidé de se réveiller très tôt ce matin pour profiter d’un levé de soleil sur les dunes.



Quatre heure, le réveille sonne. Sous la lumière de nos frontales, nous avançons vers la montagne de sable. Le vent est déjà levé lui, il souffle très fort sur la plaine. On risque de bouffer du sable en haut ! Nous marchons une bonne heure avant d’arriver au pied de la pente. Une lueur apparaît doucement à l’horizon. L’ascension est pénible. Plus nous montons, plus nous devons nous couvrir. Le vent soulève les grains de sable qui se mettent à virevolter dans tous les sens. Sous nos pieds, le sable est si fin que le sol se défile à chaque foulée. Pas à pas, nous avons l’impression de stagner. Chaque centimètre est une victoire. Je m’épuise rapidement. J’ai terriblement chaud. Je dois reprendre mon souffle. Mon corps s’écroule, je m’agenouille sur la crête. Je rêve d’une bonne bouffée d’air frais. Autour de moi, il n’y a que du sable. Il semble prendre plaisir à fouetter le moindre bout de peau qui dépasse.



Je me sens petit, bousculé, épuisé, abattu. Le vent est décidemment plus fort. Petit grain de sable, tu ne me feras pas plier. Je te tiendrai tête. Je me relève d’un coup. Je repars de plus bel. Le manège se répète deux ou trois fois. Finalement, je m’affaisse au sommet. Je suis vainqueur mais vidé. Soudain, je me relève. Je ne crains pas ces milliards grains de sable. Beaucoup ont trouvé l’improbable chemin jusque dans mes culottes, je leur ris au nez car ils n’ont pas su m’arrêter. Je me sens si fort. Debout, les bras en croix, je défie le vent, je joue avec lui, je nargue sa puissance.

Je reste là, sous les rafales. Impossible de retirer le sable enfouis dans mes yeux. Je laisse une toute petite ouverture afin d’assister au levé du jour. La force du vent est déroutante. Je pourrais sans doute redescendre un peu pour profiter d’un peu de calme, mais je ne bouge pas. Je reste figé. J’ai alors compris que nous nous étions trompés. La star du jour, ce n’est pas le soleil. Ce beau matin de juillet, Éole a volé la vedette à Hélios. La beauté ne réside pas uniquement que dans la lumière. Sous l’effet du vent, les dunes chantent, elles dansent, le sable tourbillonne, le sable s’envole de tous les côtés. En quelques minutes seulement, mes empreintes disparaissent. Avec humilité, j’aperçois le vent s’allier au temps pour effacer la moindre de mes traces.


mardi 1 juillet 2008

Livre d'or

Merci pour tous ces mots d'encouragements, je les apporte avec moi à travers mon rêve.

lundi 30 juin 2008

Mongolie - Nous parlons tous la même langue

Bayanzag

Hier soir, une autre de ces soirées magiques. Il devait être 10h30, il faisait noir, très noir. En Mongolie, la pollution lumineuse est un concept inexistant. D’un horizon à l’autre, les étoiles dessinent clairement les constellations, la Voie Lactée brille de tous ses feux. Je n’ai jamais vu pareil spectacle ! Magnifique décor pour aller aux toilettes. Je fais la vingtaine de pas réglementaire, m’exécute et reviens à ma ger. Tout juste avant d’entrer, on m’accoste, je suis rapidement entouré de quatre ou cinq mongols d’une vingtaine d’années qui, par quelques gestes, me font comprendre que leur batterie de caméra est à plat. Mes leçons de langue mongole ne me permettent pas de répondre avec autre chose que mes mains. L’essentiel, c’est qu’ils comprennent que je n’ai malheureusement pas le même format de batterie. Rapidement, je réalise que ce n’est pas uniquement la barrière de la langue qui explique ces efforts de gesticulations. Entre eux, ils utilisent leurs mains pour communiquer. Il s’agit d’un groupe de sourds et muets qui visitent leur pays.

Je reste dans leur ger pendant près de deux heures. Il règne un troublant silence. Une dizaine de personnes occupant un si petit espace et si peu de bruit. L’un d’entre que « parle » anglais, à l’aide d’un carnet, on communique. Toutefois, c’est avant tout leur capacité à comprendre et à se faire comprendre par le biais de leurs mains qui m’impressionne. Ils me posent des questions. Ils me demandent d’où je viens, si j’aime leur pays, si j’ai des amis sourds et muets à la maison… Honteux, je leur réponds négativement. Je réalise soudainement à quel point à la maison, les ponts sont inexistants entre entendants et non entendants. Les deux vraies solitudes. Ce soir, il n’y a pas de ponts car après tout, il n’y a même pas de rivière ! Jamais la barrière de la langue ne m’a paru aussi tenue. Et si dans le fond, nous n’en n’avions pas vraiment besoin pour se comprendre…

dimanche 29 juin 2008

Mongolie - Ciel mongol



Ulanbaatar

Qu’est-ce que tu vas faire en Mongolie ? J’ai dû répondre à cette question une centaine de fois. Pour être honnête, je n’en savais trop rien. Je répondais simplement que je me voyais très clairement traverser les steppes mongoles, chevauchant un petit cheval, faisant un Gengis de moi-même. Je m’imaginais de grands espaces, des paysages à couper le souffle, un climat terriblement froid et un peuple très chaleureux. Je ne m’étais pas trompé. Impossible de concevoir toute la beauté de cette contrée, l’immensité de ses paysages, l’étendue de ses steppes… C’est définitivement le pays du ciel. Contre toute loi physique, il est plus grand qu’ailleurs sur la planète. Il est parfois bleu, rouge, orange, rose, mauve, il est parfois clair, parfois traversé de magnifiques nuages blancs, parfois orageux, il est toujours spectaculaire. La nuit, par temps clair, il dévoile toutes les étoiles, il n’en manque pas une seule. Qu’est-ce que je fais en Mongolie ? Du trekking, du cheval, du chameau, de la jeep… Peu importe comment je me déplace, pourvu que je puisse regarder en l’air !

mardi 24 juin 2008

Chine - Entre Mao et Confucius

À bord du Transsmongolien

En quittant Hong Kong pour la Chine, j’avais quelques appréhensions. D’une part, mes parents avaient louangé le pays, son dynamisme, sa richesse, le peuple et sa gentillesse. D’autre part, j’avais encore en tête la mauvaise réputation du pays à l’étranger. Xénophobes, nombrilistes, tortionnaires, offenseurs des droits de l’Homme, occupants du Tibet, manipulateurs de l’information, et j’en passe ! Qui a raison ? Qui a tort ? Quelle Chine correspond à la réalité ? Y’a qu’une façon de le savoir, c’est d’aller voir.

