lundi 1 octobre 2007

Inde - Le sommet de Chanderashila

L'Himalaya indien

C'est à Rishikesh que ma première rencontre avec l'Himalaya s'est planifiée. Je me suis inscrit à un trek qui devait m’amener dans les montagnes au nord du pays. Nous étions sept touristes : deux couples d’Allemands, un couple des Pays-Bas et moi. À notre groupe s’est ajouté notre guide Vikram, notre cuisinier nommé Som et quelques porteurs. Notre destination : le sommet du mont Chanderashila à plus de 4000 mètres d’altitude.

D’abord, il a fallu quitter Rishikesh. Pour joindre notre premier campement, nous devions rouler en jeep à travers les montagnes pendant huit heures. Ici, les routes sont incroyables. Non seulement à cause des paysages magnifiques qui défilent mais aussi à cause des vertigineux précipices que frôlent constamment les roues de nos véhicules. Une seule fausse manœuvre et c’est le plongeon. Et quand je dis plongeon, il n’est pas question ici de débouler une pente raide pendant quelques secondes. Les précipices sont tels que la jeep tomberait sans toucher le sol pendant plusieurs interminables secondes, me laissant probablement le temps de prendre quelques photos… Mais ne vous inquiétez pas, les chauffeurs ont l'habitude.



Il faut ajouter que les routes sont extrêmement étroites, ce qui laisse à peine assez d’espace pour laisser un véhicule en sens inverse. De plus, on ralentit car les chemins sont pour le moins qu`on puisse dire cahoteux. Donc, le trajet aurait déjà été une aventure en soi si ce n’était du glissement de terrain qui a bloqué la route et qui nous a forcé à l’arrêt pendant deux heures. C’est le temps que cela a pris à une vingtaine d’hommes pour dégager la route de cette immense coulée de boue. Je ne sais pas si vous avez déjà roulé à l’endroit même où quelques heures auparavant, une partie de la montagne s’est subitement détachée, mais c’est une expérience haute en émotions.

C’est donc avec un important retard que nous sommes arrivés au village duquel nous devions entreprendre une marche d’une heure avant d’atteindre notre premier campement. C’est dans le noir que nous avons grimpé, avec la rassurante consigne de toujours rester groupé, les léopards étant nombreux dans la région… Je peux vous dire que tu y penses à deux fois avant d’aller faire ton petit pipi en pleine nuit. Pas besoin de vous rappeler qu’il fait froid en montagne, l’Inde ne fait pas exception à ce chapitre. Je dirais que la température a certainement frôlé les 5 degrés Celsius au cours des trois nuits passées sous la tente.



C’est donc après un déjeuner de roi que nous avons entrepris notre première véritable journée de marche. Quatorze kilomètres à travers la jungle indienne ce n’est pas banal. La forêt est magnifique, les paysages grandioses et nous avons même fait une rencontre inattendue, un berger et son troupeau de chèvres. Épuisés, nous avions tous très hâte d’atteindre le second campement. Ce dernier était superbement situé, à flanc de montagne, dans une clairière où se promènent librement chevaux et buffles. Après le souper, nous sommes tous allés nous coucher, morts de fatigue, il était à peine 20h30.



Le lendemain matin, au grand bonheur de tous, le départ pour le sommet a été retardé pour cause de mauvais temps. C’est tout de même sous la pluie que nous avons débuté l’ascension. En terme d’effort physique, la journée de la veille n’était rien à comparer de ce qui nous attendait. L’interminable montée a duré environ quatre heures. 240 minutes de pente raide sur un petit chemin de pierres. À cette altitude, l'air se raréfie, la respiration est très importante. Je n’ose pas imaginer ce que c’est à 5, 6, 7 ou 8 000m… À une demi-heure du sommet se trouve un temple hindou de dédié à Shiva, le dieu destructeur. Je suis le seul du groupe a avoir courageusement emprunté le chemin pour s’y rendre. Il faut croire que les cent mètres de montée supplémentaires ont découragé tous les autres.



