mardi 2 octobre 2007

Inde - Quand les fous changent d’idée

Badrinath

J’adore Rishikesh, je commence à y être parfaitement à l’aise. Et c’est justement ce qui m’énerve, je sens que je dois voir autres choses, d’autres lieux. Voilà pourquoi l’invitation de Kendall m’a plu. D’abord, faisons les présentations. J’ai rencontré Kendall (une américaine de l’Oregon) et Alba (une espagnole, que dis-je ! une catalane de Barcelone) au German Bakery, un resto ayant une superbe vue sur le temple et le pont de Rishikesh. Donc voilà, Kendall voulait aller faire un tour à la Vallée des Fleurs. Il faut dire que cette région était dans mes plans, on en dit beaucoup de bien. Cependant, j’avais un peu renoncé à m’y rendre compte tenu que le trek de Chaderashila avait déjà constitué toute une aventure dans les montagnes. Je ne m’imaginais pas retourner dans ces régions éloignées, et encore moins en autobus public…



De plus, nous avions entendu toutes sortes de rumeurs concernant la fermeture hâtive et prochaine de la vallée et des treks qui l’entourent. Mais bon, suis-je devenu fou ? Moi qui, à peine deux jours plus tôt, aurais juré de ne plus reprendre la route pour au moins une semaine. L’appel à l’aventure est plus fort, je contacte Kendall et on part ! À la veille du départ, Alba aussi se laisse tenter par cet appel au changement. Nous serons trois, le départ est à 4:00 am ce mercredi.

Levé à 2:30 am, question de se rendre à la station d’autobus en avance afin de s’assurer les meilleures places, c’est-à-dire complètement à l’avant (l’état des routes procure de sérieux maux d’estomac aux passagers à l’arrière). Je peux vous dire qu’il fait noir à Rishikesh à trois heures du matin… Même les vaches sont couchées ! On s’était fait dire qu’il y avait des rickshaws la nuit… Une autre information erronée, bienvenue en Inde !!! Pas trop le choix, on marche jusqu’à la station de bus. C'est vraiment étrange de se balader dans ces rues désertes. Les artères sont méconnaissables. Le chaos et le tumulte de la journée ont laissé place au vide et au silence. troublants. Nous sommes un peu de retard sur notre horaire (en Inde, les plans sont réconfortants mais inutiles. Pourtant, notre mission est un succès, nous sommes assis à l’avant. Malgré le flagrant manque de sommeil, je n’arrive pas à dormir dans ce bus qui, presque vide au départ, se remplit à vue d’œil. Rapidement, la totalité de la population indienne semble prendre place dans le dit véhicule. Nous sommes évidemment les seuls étrangers à bord mais pas les seuls étranges…

Il y a ce type complètement « stone » qui veut acheter notre amitié en nous offrant des bananes. Il s’endort dans le petit compartiment à côté du chauffeur. Il dérange tout le monde qui s’y trouve (car effectivement, plusieurs personnes occupent déjà ce compartiment, pourtant si restreint). Notre énergumène s’étale de tout son long, occupant beaucoup trop d’espace dans un autobus indien. Il allonge ses jambes près du bras de vitesse, un peu trop près au goût du chauffeur, beaucoup trop près à mon goût à moi (je rappelle à ceux qui n’ont pas lu les chroniques précédentes que les ravins sont monstrueux dans cette région). Après plusieurs heures de route, un quatrième étranger monte dans le bus. À le voir, je parierais que c’est un Français, j’ai l’œil pour nos cousins. Toutefois, la quantité de monde autour de nous ne permet pas les présentations. On roule donc pendant près de huit heures. Tout va si bien, pas de gliss…

Merde !!! Je vois des voitures garées de chaque côté de la route, une dernière l’autre. Il fallait s’y attendre, encore une fois, la voie est bloquée par un glissement de terrain. Cette fois-ci, c’est différent, nous sommes dans un autobus public. Tout le monde descend, on se fait rembourser la distance non parcourue et on fait connaissance avec Laurent, le Français (je vous l’avais dit!). Ensuite, on marche vers le vilain glissement de terrain, espérant pouvoir le traverser à pieds et prendre un bus immobilisé de l’autre côté. Fort de l’expérience des deux autres glissements, je crois tout savoir à leur sujet. J’apprend encore une fois qu’il ne faut rien prendre pour acquis au pays de Vishnu. Cette fois, la route n’est pas vraiment bloquée, elle a plutôt disparue… La montagne entière s’est écroulée ensevelissant le chemin et l’entrée d’un pont qui permet de rejoindre l’autre rive d’une rivière. À notre arrivée, des pierres, parfois grosses comme des enclumes dévalent la pente encore instable. Nous décidons donc de trouver un petit endroit calme pour attendre, regarder les cailloux tomber et observer un spectacle tout à fait surréaliste.