Il y a certes un fait sur la Chine qui fait l’unanimité. Le pays est en pleine transformation. C’est d’ailleurs ce qui frappe en premier le visiteur. La nation se développe à un rythme effréné. Les grues de construction se comptent par milliers, elles font partie du décor. On construit partout, des buildings, des routes, des ponts, des barrages, des tunnels… Même la campagne n’échappe plus au progrès salvateur. La Chine se développe, elle s’éduque, elle se modernise. Les Chinois également, beaucoup d’entre eux vivent maintenant comme vous et moi. La chemise Ralph Lauren, le cellulaire qui fait de la musique, les RayBan dans les cheveux, ils vivent, ils aiment, ils rêvent comme vous et moi. Il y a certes toujours quelques différences culturelles qui subsistent. Heureusement d’ailleurs !

Tout d’abord, les Chinois crachent partout, dans la rue, à travers la fenêtre de la voiture, dans le train (un beau gros crachat que l’on propulse à deux pouces de ma couchette et dont le géniteur, par souci de civilité, tente de faire disparaître en l’étendant avec sa chaussure). À cette discipline, ils rivalisent férocement avec les Indiens ou leurs voisins de l’Asie du sud-est.

Autre habitude curieuse, quand ils attendent, les Chinois adoptent la position du petit bonhomme. Sur le coin des rues ou sur les quais de la gare, ils sont tous accroupis. Plus tard, j’ai compris plus pourquoi ils tenaient tant à habituer leur corps à cette position qui se veut, pour la plupart d’entre nous, fort inconfortable. Les enfants adoptent rapidement la posture. Les touts jeunes se promènent sans fond de culotte. Dans les parcs, dans la rue, n’importe où, les gamins s’accroupissent pour assouvir leurs besoins naturels. Pour nous qui protégeons avec vigueur les petites fesses de nos poupons, il est un peu troublant de voir les fesses de ces enfants reposés sur les bancs de parcs crasseux, sur les sièges d’autobus sales ou sur les banquettes de train poussiéreuses.

Autre manie typiquement chinoise, quand il fait très chaud, les hommes roulent sans pudeur le bas de leur chandail et dévoile plus de peau autour de leur nombril qu’une adolescente de treize ans. On raconte que le comité organisateur des Jeux veut enrayer cette habitude comme bien d’autres d’ailleurs. À titre d’exemple, on avait dit que les chauffeurs de taxi parleraient anglais… Je crois qu’ils sont moins nombreux que les chauffeurs montréalais qui s’expriment en mandarin ! Il ne serait toutefois pas honnête de me part de me limiter à cette description caricaturale de nos amis Chinois. J’y ai rencontré un peuple souriant, honnête et serviable. Vous n’avez qu’à arborer un air perdu sur le coin d’une rue pour qu’un bon samamandorin vous offre son aide. Chose étonnante et fort révélatrice, à la fin des courses, les chauffeurs de taxi arrondissent la note à votre avantage !

Depuis plus d’une décennie, la planète entière observe attentivement l’empire du Milieu. Avec les Jeux qui approchent, l’intérêt est accru. C’est évident, le Parti n’est pas un exemple à suivre. Le gouvernement s’est révélé coupable d’actes excessifs, rétrogrades, répressifs, inacceptables. Pas étonnant que les réprimandes affluent de toutes parts. Nous avons la responsabilité de surveiller ce qui se passe mais préservons nous d’une diabolisation envers le peuple chinois.

Appliquez-vous à garder en toute chose le juste milieu
Confucius

lundi 23 juin 2008

Chine - Photos - Beijing

Beijing


La Cité Interdite





La Grande Muraille





Autres photos

dimanche 22 juin 2008

Chine - Vivre ailleurs

Beijing

Pékin est immense. J’imagine qu’elle à l’image de la Chine. Bondée, vaste, ordonnée, polluée, ce n’est pas ma ville préférée. L’air y est vicié, la cité n’est pas conçue pour les piétons, les distances entre les stations de métro sont énormes. Toutefois, il faut lui concéder qu’elle est riche en patrimoine et qu’elle recèle encore de véritables trésors. La Cité Interdite, gigantesque labyrinthe qui nécessite à celui qui visite, une journée complète et une boussole fonctionnelle. La mythique place Tiannemen, aussi vaste que le Parti est étroit. À quelques kilomètres de la capitale, l’aussi grande que célèbre Muraille de Chine.

Pourtant, il n’y a pas que ça à Beijing. Ce que je retiendrai de mon séjour dans cette ville ne figure dans aucun guide de voyage. Apparemment, ce lieu attire annuellement moins d’une dizaine de touristes. Et pourtant, on y est reçu comme à la maison ! Mes parents, ma sœur et mon cousin Jocelyn m’avaient fortement recommandé l’endroit. Je n’oublierai pas l’appartement du 22e étage du Ocean Paradise. Vous aurez compris que quoique le logement soit très joli, c’est bel et bien leur occupant qui rend l’endroit spécial. Linda et Philippe, un sympathique couple de québécois qui ont eu la gentillesse de m’héberger chez eux pour toute la durée de mon séjour pékinois. Lui, professeur à l’école élémentaire, elle, bibliothécaire. Ils travaillent depuis un peu plus de deux ans pour une école internationale du quartier. Après avoir vécu plusieurs années dans le grand nord québécois ainsi qu’au Mali, ils relèvent le défi chinois et songent déjà à leur prochaine cité d’adoption.