Au temple, un homme trop légèrement vêtu m’a invité à entrer. Respect oblige, j’ai enlevé mes souliers et c’est nu pied que j’ai pénétré à l’intérieur. Au sol, les pierres froides et humides ont tôt fait de me geler les orteils. Mais l’expérience reste inoubliable. Dans cette petite sale, éclairée par quelques bougies, l’homme m’a donné des explications en hindi avant de réciter des prières chantées. Il y a des instants comme ceux là qui donnent un sens au voyage. J’étais définitivement ailleurs, dans un autre monde. J'étais désormais dans l’univers de cet homme avec qui je ne partage pas grand-chose et tout à la fois. Avant de sortir, il appliqua sur mon front une sorte de boue orangée, symbole de bénédiction ou de protection. Je pouvais alors poursuivre mon chemin, revigoré par cette expérience unique.



J’ai parcouru la dernière portion avec une bonne cadence pour finalement atteindre le sommet. Une vue imprenable en 360 degrés. Le temps n’était malheureusement pas notre allié. Il y avait trop de nuages pour admirer d’un seul coup le panorama. Nous pouvions toutefois distinguer clairement la gigantesque barrière de montagne qui sépare l’Inde de la Chine. Le paysage n’était pas notre seule récompense, nous étions tous habité par le sentiment du devoir accompli. Après tant d’efforts, l’objectif était atteint.



Nous sommes donc retournés au campement pour profiter du reste de la journée. Le destin a voulu que pendant notre descente, le temps s’est totalement éclairci et ce, jusqu’à notre départ le lendemain matin. Ces quatre jours m’ont permis de faire de belles rencontres. Wendell et Meggie, Felix et Corina, Hilona et Christian, et notre cher guide Vikram. Ils feront à tout jamais parti de mes souvenirs. Le retour à Rishikesh fut long et difficile. Nous avons encore été bloqués par un glissement de terrain. Cette fois, nous avons attendu trois heures sur le bord de la route afin que l’on dégage le chemin des grosses pierres qui y étaient tombées. Complètement exténués, nous sommes rentrés au bercail. Il me faudra bien quelques jours pour me remettre de cette folle expédition. Je vais en profiter pour faire un peu de lavage, un peu de yoga, un peu de repos, j’en ai grandement besoin...


6 commentaires:

Fatihette a dit...

Je viens de découvrir ton blog....et bien à moi de suivre tes petites aventures en inde....et puis j'adore aussi tes récits car c tous juste ce qu'il faut...on ne s'ennuie pas...
je m'en vas regarder tes photos....
a plus

fatihette a dit...

Rester, c'est exister : mais voyager, c'est vivre.

C'est la phrase qui est placardée sur le mur de mon bureau.....
donc je déclare officiellement que je vais te suivre dans ton long périple!

a plus

Karine a dit...

Salut Olivier! Un petit mot pour te dire que les premières photos de souvenirs d'enfance sont vraiment belles! Il y a tellement de choses dans les regards de ces enfants!
Nous aussi (nous = le musée au complet) on s'inquiétait! Eille, pratiquement une semaine de silence... Mais tu as du tripper bin raide ;)
À bientôt
Karine

benoit a dit...

tu as compris beaucoup puisque tu dis ne pas partager grand-chose et tout à la fois avec cet homme du temple dans la montagne... ah si plus de personnes pensaient comme toi! ns te suivons pas à pas: fascinant!

Ça commençait à devenir inquiétant, ton silence, mais tout s'explique maintenant :o) a dit...
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blogue.
Anik a dit...

Ça commençait à devenir inquiétant, ton silence, mais tout s'explique maintenant :o)

Quelle belle randonnée ça a dû être... et quelle belle lecture pour nous. Y'a de quoi être envieux!

Au plaisir de lire la suite de tes aventures,

Anik