D’abord, sur le pont, une immense foule attend pour traverser. De notre côté, les gens sont plus dispersés, essayant de trouver un moyen de monter sur le pont, et ainsi, accéder à l’autre rive. Un arbre, stratégiquement positionné permet aux impatients de grimper, non sans effort sur le tablier du pont. Mais le plus désolant, c’est d’observer ces désespérés qui essaient de traverser le glissement de terrain en se protégeant derrières les plus gros rochers au bas de la pente. Encouragés par la foule qui crie au moindre caillou, ces courageux fous risquent leur vie dans le seul but de sauver du temps. Bon, il est vrai que la situation ne permet pas d’être optimiste. Nous savons nous-mêmes qu’il faudra bien plus que quelques heures pour dégager la route. Nous ne restons pas longtemps à regarder ce triste et stressant spectacle.



Les scènes devant nous sont inimaginables : le sauvetage d’un type qui s’est fracturé la jambe par un rocher suivi d'une séance de dynamitage plutôt extrême. Tout ce chaos et ce bordel devant quelques policiers armés de sifflets et ayant autant d’autorité que des scouts à la Saint-Jean-Baptiste… Il y a aussi ce groupe de conducteurs de motocross qui, croyant que leur « suit » rouge et leur casque de moto les protègeront suffisamment contre les menhirs qui tombent, s’amusent à traverser la zone dangereuse à qui mieux mieux, ne faisant qu’encourager les autres au suicide. Je n’ai jamais vu quelque chose de pareil, je découvre une autre planète.



Ô surprise ! Les deux hôtels de notre côté affichent déjà complet. Heureusement, Laurent, notre nouvel ami, a une tente. Nous installons donc notre campement dans la cour intérieure d’un de ces hôtels. Le personnel compréhensif accepte notre présence et nous permet d’utiliser leurs toilettes. Il faut dire que les quatre occidentaux que nous sommes ne passons pas inaperçu. Les Indiens sont très curieux de savoir d’où nous venons, où nous allons, sommes-nous mariés, etc. Si j'en avais l'intention, je pourrais trouver une épouse en moins de quinze minutes. Troublant… Après une séance de photos interminables, nous pouvons discuter avec plusieurs Indiens. La majorité présente est de confession sikh (reconnaissable par les turbans, la longe barbe et le kirpan) car nous sommes sur le chemin de deux importants lieux sacrés sikhs : la ville de Badrinath et le lac sacré d’Hem Kund. Nous avons la ferme intention d’aller les visiter, nous aussi.



À suivre…

6 commentaires:

Elena a dit...

Salut!
J'adore tes récits, apres tu peux ecrire un livre, aver tout ça. C'est incroyable ce que tu est en train de faire.. Tu es vraiment courageux.. J'aimerai bien savoir si je peux t'aider encore pour les souvernirs d'enfance... Bon courage, et continue a ecrire, c'est incroyable

monique a dit...

Salut Olivier,
Je suis contente de te lire, cà faisait quelques jours qu'on en avait eus, maintenant, je suis rassurée, mais c'est tout un "capharnaum" ce que tu vis, c'est quelque chose...merci de tes récits, vraiment intéressant de te suivre...et les photos des enfant superbes..

chilandre a dit...

wow...
je me surprenais en train de dire vas-y pas olivier, n'essaie pas de traverser! vivants et très imagés tes récits. ils sont ''religieusement''affichés sur le babillard des bureaux au Musée. en fait, ça fait vraiment du bien de te lire. keep on livin' it!
chilandre

fatihette a dit...

On dit qu'il n'y a que les imbéciles pour ne pas changer d'avis....!

Magalie a dit...

Wow Olivier, on ne peut pas dire que tu te contentes des sentiers battus...Tes textes 'transpire' l'Inde et sont magnifiques.
Magalie

Anik a dit...

Très divertissants, tes récits de voyage. On peut presque voir le bordel que tu décris! :o)