À Beijing, j’ai fait la rencontre de deux amoureux. Ils aiment le voyage, ils aiment les cultures étrangères, ils aiment les autres, ils aiment beaucoup ! Ils ont choisi un mode de vie que bien peu n’oserait. Ils voyagent, ils découvrent, ils rencontrent, ils vivent ailleurs. Ailleurs, ça ne peut être le Québec. Il est vrai que lorsqu’on quitte son pays, on a cette impression de perdre le fil avec ses origines. On croit que le Québec que l’on aime tant change. Les gens que l’on aime tant croient que l’on a changé. Pourtant, il n’en est rien ! Effectivement, les concurrents de Star Académie changent, les trios du Canadiens aussi, les intrigues de Virginie un peu moins ! L’important lui, demeure. Le silence qui accompagne la première de novembre, les grandes tablées à Noël, l’ambiance formidable des festivals estivaux, je sais que personnellement, c’est ce qui me manquerait en premier. L’essentiel demeure et on l’emporte avec nous. Tout le monde sait que l’on peut sortir le Québécois du Québec mais on ne sort pas le Québec du Québécois. Linda et Philippe, croyez-moi, quoiqu’on dise, vous êtes toujours de fiers Québécois, vous en êtes d’ailleurs de dignes représentants partout dans le monde. Réclamer haut et fort cette origine si vous en avez envie. Je vous l’ai déjà dit et je le répète à nouveau. Si un jour, je choisis votre mode de vie, j’espère le faire avec autant de classe, avec autant de générosité, avec autant d’ouverture d’esprit et avec autant d’amour.

lundi 16 juin 2008

Chine - Histoire de train à dormir debout

Pingyao

Je viens tout juste d’embarquer dans le train, il est 19h32. Cette fois, je pense m’être fait avoir. J’ai acheté un billet debout pour Beijing en pensant pouvoir être « upgradé » comme la dernière fois. Il est encore bien tôt mais je ne pense pas que la situation va évoluer. Il se pourrait que je sois obligé de passer la nuit debout, avec comme espace vital deux pieds carrés, à peine pour s’asseoir par terre. Fort inquiet de la situation, je trouve un endroit pour ranger mon gros sac pour aller faire du repérage. Je me suis faufilé jusqu’aux wagons des couchettes à la recherche d’un étranger qui voudrait bien, par solidarité de voyageur, laisser poser mes fesses du moins, pour quelques heures. Me faisant gentiment chasser d’un wagon à l’autre par les dames en charge, je prétexte l’innocence et je quitte poliment et avec le sourire ! Qui sait ? La stratégie peut porter fruit à long terme. Dorénavant, toutes les chefs de wagons savent qu’il y a à bord du train un blanc qui cherche une place pour dormir. S’il venait qu’à avoir un lit qui se libère, j’espère qu’elles s’en souviendront. Pour le moment, je dois attendre entre deux wagons, tout prêt des cuisines.

À peine deux minutes plus tard, un jeune Chinois vient fumer une cigarette. Après les bonjours d’usage, il me fait signe de le suivre. Il m’amène tout juste à côté, au wagon restaurant où ses deux amis sont bien assis à une table. Ils m’offrent généreusement la quatrième place. Je ne sais combien de temps je vais pouvoir bénéficier de ce siège confortable mais j’en profite pour écrire dans mon carnet ces quelques mots…

Le repas est terminé, la serveuse nous fait comprendre que l’on doit laisser la table à d’autres. Au même moment, une dame vient me faire signe de la suivre. Je n’en crois pas mes yeux, un miracle s’est peut-être produit. Dieu existe ! À tout de moins en Chine il semblerait… Je n’en crois pas mes yeux, elle me transfert à un lit couchette moyennant un maigre 70 yuans. Je vais pouvoir dormir tranquillement. Je suis véritablement devenu un génie du voyage. Avec un immense sourire pendu sous le nez, je vais prendre possession de mon lit. Je distribue à droite et à gauche les xiéxiés et duoxiés témoignant de ma gratitude.

Arrivé à ma place, je fais la rencontre d’une famille géniale. La fille, Wowan Lu me demande si je peux lui enseigner l’anglais en échange de quelques leçons de chinois. Je suis aux anges. Surtout que ma nouvelle élève semble directement tombée du ciel. Nous passons une agréable soirée tous ensemble. Les membres de la famille prennent un malin plaisir à m’entendre pratiquer la prononciation des mots. Ils me posent des questions sur mon voyage, sur Montréal, sur ma famille… Je leur montre quelques photos logées sur mon Ipod. Avec un petit pincement au cœur, je leur présente ma famille et mes trois meilleurs chums. Le cœur gros, je leur avoue que je m’ennuie mais qu’il ne reste plus qu’une quarantaine de jours avant de retrouver les miens. Les lumières du wagon sont éteintes depuis un certain temps, nous discutons toujours. Finalement, la dame en charge vient nous avertir de nous coucher. À regret, nous nous exécutons.

Je me glisse dans ma couchette, retire mes vêtements, pose ma tête sur l’oreiller, je suis si confortable ! J’ai une pensée pour les trois types du wagon restaurant. Les pauvres, ils doivent passer la nuit debout. Je sais que je suis privilégié mais j’ai toutefois cette impression magique que cette fois, j’ai fait ma chance. Je m’endors avec la prétention qu’au fil des mois, je suis devenu un voyageur efficace. Je m’endors en ayant la certitude, encore une fois, que je suis un homme heureux.


dimanche 15 juin 2008

Chine - Le pêcheur de perle

Xian

Aujourd’hui, le pêcheur de perle a fait une belle découverte. Il n’aura suffit que de quelques heures pour être ensorcelé par son regard, son sourire, son humour, son odeur, sa beauté… Depuis le début de son voyage en mer, c’est la seconde perle qu’il rencontre. Encore une fois, il ne sait rien d’elle, mais bon sang qu’il aurait aimé mieux la connaître. Les deux dernières perles n’étaient pas les siennes, elles lui ont glissé entre les doigts.

Tout n’est pas perdu. De cette expérience, le pêcheur a gagné l’espoir. Il a maintenant la certitude que d’autres perles se cachent dans le monde. Il ne désespère pas, il sait qu’un jour, la mer lui rendra ce qu’il cherche depuis longtemps, la perle faite pour lui. Celle qui attend au fond de l’océan, celle qui sera plus brillante que toutes les autres. Une perle qu’il s’efforcera de ne pas échapper et de conserver bien au chaud au creux de sa paume.

samedi 14 juin 2008

Chine - Xian - Photos

Xian

La ville





Son trésor archéologique

mercredi 11 juin 2008

Chine - Lanternes rouges et chapeaux pointus

Guiyang

Ça fait bientôt deux heures que je suis dans la salle d’attente. Autour de moi, deux cents Chinois qui observent mes moindres faits et gestes. Le train devrait partir dans moins d’une heure. Le trajet risque d’être long. Ce qui m’inquiète, ce n’est pas tant les vingt-six heures prévues comme le siège dans lequel je serai assis. Il ne restait ni couchette, ni soft seat. À défaut d’avoir le choix, je me préparais à faire le trajet sur du hard seat. Je sens que mes fesses sauront bien assez tôt ce qu’ils entendent par siège dur. Je me dirige vers Xi’an, je laisse derrière mes nouveaux copains Monti et Emmanuel (Australien et Suédois respectivement). Les dix jours passés avec eux se sont déroulés à merveille. Il faut dire que Monti étudie le mandarin depuis un an à Taiwan. Comme la grande majorité des Chinois ne parlent pas l’anglais (et encore moins le français!), ce n’est vraiment pas un luxe de connaître quelques rudiments de la langue locale. Ça fait donc un peu plus d’une semaine que je suis en Chine et j’arrive tout juste à dire bonjour, merci, Canada, combien, trop cher, je ne comprends pas… Ma paresse linguistique des derniers jours risque de me coûter cher. Merci Monti !

Comment vous résumer mon parcours jusqu’à maintenant ? La première vraie ville chinoise visitée se nomme Guilin. Ce petit point sur la carte contient tout de même 670 000 habitants. C’est ici, dès mon arrivée à la Guest House, que j’ai fait la rencontre de Monti et Emmanuel. Guilin a été mon premier contact avec la Chine, j’ai rapidement constaté qu’il y a définitivement une partie du pays qui avance à grands pas vers la « modernité ». Les gens y vivent comme vous et moi, les rues sont d’une propreté irréprochable, les familles vont dans les parcs le dimanche et les jeunes adultes vont prendre un verre avec leurs amis dans les clubs branchés de la ville. Je pourrais vous en parler longtemps de la « night life » chinoise. Dans le cadre d’études ethnologiques, on a fait la tournée des bars.

Tout ce que je me permets de vous dire, c’est qu’ils devraient sérieusement songer à laisser leur jeu de dés de côté et penser à s’éclater un peu plus nos amis Chinois. Nous trois avons quand même réussi à mettre de l’ambiance partout où nous allions. Il faut dire que notre présence était tout aussi remarquée que celle de trois afro-américains dans un club de curling à Régina. Mettons que ça se remarque ! Je crois que j’ai dansé avec plus de filles en une seule soirée que lors des vingt-neuf dernières années réunies.



Malheureusement, on ne peut pas vraiment communiquer avec nos nouveaux copains, rares sont ceux qui parlent l’anglais. C’est d’ailleurs partout comme ça. Ça engendre parfois des petits problèmes de communication. On comprends assez vite que ce n’est pas parce qu’un Chinois te réponds « Yes » qu’il a automatiquement compris ta question. Conversation chez le barbier :

Question: « Please, can you cut my hair with the number 1 ? »

Réponse: “Yes”

Résultat:




Après toutes ces émotions, Mr. Net avait faim. On voulait un premier repas en Chine mémorable. Devinez ce qu’on a commandé au resto du coin ? Les végétariens ou les personnes atteintes du syndrome de Walt Disney sont invités à sauter au prochain paragraphe. Pour débuter le repas, nous avons partagé une entrée de viande de cheval. Le « Nous » est en fait Emmanuel et moi car Monti est végétarien !!! Nous avons poursuivi notre exploration avec la mythique assiette de chien. Si vous voulez mon avis, Rantanplan a bien meilleur goût que Jolly Jumper !





Ville de Guilin





Grottes de la région




On y vient principalement à Guilin pour faire la magnifique ballade sur la rivière Li qui nous amène jusqu’à la charmante ville de Yangshuo. Nous n’avons pas fait exception à cette règle. Voici quelques photos afin de combler le besoin de mes lecteurs visuels et afin de m’éviter d’avoir à chercher les synonymes des mots superbes, splendides et magnifiques.





À Yangshuo

Au menu : ballade à vélo dans un décor de film chinois… C’est simple, on pédale, on pédale, on s’arrête, on contemple, on prend une photo, on contemple à nouveau pour ne jamais oublier.





Ping’an

Joli petit hameau au milieu de rizières sculptées à flanc de collines. La Chine rurale est demeurée celle des dragons, des lanternes rouges et des chapeaux pointus.





Sur la route de Zhaoxing

Petite note à mes parents : les routes chinoises ne sont pas toutes asphaltées et bordées d’arbres. Les chemins ici sont dans un état plus lamentable que tout ceux précédemment empruntés (Laos, Inde et Népal confondus).





Zhaoxing






Souvenirs d’enfance


23 enfants. 23 portraits. À tout ceux qui ont cru au projet Souvenirs d’enfance, 23 000 fois, ils vous disent : « Xiéxié ! ».




samedi 7 juin 2008

Chine - Le spleen du voyageur

Ping'an

Ok ! je l’avoue. Je m’ennuie de chez nous. Ça vient tout juste de me frapper. Pour le première fois depuis le pénible départ à Delhi, j’aimerais bien être à la maison. Les cinquante jours qui restent me semblent soudain bien longs. Et pourtant, je connais la vitesse folle à laquelle le temps passe. Alors pourquoi ? Pourquoi ce spleen ?

Est-ce la Chine ? Je ne crois pas, je passe vraiment du bon temps ici. Le pays est magnifique. J’aurais l’occasion de vous en reparler plus tard.

Est-ce la faute du ministère chinois de la censure ? (officiellement appelé ministère de l’Information) Ils n’apprécient apparemment pas mon blog de voyage. Il est bloqué tout comme d’ailleurs le révolutionnaire et insidieux site de Radio-Canada… Je me sens isolé, bien loin de vous tous. On a coupé le fil qui me reliait à la maison.

À qui la faute ? Peut-être que j’appréhende déjà les problèmes pour entrer en Mongolie et en Russie. Je dois être à Beijing dans six jours pour obtenir mon visa. Greg et Marie quitte la capitale vers le 22 ou 23 et j’aimerais bien découvrir les steppes de Gengis Khan avec eux (je vous ai déjà dit à quel point j’aimais voyager avec eux ?). Je dois penser également au visa russe, au billet pour le transsibérien, à mon vol de retour…

Stop ! Mais qu’est ce que je raconte ? Quelqu’un peut-il me dire pourquoi je stresse ? Il est vrai que j’aimerais revenir par le mythique transsibérien mais pas à n’importe quel prix. Si c’est pour me gâcher les prochaines semaines, non merci, je passe mon tour ! On traversera la frontière quand on sera rendu. Et si le stress engendrait le spleen. Et si je faisais confiance au lieu de m’imposer cette tension inutile. Et si dans le fond, la vie était plus simple que l’on veut se faire croire.

jeudi 5 juin 2008

Chine - Une histoire vaut bien mille mots

Yangshuo

Mon intérêt pour le voyage ne date pas d’hier. Quand j’étais tout petit, je me souviens très bien de tous ces soupers du dimanche où je voyageais par l’entremise du téléviseur. La défunte Course Destination Monde aura fait rêver bien du monde. J’enviais les participants, leur courage, leur intelligence et leur créativité. Je m’imaginais à leur place, construisais mon propre itinéraire de course, songeais aux sujets abordés… Bref, je m’y voyais déjà. Il me manquait malheureusement deux choses : quelques printemps de plus et le courage de mes ambitions.

J’ai donc longtemps rêvé de partir à la rencontre de l’autre, caméra à la main. Je me savais déjà amoureux de l’image. Celle fixée sur pellicule, celle peinte sur une toile, celle qui défile en une seconde avec ses 23 copines. Voilà pourquoi je suis parti en Asie avec une caméra dans mon sac. Je voulais réaliser ma propre course. L’union parfaite entre mes passions pour le voyage et pour l’image. Le projet initial était ambitieux : produire un film par semaine. Pour m’exercer, j’ai réalisé le petit clip d’introduction que vous avez sans doute déjà vu. Le résultat est loin d’être parfait, mais il annonçait la suite de belle manière.

Parlons-en de la suite. Mais que s’est-il passé ? J’ai vite compris l’immense travail accompli par les Troggi, Masbourian, Parenteau, Villeneuve. Trouver un sujet, l’observer, le filmer, réfléchir, écrire, monter… C’est une tâche gigantesque. Un travail enthousiasmant certes, mais ça reste quand même du boulot et je n’étais pas en Asie pour cela. J’avais besoin d’une liberté que la course à l’image ne pouvait m’offrir. Dès les premières semaines, l’Inde a offert à mes yeux bien plus que je n’aurais pu filmer. Très rapidement, j’ai su que le film ne serait pas le média idéal. Instinctivement, je me suis tourné vers l’écriture.

Je me suis aperçu que la plume est la meilleure des caméras. Les mots remplacent efficacement les images. L’écrivain voyageur n’est limité que par son imaginaire. J’aurais très bien pu passer ces dix derniers mois enfermé dans une boite en carton et inventer toutes ces aventures. Malheureusement, je n’ai pas cette imagination. Heureusement, l’Asie est une très grande boîte !

On dit qu’une image vaut mille mots. Oui, je veux bien mais combien d’images évoquent mille mots ? Je parie que c’est bien suffisant pour vous faire rêver, vous faire réfléchir, peut-être même vous émouvoir. Avec mille mots, je peux vous faire voir une multitude de paysages. Je peux vous faire voyager partout sur la planète. De la jungle amazonienne au désert du Sahara, de l’Antarctique aux îles Fidji, du fond de l’océan à la mer de la Tranquillité. Je peux vous raconter des histoires passées, vous décrire des faits du présent et même vous entretenir sur l’avenir (option dont ma vidéo caméra était dépourvue). Je peux vous faire voir l’invisible : les odeurs, les réflexions, les sentiments... Je peux vous faire entrer dans mon corps, dans ma tête et dans mon cœur.

Avant de partir, je ne me savais pas amoureux des mots. Pourtant, certains indices pouvaient me le laisser soupçonner. Je lisais certes quelques bouquins par année mais je ne prétends pas que c’était une grande passion. J’ai toujours aimé le livre. Ma bibliothèque peut en témoigner. Il suffit de voir celle de mon père pour comprendre où j’ai pris ça !

J’ai toujours associé le livre au savoir davantage qu’au divertissement. Ceux qui me connaissent bien le savent, j’adore apprendre, comprendre. Je suis un être d’une grande curiosité. Je suis amoureux ces petits symboles que sont les lettres. Elles véhiculent des idées, des concepts, des émotions. Réunies, elles peuvent donner des indications pour cuisiner une succulente tarte aux pommes ou pour fabriquer une bombe H, elles peuvent dire je t’aime, elles peuvent condamner à mort un prisonnier. Les mots ont un pouvoir certain. Elles protègent la connaissance et la sagesse de l'Homme. Sans elles, le savoir se perdrait dans les dédales de nos mémoires imparfaites. Sans elles, les dialogues de Platon, les tragédies de Shakespeare et les vers de Nelligan ne nous seraient pas parvenus. Sans elles, mon voyage n’aurait pas été le même. Vous n’auriez pas eu le plaisir de lire ceci… Je n’aurais même pas eu la satisfaction de l’écrire. Surtout, je n’aurais pas eu le bonheur de le lire avec nostalgie dans cinq, dix ou vingt ans. Car, au risque de vous décevoir chers lecteurs, ce n’est pas pour vous que j’écris mais pour moi.


J’avais pensé composer un texte de mille mots sur le sujet. L’idée s’avérait plus intéressante que mon propos alors j’ai préféré jouer de concision et ainsi faire une économie à la fois de mes mots ennuyeux et de votre temps précieux. Donc, les plus pressés d’entre vous (ou les plus paresseux) trouveront ici bas une image qui tente de résumer ces 792 derniers mots. (795…)

mardi 3 juin 2008

Chine - Apprendre à rêver

Guilin

Beaucoup me disent qu’ils aiment lire mes textes car cela les fait voyager. Tant mieux ! Si je vous permets ce petit plaisir, si mes mots vous permettent de vous évader quelques instants, si mes petites histoires vous détournent de votre quotidien pour un moment, je suis un homme comblé. Faire rêver est une fort noble entreprise ! Toutefois, j’ai de bien plus grandes ambitions. À ce que je sache, on peut conjuguer le verbe « rêver » à toutes les personnes. Nous avons tous des rêves. À travers ce blog, je vous présente l’un des miens. Vous en avez assurément aussi. Vous les connaissez sûrement déjà. Quoi ajouter de plus ? La suite n’appartient qu’à vous…

Si tu donnes un poisson à un homme, il se nourrira une fois. Si tu lui apprends à pêcher, il se nourrira toute sa vie.

Vieux proverbe chinois de Kouang-Tseu

jeudi 29 mai 2008

Hong Kongfortable

Hong Kong

Trop de lumières, trop de boutiques Louis Vuiton, trop d’interdits, trop d’artifices. Y’a beaucoup trop de tout. Mais malgré tout, y’a un vide. Le centre-ville est certainement impressionnant, on se croirait parfois dans une cité futuriste. Propre, ordonnée, riche, elle a tout de la ville rêvée. Toutefois, c’est une bulle qui ignore le reste du bain. C’est une véritable utopie, un idéal hypocrite dans un monde où tout n’est pas parfait. En tout cas, si c’est ça le futur, je trouve ça un peu malheureux. C’est beau mais c’est triste.



Peut-être que c’est moi. Après tout, je reviens tout juste de Katmandou. Le choc est peut-être trop grand. Au Népal, quand on y voyage, on est riche donc important. Ici, je suis pauvre et insignifiant. C’est fou ce qu’un vol de cinq heures peut provoquer. La situation s’est totalement renversée. J’ai cette horrible impression d’être un mendiant qui n’a pas sa place dans ces luxueuses boutiques. Je ne suis pas habitué à être de ce côté de la vitrine. Il ne s’agit pas de la frustration du petit pauvre, je n’ai rien à faire d’une sacoche à 2500 $ ou d’une montre à 800 $. Après presque un an à trimbaler tout son avoir sur ses épaules, on réduit dramatiquement sa consommation et sa soif de possession. Combien de temps conserverais-je cette habitude lors de mon retour ? Je l’ignore, on verra bien.

L’inconfort n’est pas que mental, il est physique aussi. Dehors, il fait tellement chaud. Défiant toute loi de la physique, le taux d’humidité doit atteindre les 114%. Mon sac laisse une chic trace de sueur sur mon dos et sous mes aisselles. Humidité et longues marches, les conditions sont réunies pour une irritation sévère là où ça fait mal ! Croyez-moi, ça chauffe… À l’intérieur, on gèle. Pour notre plus grand confort, les lieux publics sont surclimatisés. À force de faire des sauts de 15 degrés Celsius, notre corps devient complètement fou. Dois-je suer ou frémir ? Mes synapses vont perdre la tête.

Heureusement, ces derniers jours m’ont fait beaucoup de bien. Je ne suis pas prêt d’oublier ces promenades dans les rues de Hong Kong en compagnie de mes parents, de ma sœur et de mon cousin. C’est avec grand bonheur que j’ai réalisé qu’ils ont fait un magnifique voyage à travers la Chine. Je ne sais pas si moi j’ai changé, mais je peux vous dire que eux, ils avaient l’air totalement comblés et heureux. Mon père avait les airs d’un gamin, ma mère semblait profiter pleinement de la réalisation de son vieux rêve, ma sœur avait les yeux encore brillants et mon cousin songeait déjà à revenir. Au bout de ces quelques jours, c’était déjà le temps des aux revoir. C’était la troisième fois cette année, la moins pénible car il reste bien peu de temps avant mon retour.



Malgré tout, ce soir, je suis bien. J’erre sur la promenade qui longe la baie de Hong Kong. Y’a plus de lumières à l’horizon que d’étoiles dans le ciel. Mon Ipod, fidèle compagnon, me dévoile le nouveau Coldplay. Un autre instant de pur bonheur. Moi et mon petit cahier de notes, moi et ma grande aventure qui se poursuit. Moi, mes petites angoisses et mes grands rêves.

Je commence à peine à apprécier toutes ces lueurs, les buildings et leur réflexion sur l’eau. La splendeur de la ville ainsi que sa relative tranquillité commencent à me séduire. L’opération charme est bel et bien enclenchée. Soudain, un bruit retentit, des gardes de sécurité viennent chasser les calmes et dangereux touristes du parc, il est à peine 23h… Définitivement, la quiétude a un prix, comme tout le reste à Hong Kong. Pour ma part, je n’ai ni les moyens ni le goût d’y demeurer plus longtemps.

vendredi 23 mai 2008

Népal - J'y reviendrai

Katmandou

Chers amoureux du voyage. Vous tous qui cherchez votre prochaine destination, ne cherchez plus. Le Népal est fait pour vous. Ce pays, trop souvent ignoré, a beaucoup à offrir aux voyageurs qui s’y aventurent. Rien d’étonnant, les amants de la nature seront ravis. Les montagnes himalayennes sont à la hauteur de leur réputation. On peut rester passif et simplement contempler le spectacle grandiose qu’elles représentent. On peut aussi y plonger la tête première, et l’embrasser pleinement: trekking, parapente, rafting, canyonning… les manières sont variées. Peu importe comment on part à sa rencontre, on en tombe éperdument amoureux et on ne peut s’empêcher de lui promettre qu’un jour, on y reviendra.



Ceux qui rêvent de l’Inde mais qui craignent ses excès trouveront au Népal bien plus qu’une solution de rechange. Les rites étranges de l’hindouisme mélangés à la sérénité du bouddhisme vous séduiront à coup sûr. Il y règne une harmonie religieuse qui doit faire l’envie de sa grande sœur. De plus, vous serez tellement bien accueillis, je soupçonne les népalais d’avoir inventé l’hospitalité. Les « namaste » que l’on distribue allégrement tombent rarement dans l’indifférence. On reçoit généralement en retour un « namaste » accompagné d’un magnifique sourire.



Oui, je suis tombé amoureux du Népal, de ses paysages comme de ses gens. Je crois qu’il ne me reste que trois pays à mon itinéraire. Vais-je lui rester fidèle ? Mon cœur sera peut-être encore ébranlé mais comme tout bon amant, je tiendrai ma promesse et un de ces jours, je reviendrai.


PS : Dites à Avril Lavigne que la vente de t-shirt à son effigie va bon train au pays du Yéti…

mercredi 21 mai 2008

Népal - Olivier, ta yeule !

Katmandou

Je tiens à m’excuser à l’avance. Les onze mois d’aventures auront fait naître des milliers d’anecdotes de toutes sortes. Que nos discussions tournent autour des voyages interminables en autobus, des flatulences d’éléphants ou des singes cleptomanes, j’aurai immanquablement une histoire à vous raconter. Je redoute déjà ces phrases qui débuteront par les mots : « Quand j’étais au… »(1). Je risque fort de vous écoeurer profondément avec mes souvenirs. Le danger est immense et bien réel. Il me guette mais au moins, j’en suis conscient. Je vous promets que je serai prudent. Toutefois, si il s’avérait que je devienne insupportable, ne vous gênez pas pour me le faire savoir en employant la formule simple et efficace qui sert de titre à ce texte.

Quand je songe à cette année loin du Québec, une autre inquiétude m’envahit. Cette impression bizarre d’avoir raté quelque chose. La Sainte Flanelle qui termine premier, le nouvel album d’Ariane, la sortie du dernier Rambo (2), les records d’accumulation de neige… Cela peut vous paraître totalement absurde mais ce sont pourtant ces petits riens qui composent une société, qui forgent une identité commune. Je rentre bientôt à la maison, les meubles n’auront probablement pas bougé. Le Québec que j’adore et que j’ai quitté temporairement n’aura peut-être pas beaucoup changé mais il aura vécu. Suis-je moins québécois qu’avant mon départ ? Je ne crois pas, pourtant, je me sens un peu à part. Car oui, même sans moi, le Québec évolue, la terre tourne, les gens que j’aime vivent. Je sais, j’ai raté les récents développements de vos vies respectives. J’ai du rattrapage à faire. J’ai hâte de retrouver ma place, celle qui je le sais aujourd’hui, se trouve auprès de vous chers amis.



1- D’ailleurs, si quelqu’un peut m’expliquer la règle qui régit les prépositions qui précèdent le nom des pays, je serai bien heureux. Pourquoi certaines nations utilisent le « au », alors que d’autres, c’est le « en »? Évidemment, les pays débutant par une voyelle font partie du second groupe : en Irlande, en Uruguay, en Algérie, en Inde... Seules exceptions, les nations dont le nom s’emploie au pluriel : aux États-Unis, aux Açores (une région plus qu’un pays), aux Bahamas.... Les pays débutant par une consonne ne semble pas être régit par aucune règle : au Canada, en Colombie, au Cambodge, en Croatie, à Cuba… Certaines nations (principalement des îles ou des cités états) utilisent donc le « à »: à Taiwan, à Madagascar, à Tahiti, à Singapour, à Monaco… Le « à » étant employé systématiquement pour toutes les villes du monde. Olivier, ta yeule !

2- Chef d’œuvre du septième art que je viens tout juste de voir et dans lequel j’ai reconnu, un vieil ami à moi. Un type avec qui j’ai fait de la plongée à Ko Lanta et qui se disait acteur à Hollywood (ben oui, c’est ça !). Pour les fan de Rambo et bien non, ce n’est pas Sylvester, c’est Tim Kang, mieux connu sous le nom de l’asiatique barbu.

mercredi 14 mai 2008

Népal - SE - Donner et recevoir

Chitwan





Je ne sais plus comment décrire ces moments à vous tous, chers lecteurs et lectrices. Chose certaine, l'appareil Polaroid m'aura apporté beaucoup plus que je n'aurais pu l'imaginer. Je ne sais pas ce que ces portraits représentent pour vous. Pour moi, ce sont bien plus que des visages d'enfants, ce sont des rencontres. Car même si l’instant est souvent bien bref, même si ils ne m’ont pas tous dit merci, même si parfois, ils ne m’ont même pas offert un sourire, je me souviens de chacun d'entre eux. Je sais aujourd’hui que ces photos représentent non seulement le plus beau geste que j’ai fait lors de ce périple, mais également, le plus beau trésor que je rapporterai dans mes bagages. Qui a dit que donner était un antonyme de recevoir ?


mardi 13 mai 2008

Népal - À la recherche du tigre du Bengale

Chitwan

Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours rêvé de faire un safari. Se promener à travers la jungle et la brousse à bord d’une jeep, traquer les animaux sauvages, rapporter à la maison son trophée de chasse, la photo d’un éléphant, d’un rhinocéros ou d’un singe. Contrairement à ce que l’on peut croire, le continent africain ne détient pas le monopole du safari. La réserve de Chitwan au Népal est un très bel exemple. Situé au sud du pays, tout juste en bordure de l’Inde, cet immense parc possède une faune impressionnante. On peut y croiser éléphants, rhinocéros, singes, crocodiles, léopards, cobras, cerfs, ours ou encore les fameux tigres du Bengale. Pas question de quitter Chitwan sans avoir vu un de ces tigres !



Il existe plusieurs façons de se balader dans la réserve. D’abord, on vous propose la sympathique promenade à dos d’éléphant. Le départ se fait très tôt en matinée, la température est encore fraîche, les animaux ne se cachent pas encore du soleil. Ces derniers ne craignent pas la présence du pachyderme, les visiteurs peuvent ainsi, s’ils sont silencieux, s’approcher vraiment tout près. Personnellement, je n’ai pas été très chanceux. À deux reprises, j’ai visité le parc sur le dos d’un éléphant et je n’ai pas vu grand-chose sinon quelques rhinocéros se baignant dans une marre de boue. On dit qu’en safari, tout est une question de chance. Le hasard n’a pas voulu que je vois un tigre, pas de cette manière…



La seconde option : la jeep. Cette formule permet de parcourir de plus grande distance, de pénétrer profondément dans la réserve. Cette fois, l’activité se déroule en fin d’après-midi, quelque peu avant le coucher du soleil. La lumière est magnifique, la jungle l’est tout autant. Au menu : des cerfs, des cochons sauvages, des crocodiles, un ours et des rhinocéros. L’un d’eux a été surpris marchant dans l’herbe longue à environ trois mètres de la jeep (je ne sais pas qui a été le plus surpris entre nous et lui!). Toujours pas de tigre en vue. Il faudra user des grands moyens…



La dernière option, la marche. De loin la plus aventureuse des méthodes, la ballade à pieds permet un contact incomparable avec la nature. Silencieusement, on peut approcher les animaux, suivre leurs traces, les observer à leur insu,(ou plutôt être observé à notre insu...) Le Lonely Planet fait état de plusieurs incidents lors de pareille excursion. Les dangers sont nombreux, on doit obligatoirement être accompagné de guides locaux. Severine ayant décidé de ne pas tenter sa « chance », je serai seul avec deux guides. Bâtons à la main, le premier ouvre la marche alors que le second à l’arrière donne un faux sentiment de sécurité.

Avant de partir, Raj, le plus expérimenté de mes accompagnateurs, me donnent quelques indications en cas de rencontre dangereuse. Le comportement a adopté dépend de l’animal rencontré. Un ours croise notre chemin, nous devons nous regrouper et faire du bruit avec nos bâtons afin de l’effrayer. La plupart du temps, ça fonctionne. Dans l’éventualité d’une charge de rhinocéros, la consigne est de se réfugier derrière ou dans un arbre de bonne proportion. Si les arbres manquent, il faut courir en zigzaguant. L’animal en question à peine à changer rapidement de direction. C’est noté ! Finalement, si la chance nous sourit, nous pourrons voir le roi de la jungle : le tigre du Bengale. En sa présence, la fuite est bien la dernière chose à faire. Le prédateur adore chasser et il a la réputation d’attaquer par l’arrière. Il faut lui faire face, conserver le contact visuel et reculer doucement afin de lui démontrer que l’on ne cherche pas à le confronter. Si toutefois nous dérangeons une mère avec son petit ou si la bête est particulièrement de mauvaises humeurs, il ne nous reste que bien peu de recours. Mon guide avait ses paroles rassurantes à ce sujet : « Priez, il ne reste que ça ! ».

Nous marchons depuis très tôt ce matin. Nous n’avons aperçu au loin que quelques cerfs et rhinocéros. Au sol, des empreintes fraîches, sur les troncs d’arbres, des coups de griffes, les ours et les tigres ont laissé des traces de leur dernier passage. Malheureusement, toujours rien de vivant ! Il est déjà environ 16 heures. Nous retournons tranquillement au village lorsque mon guide tombe sur une nouvelle piste. Pas de doute, un tigre est passé par là, très récemment. Il a quitté la jungle pour s’enfoncer dans les herbes hautes. Mon guide me demande si je peux suivre les traces. Je lui réponds : « C’est exactement pour ça que je suis ici ». Nous nous frayons difficilement un chemin à travers la dense végétation. Quelques mètres plus loin, Raj se retourne vers moi et me chuchote : « I smell Tiger ! ». Est-ce une mise en scène employée par tous les guides désireux de faire vivre des émotions à leurs clients ? Je ne saurais dire. Chose certaine, une odeur particulière flotte. Et si c’était vraiment celle d’un tigre…



La peur m’envahit. À cet instant, j’ai le sentiment de devenir une proie. Soudainement, je ne trône plus au sommet de la pyramide. Ça n’arrive pas souvent dans la vie d’un être humain. L’herbe est si haute que je vois à peine un mètre devant moi. S’il fallait tomber sur l’animal… Tout à coup, un bruit. À ma droite, à quelques pas de moi, l’herbe bouge furieusement. Mon cœur s’arrête. À la vitesse de l’éclair, je vois un animal bondir en air. La bête s’envole en hurlant, ce n’est qu’un paon. Ouf, quel soulagement ! Finalement, je n’aurai pas vu de tigre ce jour-là. Pourtant, je n’oublierai jamais cette expérience unique. Après tout, il n’y a pas que les yeux qui nous font vivre des émotions.



PS: le seul tigre rencontré à Chitwan a été élevé en captivité. Il n'en ai pas moins impressionnant.

dimanche 4 mai 2008

Népal - S’envoyer en l’air, pour la toute première fois !

Pokhara

La Jeep file à toute allure. On doit s’accrocher solidement car les virages sont serrés. Moi qui pensais que la pilule contre le mal des transports était prescrite afin de nous éviter de vomir à mille pieds dans les airs. Maintenant, je comprends sa fonction. Au bout d’une heure qui m’a semblé trois, le véhicule s’immobilise. Nous débarquons, tout se bouscule à un rythme fou. On se voit attribuer un pilote. Cinq secondes plus tard, je sais que le mien se nomme Christophe. Il me demande mon prénom, d’où je viens, si c’est la première fois… À la vitesse où il pose ces questions, je vois bien qu’il en a rien à foutre. « Olivier du Canada, et oui c’est la première fois que… » Hop, j’ai déjà un casque sur la tête et un sac sur le dos. Je ne connaîtrai d’ailleurs probablement jamais l’utilité de ce dernier. La seule explication que j’ai eu droit fut : « Quand je dis Go, tu cours droit devant toi, sans jamais t’arrêter. ». Au moins, la consigne a le mérite d’être claire. Heureusement, le vent n’est pas encore favorable, j’ai environ dix secondes pour m’inquiéter. Je respire à grand coup pour rester calme. À six pieds devant moi, c’est le vide.

« Go! » On court. En réalité, on essaie de courir. Derrière nous, le parapente s’est hissé et il nous tire bloquant toute progression. Finalement, nous avançons rapidement vers la falaise. Mes enjambées perdent subitement toute assurance. Trop tard, nous volons déjà. Un peu trop bas, nous effleurons la cime des premiers arbres. Malgré un très mauvais départ, nous gagnons de l’altitude. Pilote expérimenté qu’il est, Christophe a rapidement déniché un thermique, un courant ascendant composé d’air chaud. Nous tournoyons dans ce corridor en attendant la prochaine rafale. Tout à coup, nous ressentons toute la puissance du vent qui nous propulse vers le haut à une vitesse démesurée. Les thermiques se déplacent constamment, le pilote doit les trouver. Un excellent moyen pour y parvenir est d’observer le vol des oiseaux. D’immenses oiseaux de proie volent avec nous, eux aussi à la recherche de ces courants ascendants. Le spectacle est grandiose. Dessous, la ville de Pokhara et son immense lac s’offrent à nous. Tout près, sans trop s’inquiéter, les superbes volatiles se questionnent sur le drôle d’oiseau que nous formons. Au dessus, le ciel, juste le ciel immense. Les nuages semblent à notre portée. Ainsi, le plus grand rêve de l’humanité se concrétise. Nous volons. Au bout d’une heure qui m’a semblé trop courte, nous atterrissons. Si seulement Leonardo voyait ça…

samedi 3 mai 2008

Népal - SE- Annapurna

Pokhara

La nature n’est pas l’unique richesse du Népal. Lors du trek autour des Annapurnas, j’ai fait la rencontre d’un peuple accueillant, souriant et d’une gentillesse que je ne suis pas près d’oublier. C’est avec énormément de plaisir que j’ai poursuivi mon projet Souvenirs d’enfance à travers montagnes et vallées. 45 photos ont été remises à des enfants qui, pour la plupart, n’avaient jamais vu un portrait d’eux-mêmes.






mercredi 30 avril 2008

Népal - Annapurna, à bientôt !

Pokhara

23 jours de marche
Près de 360 kilomètres parcourus
Un dénivelé cumulé correspondant à une ascension de l’Everest.

Deux citadins
Deux montagnards
Deux porteurs et un guide
Sept individus mais une seule grande équipe.

Des dizaines de rencontres
Des centaines de visages
Des milliers de sourires
Des millions de souvenirs imprégnés pour toujours

Jour 19




Jour 20




Jour 21




Jour 22




Il est plus digne d’être vrai que d’être fort.
Maurice Herzog